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Figures

Tout le monde sait que l’histoire de l’humanité commence par le récit biblique de l’Arche de Noé. Mais qui se souvient que quelques versets plus loin? Noé, ivre, est surpris par son fils Cham dans son plus simple appareil. A son réveil ; furieux, Noé maudit Cham en la personne de son fils, Canaan, le condamnant ainsi que sa descendance a être esclaves. Cet épisode ne serait pas aussi singulier s’il n’avait échappé au domaine théologique pour contaminer celui de l’Histoire : il servit aux Hébreux à justifier la conquête de la Palestine, aux Arabes et aux Européens à légitimer l’esclavage des Noirs, tandis que les protestants l’utilisèrent pour condamner la colonisation espagnole de l’Amérique et le papisme…
Guillaume Hervieux reprend le texte sacré, analyse les interprétations des écrivains chrétiens, juifs et musulmans, et ses instrumentalisations politiques et économiques depuis deux mille cinq cents ans. L’on découvre alors un mythe d’une richesse thématique extraordinaire et son rôle fondateur dans la construction des mentalités, notamment à travers les débats sur l’idolâtrie, la diversité raciale, les conquêtes territoriales, l’esclavage. Un mythe si bien ancré qu’aujourd’hui encore il resurgit parfois pour alimenter le contentieux mémoriel entre les peuples.

Diplôme en science des religions, Guillaume Hervieux est l’auteur de La Bible, le Coran et l’esclavage.

Article sur le site des éditions Perrin

L´ivresse de Noé
Histoire d´une malédiction

Guillaume HERVIEUX

Parution : janvier 2011 
ISBN : 978-2-262-02772-8
Pages : 372
Prix : 23,50€

 

 

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De 1892 à 1924, près de seize millions d’émigrants en provenance d’Europe sont passés par Ellis Island, un îlot de quelques hectares où avait été aménagé un centre de transit, tout près de la statue de la Liberté, à New York. Parce qu’ils se sentaient directement concernés par ce que fut ce gigantesque exil, Georges Perec et Robert Bober ont dans un film, Récits d’Ellis Island, histoires d’errance et d’espoir INA, 1979, décrit ce qui restait alors de ce lieu unique, et recueilli les traces de plus en plus rares qui demeurent dans la mémoire de ceux qui, au début du siècle, ont accompli ce voyage sans retour. Notre livre se compose de trois grandes parties.
La première restitue, à travers une visite à Ellis Island et à l’aide de textes et de documents, ce que fut la vie quotidienne sur ce que certains appelèrent « l’île des larmes ».
Dans la deuxième, « Description d’un chemin », Georges Perec évoque sa relation personnelle avec les thèmes de la dispersion et de l’identité.
La troisième, « Mémoires », reprend les témoignages d’hommes et de femmes qui, enfants, sont passés par Ellis Island et racontent leur attente, leur espoir, leurs rêves, leur insertion dans la vie américaine.

Un film de 1979 produit par l’INA que je n’ai pas encore trouvé. Un petit cailloux sur un chemin qui s’est ouvert au détour d’une conversation anodine. Merci Sylvaine, Lydie et Sandrine. Sur ma liste j’ai cette photo, un livre, et peut-être un film si je le trouve.

Grâce au dieu google on trouve aussi des petits cailloux:

 On voit grâce à lui comment le projet s’appuie d’abord sur des histoires multiples pour de plus en plus les mettre à distance : le descriptif domine dès lors et le commentaire, qui énonce aussi un discours autobiographique à deux voix. Perec y explicite pour la première fois ce que représente pour lui la judéité : refusant de « ressasser » les légendes de l’immigration américaine, le trop-plein des anecdotes, il se confronte à son histoire brisée, marquée par l’absence.

Cette histoire m’intéresse de plus en plus.

ImageEn 1892, juste après l’ouverture d’Ellis Island, Augustus Frederick Sherman (1865-1925), fils d’un commerçant de Pennsylvanie, photographe amateur, entre comme employé au Bureau de l’immigration. Une position privilégiée qui lui donne accès aux femmes et aux hommes détenus dans le centre, en attendant que l’on statue sur leur sort.
Pendant vingt ans, de 1905 à sa mort en 1925, il construit une œuvre photographique autour de ces migrants, saisis entre deux mondes, entre deux vies, entre la peur et l’espoir, enfermés symboliquement dans le cadre au moment où ils sont retenus entre les murs d’Ellis Island. De ce travail, il reste aujourd’hui près de 250 images, longtemps oubliées, qui entrent dans les collections du musée d’Ellis Island à la fin des années 1960, après un don de la nièce du photographe. On sait peu de chose sur le dispositif photographique mis en place par Augustus F. Sherman. Après s’être, un temps, essayé à la liberté du reportage, il décide de se consacrer au portrait. Au début du siècle, le genre reste figé par les contraintes techniques : un matériel lourd, des temps de pose encore longs.

Sherman travaille de préférence en intérieur, devant un fond neutre, le plus souvent un paravent emprunté à la salle d’examen médical. Quelques-uns de ses portraits sont pris en extérieur, en lumière naturelle, sur une terrasse, une pelouse ou les toits du bâtiment. De ses modèles, ne restent que quelques indications manuscrites, inscrites sur les photographies. Elles portent le plus souvent sur la nationalité, la religion ou la profession de ceux qui posent, mais les histoires singulières sont passées sous silence. Car Augustus Frederick Sherman se soucie peu de mettre en valeur la personnalité de ses modèles, comme c’est la règle dans le portrait classique. Dans cette photographie de « types », le fond neutre gomme le contexte, isole le modèle pour mettre l’accent sur des traits physiques censés révéler le « caractère » de tout un groupe. Le recours fréquent aux costumes redouble ici le poids du collectif et accentue le sentiment d’altérité.

