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Le missionnaire dominicain R.P Jean- Baptiste Du Tertre dans son histoire générale des Antilles développe la question des châtiments dont on punit les fautes des Nègres. Après nous avoir exposé la maxime fondamentale du gouvernement des esclaves à savoir  » ne les frapper jamais sans sujet, mais ne leur pardonner jamais aucune faute », il nous explique aussi l’arbitraire des peines infligées. En effet les critères qui déterminent les châtiments ne sont pas fixées et restent à la discrétion des maîtres en l’absence de toute codification. Nous sommes en 1667. Les « fautes » dont sont punis les esclaves sont nous dit R.P Du Tertre: la paresse, le larcin, la désobéissance, la fuite, et la révolte. « Le larcin n’a point de châtiment déterminé ». Cependant s’il est commis de nuit l’habitant a le droit de tuer l’esclave surpris en train de voler. Si la justice les condamne au carcan ils portent un bâillon. Ce qui peut nous laisser à penser à un vol de nourriture. C’est en tous cas la peine de bâillon qui était encore infligée aux esclaves dans les procès que nous avons dépouillé jusqu’en 1842 (procès Vallentin). L’esclave risque la mort en cas de désobéissance. Le crime le plus grave reste encore la fuite ou marronage (terme que n’emploie pas Du Tertre) ou la révolte.

« La justice ne prend point connaissance de ces sortes de fautes mais en laisse le châtiment à la discrétion des maîtres qui les punissent par des voyes qu’ils jugent les plus propres pour les ranger à leur devoir ».

Il n’en est pas de même pour la révolte. Le châtiment doit être exemplaire. Tous les autres esclaves doivent assister au châtiment. Si la condamnation est le bûcher, chaque homme, femme ou enfant doit amener du bois.

« (…) mais lors qu’ils sont exempt du feu, l’on écartèle ces corps et l’on attache les membres aux avenues des places publiques à la réserve de la tête qui est toujours donnée au Maitre pour la faire mettre sur un poteau au milieu de son habitation, pour imprimer plus de crainte à ses esclaves.

Nicole Gonthier a exploré la manière dont on traite le crime à l’époque médiévale.

« On constate que la peine de la décapitation s’accompagne d’un traitement plus ou moins cruel et infamant selon l’intensité de la trahison qui doit trouver son châtiment dans l’exécution. Le pire des supplices en matière de crimes politiques est l’écartèlement que les chroniqueurs désignent aussi sous les termes de « mise en quartiers », on « mise en pièces ». Car la séparation de la tête et du corps, la pendaison honteuse de celui-ci ne semblent pas suffire à éteindre le ressentiment de l’autorité bafouée.(…) Ce dépeçage public, bien que réservé à des cas de trahisons notoires, traduit un climat de violence extrême que l’on rencontre particulièrement dans les temps de guerre civile et d’insécurité. »

Nicole Gonthier. — Le châtiment du crime au Moyen Âge (XIIe-XVIe siècles). Rennes, Presses Universitaires, 1998 (Collection Histoire)

Le Maîtres qui a perdu son esclave ‘justicié » est dédommagé sur une caisse publique :

« (…) on en prend le prix sur le public parce qu’il n’est pas juste que l’on perde plutôt ses esclaves que les autres, dont les esclaves ne sont pas moins coupables ».

Même puni à tort un maitre ne désavouera jamais un commandeur. Il peut lui demander  « en particulier, & on lui deffend de les mal traiter sans sujet, & même avec trop de rigueur quand ils ont failli ».

Histoire générale des Antilles habitées par les François. T. 2 / ,… par le R. P. Jean Baptiste Du Tertre,…

« Leur humeur arogante & superbe, oblige nos habitans de ne laisser passer aucune faute sans les en punir, à cause des conséquences dangereuses qui pourroient suivre de l’impunité & ils sont contrains de les chastier, pour l’exemple des autres, de certaines fautes, qu’ils dissimuleroient dans toutes autres personnes.

