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« Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir, en fait, de l’enfer ». Antonin Artaud, Van Gogh, le suicidé de la société, 1956

Est-ce le fait de vivre en contact avec la folie qui a fait de Christian Sabas un révolté ? 
A moins que le fou ne soit que le nom donné par la société à celui qui en refuse les codes ?
Et si les fous, c’étaient nous. Nous qui nous croyons sages, refusant d’admettre que nos certitudes ne sont qu’illusions trompeuses.
Dans une annexe de l’hôpital Maison Blanche, Pavillon 53, Christian Sabas tournant le dos aux soins psychiatriques traditionnels, ouvrit un atelier artistique destiné aux personnes en souffrance. C’était en 1983.

L’Atelier du non-faire.

Un atelier de pratique, pour le plaisir de s’adonner à une pratique sans finalité. Dans une posture de gratuité, délibérément en rupture avec les dictats de productivité et de la rentabilité de nos sociétés post-capitalistes.

Une utopie que Christian Sabas a faite sienne, bien avant les événements de 2009 qui donna lieu à la déclaration suivante qui clôturait le Manifeste de 9 intellectuels martiniquais :

« Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant… ».

L’Atelier du non-faire était destiné à « mettre en œuvre un épanouissement humain ». Car en réduisant les hommes à n’être que des producteurs soumis, le post-capitalisme a fait de nos sociétés, et de notre être au monde, un enfer. Antonin Artaud ne disait pas autre chose. Le geste créateur se revendique alors comme l’affirmation la plus élevée d’une humanité se débattant avec le chaos-monde. Et qui refuse de se laisser briser.

Christian Sabas peint mais ne se définit pas comme un artiste, un professionnel de l’Art. Ce qu’il peint ne rentre dans une aucune des catégories définies, y compris celle de l’art brut. Il rend compte de ce qui l’habite, ce qui le hante. Instinctivement et de la façon la plus authentiquement possible, il donne forme à ses visions.

Des visions en noir et blanc de personnages, tantôt en mouvement cherchant maladroitement leur équilibre, tantôt statiques, voire même parfois entremêlées les uns aux autres de façon grouillante. Des visions qu’il inscrit sur papier kraft ou sur de longues bandes qu’il déroule ensuite, suspendues, telles la pellicule d’un film muet. Faisant défiler des formes plus ou moins indécises, ressemblant à des ombres fugaces que le pinceau tenterait de retenir. Mais aussi d’autres visions, plus ambitieuses par leurs dimensions et leur composition. Christian Sabas a recours alors à la couleur pour faire surgir à même la toile de lin suspendue, des figures hiératiques qui semblent venir d’un très lointain passé. Des figures comme enfouies dans les plis de la mémoire et qui aspirent à remonter à la lumière. Affirmant, par delà le néant de l’oubli, une présence forte. L’utilisation de toiles usagées et jaunies, le traitement que le peintre fait subir à la pâte pour obtenir craquelures et patine, matérialisent alors, de façon concrète, cette épaisseur du temps contre laquelle il convient de lutter.

Christian Sabas semble être « habité ». Il n’explique, ni ne commente ses œuvres. Il les expose telles quelles, brutalement, à nos yeux. A la façon d’un surgissement qui ressemblerait aussi à un don de soi. A travers un geste qui, renouant avec le sacré, nous invite à communier à sa quête de l’inconnu, laquelle, plongeant au plus profond de son être, relève fondamentalement du mystère. Celui du vivant.

Scarlett JESUS, critique d’art.

Exposition de Christian Sabas à la Médiathèque du Gosier du 15 au 22 Octobre 2013

Contre le racisme d’Etat

Nous citoyens, responsables d’organisations syndicales, politiques ou associatives, réunis le samedi 11 février 2012 :

 

Dénonçons les propos injurieux et racistes tenus par le ministre de l’intérieur Claude Guéant et protestons contre sa venue en Guadeloupe, que nous considérons comme une provocation.

 

Saluons et soutenons totalement la réaction digne et légitime du député Serge Letchimy et l’assurons de notre solidarité contre toute forme de répression à son encontre.

Appelons tous les citoyens en Guadeloupe à protester :

–     en portant un signe distinctif de couleur rouge durant le séjour de Claude Guéant, lundi et mardi

–      en participant massivement à un rassemblement le lundi 13 février à 17h30, devant la mairie de Pointe-à-Pitre.

 

Tous mobilisés contre les propos racistes qui conduisent à la barbarie

Le Groupe de citoyens

Communiqué de presse

Victorin LUREL et Jacques GILLOT adressent une lettre ouverte à Claude GUEANT

Basse-Terre, le 7 février 2012 – Après les déclarations de Claude GUEANT sur une prétendue inégalité entre les civilisations, les présidents du Conseil régional et du Conseil général de la Guadeloupe, Victorin LUREL et Jacques GILLOT, ont adressé une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur, Claude GUEANT, pour lui indiquer qu’ils ne le recevraient pas lors de sa visite prévue en Guadeloupe la semaine prochaine :

« Monsieur le ministre,

Nous avons été informés de votre prochain déplacement en Guadeloupe et nous sommes au regret de vous faire savoir que nous ne pourrons vous y recevoir.

