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J’ai publié sur amazon mon recueil de contes. Il s’intitule journal de la femme squelette. Les femmes se reconnaîtront dans ces 81 contes que j’ai voulu médicaments de l’âme. Les hommes aussi pour peu qu’ils choisissent d’embrasser leur vulnérabilité. Nous sommes tous des vulnérables et c’est là notre force. C’est là le véritable secret. La contradiction peut-être c’est d’être totalement dans le monde marchand et d’y faire la « promotion » de la poésie, de la délicatesse, et de l’inutile. La beauté nous est-elle utile?

affiche femme squelette

J’ai dépassé ma peur, et je vous livre dans ce recueil les confidences de la femme squelette que je suis.

 

Mais de quoi préserve donc la pudeur? D’un certain ordre social. Au Moyen Age et depuis l’Antiquité, on spécule sur la physiologie et le système reproducteur féminins.  Dans les société d’alors, l’on juge bon de mettre les femmes en garde: elles doivent afficher une pudeur exemplaire, et « ne pas trop se divertir, se faire distantes, manger peu, danser avec maintien, se mouvoir avec mesure ». Pourquoi tous ces avertissements? Pour ne pas mettre en péril l’ordre social, qui veut que les femmes gardent de la mesure en toute chose.

Nourrie par les textes médicaux de l’Antiquité et attestée par les écrits d’Aristote sur les femmes, la morale des prédicateurs médiévaux est empreinte de ces préjugés selon lesquels les femmes sont des êtres imparfaits, des « ratages » de la nature, qui ne gouvernent ni leur âme ni leur corps. C’est pourquoi elles doivent apprendre à se contrôler. Un ensemble de prescriptions est alors administré par les époux, les pères et les éducateurs pour contrôler ces faiblesses des femmes, qu’il faut surveiller, pour le bien de tous. Toutefois, il faut mettre les choses en contexte: les femmes se mariaient si jeunes que l’on considérait comme normal que les époux continuent le travail pédagogique des parents. Comme dans certaines sociétés musulmanes contemporaines (ainsi que l’illustrent les meurtres d’honneur encore commis aujourd’hui), le maintien ou la perte de l’honneur des femmes ont des répercussions sur le couple, la famille et le groupe social. En fait, mieux se tiennent les femmes, plus les époux, les pères et les frères bénéficient du pouvoir et d’une image publique favorable; c’est ce qu’illustre le motif de la femme vertueuse médiévale par exemple.

Mais, rien à craindre, la nature a bien fait les choses: les femmes peuvent aussi se surveiller elles-mêmes. les textes religieux décrètent que la pudeur est naturelle chez les femmes. Elles n’ont qu’à raffermir ce contrôle par de bonnes habitudes: « Prédicateurs et moralistes pressent les femmes de renforcer cette réserve qui souvent les paralyse; ils les incitent à être timides et mal à l’aise dans les rapports sociaux, à se retirer, apeurées, face à toutes espèce d’hommes, à rougir, à se comporter comme des animaux sauvages. » Les femmes doivent, pour se protéger de l’extérieur, se replier vers leurs maisons, leurs monastères, ainsi que l’explique Casagrande. Tout un code social s’échafaude pour les surveiller: recommandations de l’Eglise, textes de lois, système de valeurs. C’est cette obéissance aux prescriptions sociales pour préserver leur pudeur qui constitue la modestie des femmes.

Pour en finir avec la modestie féminine

Pascale Navarro p 28 Edition Boréal

 

Les femmes sont, comme le veut le cliché – mais aussi la réalité-, du côté de la reproduction, elle-même inscrite dans le domaine « économique ». Elles « produisent » des citoyens, les élèvent, pour que ceux-ci participent à l’accroissement des forces de travail et à la puissance d’un pays. De plus, les femmes collaborent à la prospérité du foyer et de leur mari. Elles veillent à l’ordre domestique, à la préservation et à la gestion des biens accumulés par leur époux. Selon le code de conduite exigé par la société d’alors, l’espace qu’occupent les femmes est « un lieu d’ordre et de mémoire ». Voila les femmes gardiennes de la bonne marche du foyer. Leur accomplissement du travail domestique se reflète sur l’accomplissement de leurs époux en société.

Pour en finir avec la modestie féminine

Pascale Navarro p 28 Edition Boréal

La modestie féminine, elle, est plus spécifique: elle consiste en une série de comportements qui « définissent » la féminité. Est féminine celle qui se montre délicate, réservée, douce, discrète. Surtout: elle sait passer en second et s’effacer derrière les hommes (son mari, son frère, son patron, etc.) Bien sûr, notre époque moderne n’encourage plus (du moins, on aime le croire) ce genre de comportements; mais nous verrons plus loin que certaines fonctions exigent encore des femmes qui travaillent parmi les hommes une réserve particulière. La modestie féminine est donc elle aussi une hiérarchisation: celle des rapports entre les hommes et les femmes.

(…) Plus familièrement, les femmes qui ont du tempérament sont des emmerdeuses, tandis que les hommes de caractère, eux, ont du leadership.

En bref, tout est mis en oeuvre pour remettre les femmes à leur place.

Pourquoi?

Pour en finir avec la modestie féminine

Pascale Navarro p 17 et 19 Edition Boréal

Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d’esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat d’un asservissement systématique des femmes. calibanLa transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement. Discipline des corps d’esclaves, servis au mouvement d’accaparement des ressources du Nouveau Monde pour la fortune de l’ancien.

Silvia Federici Caliban et la Sorcière Femmes corps et accumulation primitive

Edition Entremonde 2004

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