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Archives de Tag: nègre

« Ces plantocraties sont des univers segmentaires où la loi de la race repose aussi bien sur l’affrontement entre planteurs blancs et esclaves nègres que sur l’opposition entre les Nègres et les « libres de couleur » (très souvent des mulâtres affranchis) dont certains possèdent au demeurant des esclaves. Le Nègre de la plantation est par ailleurs une figure multiple. Il est chasseur de marrons et de fugitifs, bourreau et aide-bourreau, esclave à talent, indicateur, domestique, maître-coq, affranchi qui demeure soumis, concubine , travailleur des champs affecté à la coupe de la canne, préposé à l’usine, conducteur d’engins, accompagnateur de son maître, guerrier occasionnel. Ces positions sont loin d’être stables. Selon les circonstances, une position peut être « retournée » en une autre. La victime d’aujourd’hui peut, demain, se transformer en bourreau au service de son maître. Il n’est pas rare que l’affranchi d’hier aujourd’hui devienne lui-même un propriétaire et chasseur d’esclaves. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

« Ce n’est pas tout. Produit d’une machine sociale et technique indissociable du capitalisme, de son émergence et de sa planétarisation, ce nom fut inventé pour signifier exclusion, abrutissement et avilissement, voire une limite toujours conjurée et abhorrée. Honni et profondément déshonoré, le Nègre est, dans l’ordre de la modernité, le seul de tous les humains dont la chair fut faite chose et l’esprit marchandise –la crypte vivante du capital. Mais –et telle est sa dualité manifeste –dans un retournement spectaculaire il devint le symbole d’un désir conscient de vie, une force jaillissante, flottante et plastique, pleinement engagée dans l’acte de création et à même de vivre dans plusieurs temps et plusieurs histoires à la fois. Sa capacité d’ensorcellement, voire d’hallucination, n’en fut que décuplée. En le Nègre, certains n’hésitèrent point à reconnaître le limon de la terre, la veine de la vie à travers laquelle le rêve d’une humanité réconciliée avec la nature, voire la totalité de l’existant, trouverait de nouveau visage, voix et mouvement. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

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Free state of Jones est un film à voir. Le titre de cet article est une réplique de Newton Knight un « sauveur » blanc. J’ai trouvé le film pertinent et aussi cette critique qui le déconstruit. A vous de voir! La critique est ici. Le film sur netflix et la bande annonce juste là:

 

Le Cahier est une suite de notes poétiques portant sur une réalité bien spécifique. Le discours qui se dégage de cette œuvre magistrale vise la récupération de l’héritage des déportés africains contraints à vivre en Amérique dans l’asservissement et le mépris. Césaire participe à l’exhumation d’un moi enterré auquel, avec ses collègues Senghor et Damas, il attribue le nom de Négritude. Le Cahier traite d’une réalité repoussante et « peut se lire, selon Jean-Louis Joubert, comme une quête orphique: plongée aux abîmes de la mauvaise foi, descente aux enfers de l’oppression raciale, pour y conquérir la fierté d’être nègre ». Le chemin de la conquête de cette fierté croise verve et verbe. Il nous prépare à la constatation de la fin d’un monde ou de la fin d’un temps.

Le merveilleux, de l’imagination au « je » prodigieux: l’apport de la Négritude au surréalisme dans Phénoménologie du merveilleux p188 Presse de l’Université du Québec Sous la direction de Schallum Pierre

Toussaint, arrivé sans bruit par la porte du fond, s’immobilisa devant lui. Il avait retiré son chapeau de cocher, mais un mouchoir noué sur sa nuque recouvrait presque complètement ses cheveux grisonnants. Il baissait la tête avec un sourire poli, le regard levé vers le sieur Maltrot mais le visage tourné vers le sol.

Te voici… répéta le sieur Maltrot en faisant un pas vers lui. Une belle réussite de notre système, de ton maître et du comte de Noé… Eh bien, qu’en dis-tu?

Doucement allé loin répondit Toussaint. Son sourire s’éteignit avec ses paroles.

Aussi juste que bien dit. Oui, et le monde, un jour, appartiendra aux humbles. C’est notre espoir à tous, n’est-ce pas? Il donna une claque sur l’épaule de Toussaint en se tournant à demi pour associer Bayon de Libertat à sa remarque. Tu es un bon nègre, je le sais. S’ils étaient tous comme toi, nous n’aurions pas le moindre problème.

