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Archives de Tag: capitalisme

Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d’esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat d’un asservissement systématique des femmes. calibanLa transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement. Discipline des corps d’esclaves, servis au mouvement d’accaparement des ressources du Nouveau Monde pour la fortune de l’ancien.

Silvia Federici Caliban et la Sorcière Femmes corps et accumulation primitive

Edition Entremonde 2004

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Que retenir de cette ressemblance inattendue entre une satire de l’URSS et les discrètes fourberies du monde marchand? D’une part, qu’il est illusoire de se révolter pour ne plus être soumis: tout comme la sédition de Smith était téléguidé, du début à la fin, par Big Brother, le marché lui-même manipule (et récompense parfois d’un succès commercial) les indignés qui croient naïvement s’en affranchir en l’affrontant et le combattre en le contestant. D’autre part, que nous n’avons pas tant à craindre un retour de la dictature, qu’une extension ad libidinem d’un despotisme publicitaire qui, comme Tocqueville,  » ne brise pas les volontés, mais (…) les amollit, les plie et les dirige (…); ne détruit point (mais) empêche de naître (…) ne tyrannise point (mais) gêne, comprime, énerve, éteint, hébète, et réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

Raphael Enthoven dans Philosophie Magazine de novembre 2013

Notons que si les esclaves accèdèrent assez rapidement aux emplois de commandeurs et de raffineurs, une barrière invisible semble bien leur avoir interdit l’entrée dans de plus hautes fonctions. Sur un échantillon de 9 133 esclaves de la Guadeloupe (soit 10% de la population servile), constitué par Frédéric Régent à partir d’actes notariés établis pendant la Révolution, deux seulement sont désignés comme économes, l’un et l’autre étant d’ailleurs mulâtres et destinés à l’affranchissement. Le subsitut du procureur du roi de Pointe-à-Pitre peut relater l’anecdote suivante en 1842, après l’inspection d’une habitation où le propriétaire ne se rend que passagèrement:  » L’économe est un homme noir qui naguère était esclave de l’habitation; il remplissait les fonctions de surveillant. Une discussion s’étant engagée entre les esclaves et lui, au sujet de sa qualité, et les esclaves lui manquant de respect, l’un des deux propriétaires intervint, et dit à l’atelier qu’à partir de ce moment, Philippe était libre ». Esclavage et économat s’excluraient donc aux yeux des esclaves eux-mêmes qui se révéleraient ainsi sensibles à l’origine et au statut de ceux qui les dirigent.

Travail, capitalisme et société esclavagiste

Guadeloupe, Martinique (VVIIe-XIXe siècles)

Caroline Oudin-bastide

Editions La découverte 2005 p 65

« TINA » est l’acronyme de There is no alternative (traduit de l’anglais en français, « il n’y a pas d’alternative »). Cette phrase a été prononcée par Margaret Thatcherlorsqu’elle était Premier ministre du Royaume-Uni, pour défendre l’idée que la seule voie d’évolution des sociétés humaines est le libéralisme, dont le marché libre, le capitalismeet la mondialisationsont les expressions naturelles. L’expression « TINA » est restée dans les langages économiques et sociologiques depuis lors.

La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une immense accumulation de marchandises. L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches.
La marchandise est d’abord un objet extérieur, une chose qui par ses propriétés satisfait des besoins humains de n’importe quelle espèce. Que ces besoins aient pour origine l’estomac ou la fantaisie, leur nature ne change rien à l’affaire. Il ne s’agit pas non plus ici de savoir comment ces besoins sont satisfaits, soit immédiatement, si l’objet est un moyen de subsistance, soit par une voie détournée, si c’est un moyen de production.
 

Karl Marx Incipit « Le Capital » livre I

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