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Archives de Tag: esclave

Au milieu de la place, entre ces deux ruines dont il ne subsistait plus que les murs et la toiture, se dressait toujours le pelourinho, cette colonnette de pierre tarabiscotée où l’on fouettait jadis les esclaves récalcitrants.

« Là ou les tigres sont chez eux »

Jean-Marie Blas de Roblès

Edition Zulma 2008 p15

Le commandeur est l’esclave nommé par l’habitant pour conduire les autres esclaves au travail. Le signe distinctif de cette fonction est le fouet avec lequel il ranime l’ardeur des paresseux.

Gazette des Tribunaux lundi 11 et mardi 12 novembre 1839

Projection/débat : « Ghosts of Amistad » avec Marcus Rediker
Mardi 7 octobre à 19h30
Projection suivie d’un débat avec Marcu Rediker

« Ghosts of Amistad (Les fantômes de l’Amistad), 2014, 56 min, de Tony Buba s’inspire du livre de Marcus Rediker The Amistad Rebellion : An Atlantic Odyssey of Slavery and Freedom (Penguin 2012 – en français en 2015 au Éditions du Seuil).

Il relate un voyage en Sierra Leone, entrepris en 2013, pour visiter les villages des rebelles qui capturèrent le navire négrier La Amistad en 1839, interviewer les anciens sur la mémoire locale des évènements, et rechercher les ruines perdues de Lomboko, la forteresse négrière où commença leur cruelle traversée de l’Atlantique.

Les créateurs du film se fondent sur les connaissances des villageois, des pêcheurs, et des camionneurs pour reconstituer un épisode, longtemps oublié, de l’histoire populaire du combat contre l’esclavage. »

Bar restaurant Le Lieu Dit – 6, rue Sorbier 75020 Paris – 01 40 33 26 29 –
contact@lelieudit.com

Marcus Rediker est Professeur d’Histoire à l’Université de Pittsburgh, et auteur de nombreux livres, comme Pirates de tous les pays (Libertalia, 2011) et À Bord du Négrier : Une Histoire Atlantique de la Traite (Éditions du Seuil, Paris, 2013). Il sera en France pour une série de conférences du 6 au 18 octobre.

Tout commence avec les chaussures. Enfant, je ne peux pas supporter d’être pieds nus et je supplie sans cesse pour avoir des chaussures, les chaussures de n’importe qui, même par les journées les plus chaudes. Ma mère, a minha mae, fronce les sourcils, elle est en colère à cause de ce qu’elle appelle mes manières de coquette. Seules les mauvaises femmes portent des talons. je suis dangeureuse, elle dit, dangereuse et sauvage, mais elle finit par se calmer et me laisse porter les chaussures dont la Senhora ne veut plus, à bouts pointus, avec un des talons cassé, l’autre bien usé et une boucle dessus. Résultat, dit Lina, mes pieds sont inutiles, ils seront toujours trop tendres et n’auront jamais les plantes solides, plus dures que du cuir, qu’exige la vie. Lina a raison. Florens, elle dit,  on est en l’an 1690. Qui d’autre à notre époque a les mains d’une esclave et les pieds d’une grande dame portugaise?

Un don Toni Morrison

Christian Bourgois éditeur p10

Une négresse appelée Elisa, surnommé la République, y était, me rapportait-on, depuis longtemps, enchaînée et souffrait de ses fers; elle était actuellement enferrée avec un jeune nègre appelé Grosloup, marroneur. Je me fis amener ce couple ainsi enchaîné, et je pus me convaincre par son interrogatoire qu’à part quelques exagération dans les rapports, le mode d’enferrement ne pouvait être toléré.

Elisa est une négresse de 36 à 40 ans, assez fortement constituée; c’est un sujet adonné au marronage et insubordonné: c’est ce qui lui a valu le sobriquet de la République. Depuis un an elle était presque continuellement en punition; elle a porté pendant 6 mois un anneau au pied gauche avec une petite barre; ce pied et la jambe sont enflés, elle s’en plaint: on les lui retira pour l’enferrer, il y a 3 semaines environ, par l’autre jambe, où elle porte un anneau de 3 livres environ; à cet anneau est attachée une chaîne double, de 2 pieds et demi, qui est fixée à l’anneau mis au pied gauche du nègre Grosloup. Il y a 3 semaines que cet accouplement dure nuit et jour; la nuit, l’homme et la femme sont placés dans la même prison ainsi accouplés, au mépris de la morale. Il parait que pour l’inventeur de cette punition les sexes ont disparu, et qu’il ne voit que des marroneurs à rentenir, de mauvais travailleurs à corriger. (…) La négresse Elisa demeura précédemment durant 6 mois au cachot, ne sortant que pour le travail: c’est là, sous la voûte tumulaire servant de cachot, qu’elle garda, pendant 6 mois, son nourrisson qui a aujourd’hui un an, et qui a souffert de cette existence dans un lieu étroit et privé d’air.

