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Archives de Tag: roman

« l’esclavage est une monotonie, désert, ennui, c’est un malheur qui vous met en dessous de votre propre pitié, et si la douleur vous inspire parfois des cris, c’est comme en sommeil: les yeux de l’esclave ne s’ouvrent pas. Louise vivait profondément à l’intérieur de son sang »

L’ancêtre en Solitude

Simone et André Schwarz-Bart p85

Editions Seuil

Mais la forêt elle-même était pleine d’esprit. Je l’ai senti en marchant dans l’ombre jusqu’aux derniers arbres. J’étais plus loin, mais je continuais à tourner autour du poteau mitan. Ils étaient si nombreux à remonter de l’Ile Sous la Mer. Je savais qu’en ne comptant que les vivants, nous étions déjà dix fois plus que les Blancs. Les Blancs le savaient eux aussi, et ils avaient peur – c’était cette peur qui tenait le fouet. Mais ce que les Blancs ignoraient, c’était que tous ceux qu’ils tuaient restaient auprès de nous. Et ils nous avaient tués en si grand nombre, déjà, qu’il y avait parmi nous cent morts pour un vivant. Un Blanc meurt et disparaît, mais nos morts à nous ne nous quittent jamais, ils restent là parmi les Invisibles. Ils arrivaient maintenant, tous les Invisibles, à travers le miroir depuis le fond de l’eau, et chaque arbre de Bois-Caïman devenait un poteau mitan pour le recevoir.

Madison Smartt Bell

Le soulèvement des âmes (All souls rising)

Ediitions Actes Sud 1995 p148

Elle ne voulait plus être une femme aux pieds nus et tenait à le prouver à Tertulien, à Dorcélien avec ses aires de chef accompli, aux dames de Roseaux et de Baudelet, Mme Yvenot et Mme Fretillon. Et, à force de douleurs, d’ampoules et d’égratignures, elle finit par apprivoiser ces corps étrangers qui, en bridant une liberté de seize ans, firent d’elle une femme à chaussures.

Bain de lune

Yanick Lahens Sabine Wespieser Editeur p100

J’aime quand tes bras descendent lentement le long de mon dos, sans colère ni sarcasme, quand tes mains entoure ma tendresse et ma force.

Je jure que tu as souri ce matin, de ce sourire silencieux des femmes lorsque les hommes s’abandonnent . Alors je veux t’offrir un peu de ma fatigue d’homme.

Et puis j’aime tes murs, Nathalie. Tu ne peux pas savoir à quel point. Ta maison sent la vie, Nathalie, comme ton sourire grave et ensommeillé, tes rires subits, ton effronterie, ton obstination.

Ton lit me manque déjà pour y allonger mon désir de toi. Comme me manque ta douceur ensoleillée tout en bas, tout en bas, pour y ancrer doux et fort mon amertume d’homme de cinquante ans.

Guillaume et Nathalie

Yanick Lahens Sabine Wespieser Editeur p145

Tout commence avec les chaussures. Enfant, je ne peux pas supporter d’être pieds nus et je supplie sans cesse pour avoir des chaussures, les chaussures de n’importe qui, même par les journées les plus chaudes. Ma mère, a minha mae, fronce les sourcils, elle est en colère à cause de ce qu’elle appelle mes manières de coquette. Seules les mauvaises femmes portent des talons. je suis dangeureuse, elle dit, dangereuse et sauvage, mais elle finit par se calmer et me laisse porter les chaussures dont la Senhora ne veut plus, à bouts pointus, avec un des talons cassé, l’autre bien usé et une boucle dessus. Résultat, dit Lina, mes pieds sont inutiles, ils seront toujours trop tendres et n’auront jamais les plantes solides, plus dures que du cuir, qu’exige la vie. Lina a raison. Florens, elle dit,  on est en l’an 1690. Qui d’autre à notre époque a les mains d’une esclave et les pieds d’une grande dame portugaise?

Un don Toni Morrison

Christian Bourgois éditeur p10

Olivier Merle sur les voies de la traite négrière
Par Marianne Payot (L’Express), publié le 12/07/2010 à  07:00

Six mois à bord d’un navire négrier à la fin du XVIIIe siècle ou le regard d’Olivier Merle sur la traite et l’esclavage.

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Si le livre Racines d’Alex Haley fut porté par un personnage masculin, celui de  Lawrence Hill met en scène un personnage féminin. Pour se rapprocher de son héroïne, Lawrence Hill lui a donné le prénom de sa propre fille, une façon de mieux habiter le personnage et de se demander à chaque page comment sa fille aurait survécu et s’en serait sortie émotionnellement, spirituellement et physiquement. En effet, à l’âge de onze ans, Aminata Diallo est arrachée à sa famille dans un village de l’actuel Mali par des négriers. Commence alors une longue marche qui durera  plus de  trois mois et au bout  de laquelle la fillette se retrouvera avec d’autres esclaves dans un bateau en direction de l’Amérique. Aminata deviendra plus tard une esclave dans une plantation en Caroline du Sud. Elle réussira à s’enfuir et se retrouvera à New York, puis en Nouvelle Ecosse et en Sierra Leone. Si Aminata nous paraît vraie et vivante dans cette haletante odyssée c’est grâce à une écriture fluide et limpide où, derrière chaque mot se lit en réalité la quête intérieure de l’auteur. 

  Il aura fallu à Lawrence Hill une enquête de plus de cinq années et des séjours en Afrique pour dessiner le portrait d’une femme rebelle portée par les ailes du courage et de la résistance.

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