Fidèles à notre indéfectible attachement aux principes républicains et démocratiques, nous avons toujours veillé, en tant qu’élus de la Nation, à faire le meilleur accueil aux membres du Gouvernement en visite officielle aux Antilles, quand bien même nous ne partagerions pas les mêmes sensibilités politiques.

Mais aujourd’hui, c’est pleinement conscients de l’importance symbolique de notre geste, et mus par le même sens du devoir républicain, que nous avons pris la décision de ne pas vous accueillir en Guadeloupe.

Les faits sont malheureusement là, têtus : Par vos « dérapages » verbaux répétés et assumés à l’égard des étrangers et des Français issus de l’immigration, qu’ils soient d’origine roumaine, comorienne, ou de confession musulmane ; par votre circulaire qui durcit considérablement l’obtention de visas pour les étudiants étrangers qui aiment la France et qui souhaitent y débuter leur vie professionnelle en mettant leurs compétences à la disposition de notre pays ; par votre volonté sournoise d’interdire en pratique l’accès à la naturalisation à des immigrés présents sur notre sol de très longue date et qui ont démontré pleinement leur désir d’intégration ; par vos propos consternants sur la hiérarchie des civilisations, vous tournez résolument le dos aux valeurs fondamentales de la République, auxquelles nous Antillais, dont les ancêtres ont connu l’esclavage et la colonisation, restons attachés encore davantage que d’autres.

Certains ne veulent voir dans vos déclarations qu’une banale stratégie politicienne visant à séduire les électeurs du Front national, en vue des prochaines échéances électorales. Nous avons peine à croire que la vie politique française serait devenue, sous Nicolas Sarkozy, à ce point dévoyée, que la fin justifierait tous les moyens, même les plus immoraux. Aurions-nous donc perdu en France la boussole des valeurs humanistes et de tolérance qui fondent notre vivre-ensemble ? Nous, qui avons vu l’histoire bégayer avec l’abolition puis le rétablissementde l’esclavage, savons que subrepticement les heures sombres du passé peuvent derechef advenir.

D’autres, que vous cherchez à entretenir dans la peur d’une dépossession de leur identité « nationale », verront dans vos prises de position, un combat pour la défense d’une France menacée. Nous n’y croyons pas davantage, nous qui savons que notre pays, et c’est sa richesse et sa singularité, s’est construit au fil de l’Histoire grâce aux apports culturels successifs issus des différentes vagues d’immigrations, qu’elles soient européennes, ou plus récemment indochinoises, maghrébines, caribéennes, et africaines.

C’est ainsi qu’est aujourd’hui la France. C’est ce qui fait la France. C’est ainsi que nous l’aimons comme la grande majorité des Français l’aiment. Cette alchimie originale qui unit des bras de toutes les couleurs pour bâtir notre Nation, des cœurs enveloppés de peaux de toutes les couleurs pour aimer notre pays et des yeux de toutes les couleurs regarder grandir la France, ne constitue en rien une menace. C’est au contraire notre bien commun.

C’est ce bouillonnement perpétuel des identités individuelles et collectives dans le creuset républicain qui forge notre identité commune. Nous n’acceptons pas que vous cherchiez à éteindre la flamme qui entretient ces mélanges féconds, ces métissages précurseurs et cette volonté commune de vivre ensemble. Nous n’acceptons pas davantage que vous stigmatisiez nos compatriotes musulmans ou issus de l’immigration maghrébine en mélangeant tous les concepts, en dressant les uns contre les autres et en hiérarchisant les civilisations tel un nouvel Arthur de Gobineau ou de nouveaux Ernest Renan et Jules Ferry égarés.

Nous ne souhaitons pas recevoir celui qui tient des propos dangereux pour l’unité nationale.

En décembre 2005, afin de marquer son indignation suite au vote d’une loi reconnaissant « le rôle positif de la présence française outre-mer », Aimé Césaire avait refusé de rencontrer le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, en déplacement en Martinique. Nous avions alors tous, outre-mer, salué la portée de son geste.

Nous choisirons par conséquent, en toute modestie, de lui emboîter le pas. Nous n’irons pas vous accueillir à l’aéroport. Nous ne vous accueillerons pas personnellement dans nos collectivités. Et si vous souhaitez vous rendre dans ces institutions de la République qui vous restent malgré tout ouvertes, nous prendrons les dispositions nécessaires pour recueillir le message que vous voudrez éventuellement délivrer. »

LA DIRECTION DE LA COMMUNICATION

Olivier NICOLAS
Directeur de la communication et des relations publiques
REGION GUADELOUPE
olivier.nicolas@cr-guadeloupe.fr

Article de FRédéric Gircour et Nicolas Rey publié dans la revue « Les Zindigné(e)s »
Début 2009, un mouvement social d’une ampleur inédite secoue la Guadeloupe et plonge le petit archipel caribéen sous les feux des projecteurs, écornant au passage la carte postale. On peut parler d’ampleur inédite…
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