Madison Smartt Bell

Le soulèvement des âmes (All souls rising)

Ediitions Actes Sud 1995 p78

On aurait peine à s’imaginer ce qu’à pu être pour les Nègres des Antilles la terrible époque qui va du début du XVIIe siècle à la moitié du XIXe siècle, si depuis quelque temps, l’histoire ne s’était chargée de fournir quelques bases de comparaison. Que l’on se représente Auschwitz et Dachau, Ravensbrück et Matthausen, mais le tout à l’échelle immense, celle des siècles, celle des continents, l’Amérique transformée en « univers concentrationnaire », la tenue rayée imposée à toute une race, la parole donnée souverainement aux kapos et à la schlague, une plainte lugubre sillonnant l’Atlantique, des tas de cadavres à chaque halte dans le désert ou dans la forêt et les petits bourgeois d’Espagne, d’Angleterre, de France, de Hollande, innocents Himmlers du système, amassant de tout cela le hideux magot, le capital criminel qui fera d’eux des chefs d’industrie. Qu’on imagine tout cela et tous les crachats de l’histoire et toutes les humiliations et tous les sadismes et qu’on les additionne et qu’on les multiplie et on comprendra que l’Allemagne nazie n’a fait qu’appliquer en petit à l’Europe ce que l’Europe occidentale a appliqué pendant des siècles aux races qui eurent l’audace ou la maladresse de se trouver sur son chemin. L’admirable est que le nègre ait tenu !

Esclavage et colonisation (1948), Victor Schoelcher, éd. PUF, 1948, Introduction par Aimé Césaire, p. 17-18

C’est le titre que j’ai failli donner (suggestion faite par L Leclerc)  à l’adaptation radiophonique du Cachot. Sébastien un nègre esclave du Sieur Vallentin est ce bon nègre. Sa docilité ne le mettra pas à l’abri des soupçons de son maître. Il sera mis au cachot accusé d’empoisonner les bestiaux. Il y mourra.

Cecil Gaines le majordome de la maison blanche sous je ne sais combien de mandat d’Eisenhower à Reagan, dans le dernier film de Lee Daniels, est aussi un bon nègre.

Je suis bien heureuse qu’après le mythe du nègre marron (indispensable nous avons besoin de héros) on s’intéresse aussi et enfin à ces petites gens, anonymes, sans gloire qui obstinément ont survécu à l’esclavage.

 

Le film relève brillamment , de mon point de vue, le défi de raconter une histoire « entertaining », tout en nous donnant une belle leçon d’histoire. Et il ne s’agit pas seulement de l’histoire des noirs mais de l’histoire des États-Unis. Des champs de coton jusqu’à Barack Obama, l’épopée (n’ayons pas peur des mots) d’un homme qui aura voué sa vie à servir et aura trouvé dans cet asservissement sa liberté. Comme le dit un des personnages, la figure du domestique noir qui se doit d’être digne de confiance, sape le racisme au quotidien et sans bruit. Louis le fils de Cecil Gaines dans le film explore d’autres voies, celle de la non violence pour commencer, celle de Martin Luther King puis quand celui ci est assassiné des Black Panthers. En continuel conflit avec son père qui préférait le voir à la fac, plutôt que de jouer aux freedom riders,  il n’arrive pas à lui faire comprendre ses choix. Peut-être bien parce qu’il méprise le sien. Un choix que Cécil a fait pour protéger sa famille et leur donner une chance d’échapper aux champs de coton, d’échapper à l’asservissement.  Pour finir c’est déjà à la retraite que Cécil et son fils aîné vont se réconcilier derrière les barreaux d’une prison. Cecil prend enfin fait et cause pour les noirs, il dénonce la politique américaine qui soutient alors le régime de Pretoria et l’apartheid. D’un point de vue dramaturgique, la scène de fin répond à celle du début. Après l’humiliation et l’horreur totale (sa mère est violée et son père tué sous ses yeux), il s’avance digne, le pas assuré (il connaît le chemin) vers le bureau ovale maintenant occupé par le premier président noir des Etats-Unis. Barack Obama. Yes we can! Le prix à payer a été lourd cependant. C’est à ce titre qu’il me parait indispensable de raconter les histoires des bons nègres et pas seulement ceux qui ont fait carrière à la maison blanche à une place ou une autre. Petite confidence, je travaille à l’histoire de Maximin Daga. Lui aussi était un bon nègre.

Daga:

« Si je suis infirme, estropié, c’est que j’ai été souvent lié de cordes pendant que j’étais jeune encore, que j’ai été enferré, que j’ai été chargé de trop lourds fardeaux, que j’ai reçu un coup de bâton sur le genou. »

Procès de Texier Lavalade 1847

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