Colon fait comme si entre les deux actions s’établissait un certain équilibre : les Espagnols donnent la religion et prennent l’or. Mais, outre que l’échange est assez asymétrique et n’arrange pas forcément l’autre partie, les implications de ces deux actes sont à l’opposé les unes des autres. Propager la religion présuppose qu’on considère les Indiens commes ses égaux ( devant Dieu). Mais s’ils ne veulent pas donner leurs richesses? Il faudra alors les soumettre, militairement et politiquement, pour pouvoir les leur prendre de force ; autrement dit les placer, du point de vue cette fois-ci humain, dans une position d’inégalité (d’infériorité). Or, c’est encore sans la moindre hésitation que Colon parle de la nécessité de les soumettre, ne s’apercevant pas de la contradiction entre ce qu’entraînent l’une et l’autre de ses actions, ou tout au moins de la discontinuité qu’il établit entre le divin et l’humain. Voici pourquoi il remarquait qu’ils étaient craintifs et ne connaissaient pas l’usage des armes. « Avec cinquante hommes Vos Altesses les tiendraient tous en sujétion et feraient d’eux tout ce qu’Elles pourraient vouloir » (« journal » 14.10.1492) : est-ce encore le chrétien qui parle? Est-ce d’égalité qu’il s’agit ? Partant pour la troisième fois pour l’Amérique, il demande la permission d’amener avec lui des criminels volontaires, qui seraient du coup graciés : est-ce encore le projet évangélisateur ?

La conquête de l’Amérique

La question de l’autre

Tzvetan Todorov p 61

« Mais cet homme illustre renonçant au nom établi par la coutume, voulut s’appeler Colon, restituant le vocable antique moins pour cette raison [ que c’était le nom ancien] que, il faut croire, mû par la volonté divine qui l’avait élu pour réaliser ce que son prénom et son nom signifiaient. La Providence divine veut habituellement que les personnes qu’Elle désigne pour servir reçoivent des prénoms et des  noms conformes à la tâche qui leur est confiée, ainsi qu’on le vit dans maint endroit de l’Ecriture Sainte ; et le Philosophe dit au chapitre IV de sa Métaphysique :  » les noms doivent convenir aux qualités et aux usages des choses. » C’est pourquoi il était appelé Cristobal, c’est-à-dire Christum Ferens, qui veut dire porteur du Christ, et c’est ainsi qu’il signa souvent; car en vérité il fut le premier à ouvrir les portes de la mer Océane, pour y faire passer notre Sauveur Jésus-Christ, jusqu’à ces terres lointaines et ces royaumes jusqu’alors inconnus. (…)Son nom fut Colon, qui veut dire repeupleur, nom qui convient à celui dont l’effort fit découvrir ces gens, ces âmes au nombre infini qui, grâce à la prédication de l’Evangile, (…) sont allées et iront tous les jours repeupler la cité glorieuse du Ciel. Il lui convient aussi pour autant qu’il fut le premier à faire venir des gens d’Espagne (quoique pas ceux qu’il aurait fallu), pour fonder des colonies, ou populations nouvelles, qui, s’établissant au milieu des habitants naturels (…), devaient constituer une nouvelle (…) Eglise chrétienne et un Etat heureux. »

La conquête de l’Amérique

La question de l’autre

Tzvetan Todorov

Seuil 1982 p.38

Le 20 janvier 1758, un arrêt du Conseil du Cap ordonne l’exécution du fameux Macandal, condamné à être brûlé vif après avoir subi la question, comme séducteur, profanateur et empoisonneur. On rappelle les sortilèges, les maléfices, les paquests magiques dont il s’était servi pour séduire les nègres. Moreau de Saint-Méry dit à ce propos que le nom de Macandal, « justement abhorré, suffit pour désigner tout à la fois un poison et un empoisonneur; c’set encore l’injure la plus atroce qu’un esclave puisse vomir contre un autre à Saint Domingue »

Lucien Peytraud (1858- 1?)

L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 d’après des documents inédits des archives coloniales p317

« … Dominique-Barthélemy de la Tour de Varan, né le 24 juillet 1771, fit ses études chez les prêtres oratoriens de Notre-Dame-de-Grâce. Une maladie l’empêcha de les terminer, et ce fut grand dommage, car il avait l’esprit pénétrant, une grande facilité de conception et la mémoire des plus heureuses. Après son rétablissement, ses parents, qui voulaient en faire un homme de guerre et non un docteur, lui obtinrent une sous-lieutenance dans le régiment de Forez où se trouvait déjà son frère aîné, en 1783. En 1790, dans le mois de février, il s’embarqua avec son bataillon pour la Martinique, où Louis XVI envoyait des troupes pour éliminer les premiers mouvements révolutionnaires qui s’y faisaient déjà sentir. A peine arrivé, ce bataillon eut à lutter avec les agents de la révolte, et dans un premier combat provoqué par l’anarchie, Dominique-Barthélemy eut une jambe cassée d’une balle. On le porta à l’hôpital de la Pointe-à-Pitre, où bientôt les révolutionnaires égorgés

La Tour-Varan (Jean Antoine de).- Études historiques sur le Forez. Armorial et généalogies des familles qui se rattachent à l’histoire de Saint-Étienne ou aux chroniques des chateaux et des abbayes…- Saint-Étienne : Impr. de Montagny, 1854.- VIII-470 p. Pp. 287-9 :

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