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Archives de Tag: poesie

Si loin dans le silence a rencontré sa main

A secoué sa main dans la glaçure des abats, des peaux

A regardé les chiens grossir entre les cordes, d’abois gelés

A rencontré au sec ce qui restait de viande et de petit jour

Edouard Glissant Pays rêvé, pays réel nrf Gallimard p92

Soit!

Que notre lendemain soit avec nous

Et notre passé aussi

Que notre journée soit présente au festin de ce jour

Apprêté pour la fête du papillon

Et les rêveurs passeront sains et saufs

D’un ciel à l’autre pareil

 

D’un ciel à l’autre pareil, passent les rêveurs

La terre nous est étroite

Mahmoud Darwich

La mer, palimpseste éternel, lieu de nos érosions, métaphore de l’intertextualité discursive  et anthropologique de l’histoire antillaise. Si on rajoute le transport contenu dans l’étymologie de « métaphore »: la mer devient donc transport initial géo-historique mais aussi désir, transport de l’âme. Une métaphore complète qui indique que la mer est question, autant pour le grand découvreur que pour le petit redécouvreur. Cette mer, linceul, tombe liquide des Nègres et des Caraïbes sans sépultures: cette mer fréquentée serait donc pour le poète comme une manière d’ablutions, une manière de se laver du non-deuil, du tout-à- l’gout de notre mémoire.

Ronald Selbonne

Albert Béville alias Paul Niger

Ibis Rouge éditions 2013 p 6

préfacé par Christianne Taubira

(…) Les mémoires balayées vers l’oubli,

Les tams-tams se promenant dans l’exotisme,

Les traditions s’agenouillant sans bataille.

Silence je dors!

A l’aube d’un jour,

Mon île s’est tue.

(…)

Didyer Mannette

Larmes de mots

Pawol savann Editions Neg Mawon Mai 2009

Dans « Un Archipel de Solitudes » d’emblée, je fais dire à un personnage : « Moi, je crois plus le théâtre que la vie, parce que le théâtre ment… délibérément, pour que chacun y trouve sa vérité…Ce n’est pas la vérité nue, mais en tenue-cérémonie »…
La quête incessante du renouvellement est une vraie exigence, qu’on ne commence à se poser sérieusement que lorsqu’on crée. La création nous obligeant à détruire sans cesse le déjà-là, tout au moins à le dépasser. Laisser parler l’absence d’autre chose. Non à faire œuvre didactique : démontrer qu’on vient de quelque part, au lieu d’aller notre chemin tranquille, où nous mènent nos pas. Es nou ka vwè kréyol kon drapo ( toujou menm jan sièk an sièk), kon barikad kont lasimilasyon… oben on lang vivan, on lang ki paré fè chimen tout lang pou fè lè i vlé viv,… tout kalté chimen. Pou sa, es makè d’lang la paré pou menné’y  an driv… Kaskòd évè limenm tanzantan pou kò a’y pli bon akontinyé ?
Historiquement, deux choses on bloqué notre créativité : le nationalisme français et le nationalisme guadeloupéen. Ils ont été à la fois rivaux et complices en prétendant chacun savoir ce qui était bon pour le peuple, en imposant des modèles et en sommant chacun de se ranger derrière un drapeau.  être français ou rien, guadeloupéen ou rien. Soyons justes, cependant! Il faut pardonner au second en lui accordant des circonstances atténuantes. La recherche quasi obligatoire de « mès é labitid an nou »  était tout à fait liée au sentiment général dans la population : un sentiment d’être non seulement en train de se perdre mais surtout d’être méconnu. C’est un aspect très important de notre être au monde. Nous avons tellement longtemps été ignorés que la revendication est forte d’être vu et entendu. Le besoin de reconnaissance par autrui a très vite informé les recherches et tentatives de beaucoup d’artistes. On n’y échappe difficilement.
Gerty Dambury me disait, dans un de nos nombreux échanges : « Pendant que nous nous figions dans une image de nous que nous voulions revoir, marque indélébile de notre différence, nous offrions ces traits de nous-mêmes comme spectacle à regarder de l’extérieur. Les comédiens avec qui j’ai travaillé m’ont plusieurs fois laissée pantoise lorsque je les regardais proposer à un metteur en scène des schémas tout tracés (danse, yé krik-yé krak, tambour…) comme marque de leur identité de comédien. Comme si un comédien africain américain arrivait à un casting en disant : je sais faire des claquettes et je danse très bien le limbo, je fais le ménestrel et le reste. »
Et j’ai renchéri : « Dîtes tchyip quatre fois dans une tirade et vous aurez exhibé votre papier d’identité !… Car, au fond, ce n’est pas l’étranger qu’on veut convaincre, mais soi-même. C’est une vraie compensation par rapport à notre incapacité politique (pour le moment) de nous ériger en peuple incontestablement différent, cette manière de se jouer avant que d’être. Je ne suis que le refuge de moi-même, je me blottis dans ce truc par peur de me déployer. »
Je pense qu’il faut dédramatiser la cohabitation et la copulation de ces deux langues dans notre vie de tous les jours. Libérer chacune de leur mode de vivre en colonie. Laisser chacune faire l’impossible pour nous tirer de là. J’ai écrit dans un article que l’opération de décolonisation ne sera pas forcément le résultat maudit d’une soustraction, mais, possibilité d’addition aux autres. Hors du confinement forcé franco-français, les langues et cultures créoles pourraient mieux parler au Monde. De même, le français pourrait mieux servir à dire au Français que nous ne sommes pas Français. Le plus terrifiant, en fin de compte, c’est la perte de soi. Notre usage décomplexé et indifférent des deux pourra démontrer au monde que nous ne sommes pas des auteurs français. Parce que, en vérité, nous ne le serons jamais. En fin de compte, singer l’autre est un aveu qu’on n’est pas l’autre, mais un aveu honteux. Être SOI et parvenir à faire surgir un univers intime inédit, son humanité singulière, les deux façonnés par sa propre histoire, c’est toute la raison d’être du créateur artistique.
Pour l’écriture poétique, théâtrale ou romanesque, c’est le même challenge : se raconter de mille façons et par mille détours, mais avec grâce: il ne s’agit pas d’abord de démontrer qu’on est kréyol, mais qu’il s’agit d’art. Kivédi envanté, défèt fil a lang la pou fè’y pitité, pou a’y touvé an nannan a’y sa i po ko montré. LABITID sé pwazon a POEZI. Sa pa ka sèvi ayen ou fidèl pou’w fèmé ki on lanmou ki on lang adan lajòl a LABITID.

Frantz Succab

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