Sans cette rigueur, il seroit impossible de les conserver car l’on a veu par mille expériences que l’impunité les rend insupportables & que si le Maître & le Commandeur qui a soin de leur conduire, ne s’en font craindre, ils les méprisent, se débauchent & ne travaillent pas, c’est pourquoi toutes les Nations de l’Europe, François, Angalis, Espagnols, Portugais & Holandais, qui se servent de Nègres dans l’Amérique, tiennent pour maxime fondamentale dans le gouvernement de ces esclaves, de ne les frapper jamais sans sujet, mais aussi de ne leur pardonner jamais aucune faute.

Du Tertre, Jean-Baptiste (1610-1687) Histoire générale des Antilles habitées par les François divisées en deux tomes et enrichie de acrtes et de figures Tome II p.529

Les nègres en général n’aiment point le travail. Ils ne sont pas suceptibles d’émulation, ce qui joint à une conception dure et bornée les rend peu industrieux et maladroits. En leur ordonnant un genre de travail il faut leur répéter plusieurs fois comment il faut l’exécuter. Il faut leur apprendre les moyens les plus simples et les plus faciles et ne pas se rebuter. Quand ces précautions ont été prises, ils n’ont plus d’excuses et la prudence ordonne le châtiment suivant l’exigence des cas.

Gabriel Debien qui cite Papiers Grandhomme, « Observations au gérant » 1785 p 17-20

Les esclaves aux Antilles françaises (17-18ème siècles) p 154

Une négresse appelée Elisa, surnommé la République, y était, me rapportait-on, depuis longtemps, enchaînée et souffrait de ses fers; elle était actuellement enferrée avec un jeune nègre appelé Grosloup, marroneur. Je me fis amener ce couple ainsi enchaîné, et je pus me convaincre par son interrogatoire qu’à part quelques exagération dans les rapports, le mode d’enferrement ne pouvait être toléré.

Elisa est une négresse de 36 à 40 ans, assez fortement constituée; c’est un sujet adonné au marronage et insubordonné: c’est ce qui lui a valu le sobriquet de la République. Depuis un an elle était presque continuellement en punition; elle a porté pendant 6 mois un anneau au pied gauche avec une petite barre; ce pied et la jambe sont enflés, elle s’en plaint: on les lui retira pour l’enferrer, il y a 3 semaines environ, par l’autre jambe, où elle porte un anneau de 3 livres environ; à cet anneau est attachée une chaîne double, de 2 pieds et demi, qui est fixée à l’anneau mis au pied gauche du nègre Grosloup. Il y a 3 semaines que cet accouplement dure nuit et jour; la nuit, l’homme et la femme sont placés dans la même prison ainsi accouplés, au mépris de la morale. Il parait que pour l’inventeur de cette punition les sexes ont disparu, et qu’il ne voit que des marroneurs à rentenir, de mauvais travailleurs à corriger. (…) La négresse Elisa demeura précédemment durant 6 mois au cachot, ne sortant que pour le travail: c’est là, sous la voûte tumulaire servant de cachot, qu’elle garda, pendant 6 mois, son nourrisson qui a aujourd’hui un an, et qui a souffert de cette existence dans un lieu étroit et privé d’air.

(Rapport du procureur du Roi de la Basse-Terre du 25 juin 1842)

Exposé général des résultats du patronage des esclaves 1844 p421

Le 20 janvier 1758, un arrêt du Conseil du Cap ordonne l’exécution du fameux Macandal, condamné à être brûlé vif après avoir subi la question, comme séducteur, profanateur et empoisonneur. On rappelle les sortilèges, les maléfices, les paquests magiques dont il s’était servi pour séduire les nègres. Moreau de Saint-Méry dit à ce propos que le nom de Macandal, « justement abhorré, suffit pour désigner tout à la fois un poison et un empoisonneur; c’set encore l’injure la plus atroce qu’un esclave puisse vomir contre un autre à Saint Domingue »

Lucien Peytraud (1858- 1?)

L’esclavage aux Antilles françaises avant 1789 d’après des documents inédits des archives coloniales p317

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