(Rapport du procureur du Roi de la Basse-Terre du 25 juin 1842)

Exposé général des résultats du patronage des esclaves 1844 p421

L’autre nègre qui me servait s’aperçut un jour que ce petit garçon mangeait de la terre; il m’en avertit, je fis tout ce que je pus pour l’en empêcher, mais ce fut en vain; il continua d’en manger, devint hydropique sans qu’on y pût remédier, parce qu’on ne pouvait pas en ôter la cause, qui était une mélancolie noire qui le portait à cet excès.

Les nègres de la côte de la Mine (côte méridionale d’Afrique), y sont fort sujets; ils se désespèrent, se pendent, se coupent la gorge sans façon pour des sujets fort médiocres, le plus souvent pour faire de la peine à leurs maîtres, étant prévenus qu’après leur mort ils retournent dans leur pays, et ils sont tellement frappés de cette folle imagination qu’il est impossible de la leur ôter de la tête.

Voyage aux Iles chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705 J.B Labat Phébus libretto p 106

Les condamnations à mort étant fréquentes, on se vit obligé de créer un fonds spécial pour indemniser les propriétaires. Ce fut la caisse des nègres justiciés; c’était, à vrai dire, une sorte de société d’assurance mutuelle, imposée aux maîtres contre des risques communs à courir. Chacun payait un droit fixé au prorata du nombre de ses esclaves, d’après la somme totale jugée nécessaire chaque année.

Le texte le plus ancien relatif au remboursement des nègres justiciés est un arrêt du Conseil de la Martinique, du 16 juillet 1665. « Il est juste, écrit à ce propos Moreau de Saint Méry, que la sûreté que la mort d’un coupable procure à toute société ne coûte pas un sacrifice trop cher à un seul individu ».

(1858-?), Lucien Peytraud

L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 d’après des documents inédits des archives coloniales

Demande d’affranchissement par le chevalier de Sourdeval, demeurant à Basseterre, du fils d’une de ses esclaves. « Fait à la Martinique le 5 9bre 1771 ». Signé « le Chr de Sourdeval ».

Un feuillet in-folio (380 x 250 mm). Encre sépia sur papier. (Mouillure dans l’angle supérieur droit, quelques rousseurs. Traces de pliures).

« […] A nos seigneurs les Général et Intendant des isles françoises du vent de l’Amérique supplie humblement le Cher de Sourdeval capitaine au corps Royal vous represente, nos Seigneurs, que la negresse nommée Charlotte son esclave lui a rendu des services essentiels dans plusieurs maladies qu’il a fait; et qu’il désireroit lui en témoigner reconnoissance en procurant la liberté à son fils qu’elle préfère à la sienne. Ce considéré nos Seigneurs il vous plaise permettre au suppliant d’affranchir de l’esclavage et de toute servitude le nommé Etienne mulatre, fils de ladite négresse Charlotte age d’environ 18 mois […] ». La requête du suppliant est permise par le général et l’intendant qui demandent au chevalier de Sourdeval d’en passer acte devant notaire.

[On joint:] –L’acte d’affranchissement passé devant maîtres Fontaine et Delongchamp, « notaires royaux en l’isle Guadeloupe », daté du 17 novembre 1771. Signé par le chevalier de Sourdeval, Fontaine et Delongchamp. 3 pages in-folio sur un double feuillet. (Rousseurs, pliures, cachets de cire rouge, dont un légèrement brisé. Petites déchirures aux pliures.)
L’acte est confirmé et signé par le général et l’intendant le 25 novembre de la même année. « […] le dit mulatre Etienne jouira de la liberté dès ce jour à l’avenir, comme les autres affranchis de cette isle en se conformant aux Réglement et ordonnances du Roy concernant les affranchis […] ». L’acte a été enregistré au greffe de l’intendance de l’île Guadeloupe le 25 novembre 1771. BEL ET INTÉRESSANT ENSEMBLE. (2)

sources liste de diffusion ghcaraibe

Les lundis de la création – Date: Lundi 19 Décembre
Le cachot met en scène le fond mémoriel de la Guadeloupe et de l’histoire de l’esclavage. Un jeune écrivain va reprendre le drame d’un esclave injustement condamné et qui mourra en prison. Pour donner son texte à entendre, il convoque amis et connaissances à une soirée chez lui où chacun, piégé, jouera un rôle de sa pièce. Là les masques sociaux se fissurent et le fond traumatique de l’histoire nègre réapparaît dans le monde d’aujourd’hui. Gilda Gonfier a écrit ce texte et pris part à la réalisation de Laurent Leclerc. Tournée sur place en décor naturel, le jeu des acteurs sonne juste et nous donne à vivre une rencontre sociale, torpillée par la puissance du passé.

Et cela s’écoute ici

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