Un article de Teddy Bernadotte (directeur de cabinet de M Ary Chalus Président de la région Guadeloupe) dans la revue Perspektives du 5 février 2019

La Technopole deviendra le carrefour des projets innovants qui doit capter les innovations de rupture et dépasser la crise. L’ambition est de faire de la « vallée du morne Bernard », un lieu d’épanouissement des entreprises et des hommes. Un pôle de compétitivité et d’excellence dédié à l’innovation. L’originalité du projet tient également à l’intégration de cet espace économique et scientifique dans un projet urbain avec la création, sur le site, d’un nouveau quartier de la ville, au coeur de la Guadeloupe et de la Caraïbe. La Technopole bénéficie donc d’atouts majeurs en termes d’attractivité du territoire et de marketing territorial. Pour que la technopole réponde aux attentes des entreprises, il importe que les instruments financiers disponibles soient eux aussi innovants pour coller aux contextes émergents et aux contraintes de réactivité sur des marchés en pleine mutation.

(…)

Simone Schwarz-Bart nous apprend que “le pays dépend bien souvent du coeur de l’homme : il est minuscule si le coeur est petit, et immense si le coeur est grand“. Cela signifie que la Guadeloupe sera ce que nous en ferons. Se fixer des ambitions sans limites, lutter contre la “déclinisme“, le fatalisme, une morosité ambiante et reprendre confiance en nous, mettre en avant nos atouts et qualités. S’inscrire dans le monde d’après, c’est relever les grands défis du troisième millénaire, la lutte contre le réchauffement climatique, la transition écologique, la recherche de nouvelles sources d’énergie, et le développement de nouveaux modes de consommation. Un monde dans lequel, nos jeunes pourront faire des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vues. Certes, tout changement est difficile.  Pourtant cette ambition doit nous garantir d’être la “Silicon valley“ de la Caraïbes. Nous allons certainement commettre des erreurs, vivre des déceptions, mais nous saurons persister et tirer les leçons de nos échecs pour viser toujours l’excellence. C’est une voie difficile, mais il n’y en a pas d’autres.

http://www.perspektives.org/2019/02/05/preparer-la-guadeloupe-au-monde-a-venir-et-creer-un-modele-de-developpement-specifique/

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« La fondation d’une archive est, croit-on, nécessaire si l’on doit pouvoir restituer les Nègres à leur histoire. Mais elle est une tâche singulièrement compliquée. En effet, tout ce que les Nègres ont vécu comme histoire n’a pas forcément laissé de traces ; et, là où elles ont été produites, toutes les traces n’ont pas été préservées. Dès lors, comment, en l’absence de traces, sources des faits historiographiques, écrire l’histoire ? Très tôt, il apparaît donc que l’écriture de l’histoire des Nègres ne peut être faite que sur la base de fragments, lesquels sont mobilisés pour rendre compte d’une expérience elle-même fragmentée, celle d’un peuple en pointillé, en lutte pour se définir non comme un composite disparate, mais une communauté dont les taches de sang sont visibles sur toute la surface de la modernité. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

« Dans la création imaginaire des poètes noirs, il devient une « arme miraculeuse ». Les poètes cherchent à en faire une puissance active par le biais de laquelle les Noirs s’apparaîtront à eux-mêmes dans leur particularité et pourront pénétrer jusqu’aux sources les plus profondes de la vie et de la liberté. Substantif transformé en concept, le « Nègre » devient l’idiome par lequel les gens d’origine africaine s’annoncent eux-mêmes au monde, se montrent au monde et s’affirment eux-mêmes comme monde, à partir des ressources de leur puissance et de leur génie propre. Ce grand moment d’apparition à la vie universelle – « grand midi », dira Césaire – revêt, d’emblée, le triple trait d’une annonciation, d’une transfiguration et d’une dénonciation. « Je ne cherche plus : j’ai trouvé », proclamera le même Césaire ; « ma révolte, mon nom » ; « moi homme, rien qu’homme ! »

Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » écrit par Achille MBEMBE

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« Ces plantocraties sont des univers segmentaires où la loi de la race repose aussi bien sur l’affrontement entre planteurs blancs et esclaves nègres que sur l’opposition entre les Nègres et les « libres de couleur » (très souvent des mulâtres affranchis) dont certains possèdent au demeurant des esclaves. Le Nègre de la plantation est par ailleurs une figure multiple. Il est chasseur de marrons et de fugitifs, bourreau et aide-bourreau, esclave à talent, indicateur, domestique, maître-coq, affranchi qui demeure soumis, concubine , travailleur des champs affecté à la coupe de la canne, préposé à l’usine, conducteur d’engins, accompagnateur de son maître, guerrier occasionnel. Ces positions sont loin d’être stables. Selon les circonstances, une position peut être « retournée » en une autre. La victime d’aujourd’hui peut, demain, se transformer en bourreau au service de son maître. Il n’est pas rare que l’affranchi d’hier aujourd’hui devienne lui-même un propriétaire et chasseur d’esclaves. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

« Les premiers Noirs victimes de razzias et ayant fait l’objet d’une vente publique arrivent au Portugal en 1444. Le nombre de « prises » augmente sensiblement entre 1450 et 1500. La présence africaine s’accroît en conséquence, et des milliers d’esclaves débarquent au Portugal chaque année, au point que leur afflux déstabilise les équilibres démographiques de certaines cités ibériques. C’est le cas de Lisbonne, Séville et Cadix dont près de 10 % de la population sont composés d’Africains au début du XVIe siècle. La plupart sont assignés à des tâches agricoles et domestiques. Dans tous les cas, lorsque s’amorce la conquête des terres d’Amérique, Afro-Ibériens et esclaves africains font partie des équipages de marins, des postes commerciaux, des plantations et des centres urbains de l’empire. Ils participent à différentes campagnes militaires (Puerto Rico, Cuba, Floride) et font partie, en 1519, des régiments d’Hernán Cortés qui font assaut sur le Mexique »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

« Ce n’est pas tout. Produit d’une machine sociale et technique indissociable du capitalisme, de son émergence et de sa planétarisation, ce nom fut inventé pour signifier exclusion, abrutissement et avilissement, voire une limite toujours conjurée et abhorrée. Honni et profondément déshonoré, le Nègre est, dans l’ordre de la modernité, le seul de tous les humains dont la chair fut faite chose et l’esprit marchandise –la crypte vivante du capital. Mais –et telle est sa dualité manifeste –dans un retournement spectaculaire il devint le symbole d’un désir conscient de vie, une force jaillissante, flottante et plastique, pleinement engagée dans l’acte de création et à même de vivre dans plusieurs temps et plusieurs histoires à la fois. Sa capacité d’ensorcellement, voire d’hallucination, n’en fut que décuplée. En le Nègre, certains n’hésitèrent point à reconnaître le limon de la terre, la veine de la vie à travers laquelle le rêve d’une humanité réconciliée avec la nature, voire la totalité de l’existant, trouverait de nouveau visage, voix et mouvement. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

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