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Colon fait comme si entre les deux actions s’établissait un certain équilibre : les Espagnols donnent la religion et prennent l’or. Mais, outre que l’échange est assez asymétrique et n’arrange pas forcément l’autre partie, les implications de ces deux actes sont à l’opposé les unes des autres. Propager la religion présuppose qu’on considère les Indiens commes ses égaux ( devant Dieu). Mais s’ils ne veulent pas donner leurs richesses? Il faudra alors les soumettre, militairement et politiquement, pour pouvoir les leur prendre de force ; autrement dit les placer, du point de vue cette fois-ci humain, dans une position d’inégalité (d’infériorité). Or, c’est encore sans la moindre hésitation que Colon parle de la nécessité de les soumettre, ne s’apercevant pas de la contradiction entre ce qu’entraînent l’une et l’autre de ses actions, ou tout au moins de la discontinuité qu’il établit entre le divin et l’humain. Voici pourquoi il remarquait qu’ils étaient craintifs et ne connaissaient pas l’usage des armes. « Avec cinquante hommes Vos Altesses les tiendraient tous en sujétion et feraient d’eux tout ce qu’Elles pourraient vouloir » (« journal » 14.10.1492) : est-ce encore le chrétien qui parle? Est-ce d’égalité qu’il s’agit ? Partant pour la troisième fois pour l’Amérique, il demande la permission d’amener avec lui des criminels volontaires, qui seraient du coup graciés : est-ce encore le projet évangélisateur ?

La conquête de l’Amérique

La question de l’autre

Tzvetan Todorov p 61

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« Mais cet homme illustre renonçant au nom établi par la coutume, voulut s’appeler Colon, restituant le vocable antique moins pour cette raison [ que c’était le nom ancien] que, il faut croire, mû par la volonté divine qui l’avait élu pour réaliser ce que son prénom et son nom signifiaient. La Providence divine veut habituellement que les personnes qu’Elle désigne pour servir reçoivent des prénoms et des  noms conformes à la tâche qui leur est confiée, ainsi qu’on le vit dans maint endroit de l’Ecriture Sainte ; et le Philosophe dit au chapitre IV de sa Métaphysique :  » les noms doivent convenir aux qualités et aux usages des choses. » C’est pourquoi il était appelé Cristobal, c’est-à-dire Christum Ferens, qui veut dire porteur du Christ, et c’est ainsi qu’il signa souvent; car en vérité il fut le premier à ouvrir les portes de la mer Océane, pour y faire passer notre Sauveur Jésus-Christ, jusqu’à ces terres lointaines et ces royaumes jusqu’alors inconnus. (…)Son nom fut Colon, qui veut dire repeupleur, nom qui convient à celui dont l’effort fit découvrir ces gens, ces âmes au nombre infini qui, grâce à la prédication de l’Evangile, (…) sont allées et iront tous les jours repeupler la cité glorieuse du Ciel. Il lui convient aussi pour autant qu’il fut le premier à faire venir des gens d’Espagne (quoique pas ceux qu’il aurait fallu), pour fonder des colonies, ou populations nouvelles, qui, s’établissant au milieu des habitants naturels (…), devaient constituer une nouvelle (…) Eglise chrétienne et un Etat heureux. »

La conquête de l’Amérique

La question de l’autre

Tzvetan Todorov

Seuil 1982 p.38

En ce temps de Noël, il y a 157 ans jour pour jour le 24 décembre 2011, les planteurs chrétiens, qui avaient vu décliner leur production cannière à la suite de l’abolition de l’esclavage, se réjouirent d’un cadeau de prix : l’arrivée sur le navire « Aurélie » des tout premiers Bras d’Inde partis plusieurs mois auparavant, depuis Pondichéry auTamil Nadou… Ce fut le tout premier convoi d’une main d’œuvre de plus de 40.000 sujets, qu’ils allaient pouvoir exploiter et coloniser sans états d’âme…

Mais, de la co-existence inter-continentale de ces trois premières composantes de notre pays, à travers de multiples péripéties, interrogations, renoncements et souffrances, devait émerger un tout nouveau peuple à la culture diverse, riche et tonique de mille et un apports, se situant aux carrefours de l’universalité créole.

A la Darse de Pointe-à-Pitre, point névralgique de débarquement de tous ces travailleurs venus de l’Inde, au pied du monument érigé en souvenir, nous commémorerons cette arrivée Samedi 24 décembre de 9h à 11 heures par des prises de parole et moments festifs.

Cette invitation s’adresse à tous : à samedi !

Le Comité du Premier Jour.

 La fourrure, il faut la chasser, il faut tuer, dépecer, il faut la porter et sans doute se battre contre des indigènes pour les droits. Le tabac, il faut le faire pousser, le récolter, le faire sécher, l’empaqueter, le transporter, mais il faut surtout du temps et un sol toujours frais. Le sucre? Le rhum? La canne, ça pousse. Tu ne peux pas l’arrêter, le sol ne s’épuise jamais. Tu n’as qu’à la couper, la faire cuire, et l’envoyer par bateau. Downes frappa dans ses mains.

« Aussi simple que cela?

– Plus ou moins. Mais la question n’est même paslà. Pas de perte d’investissement. Aucune. Jamais. Pas de récolte perdue. Pas de disparition de castors ou de renards. Pas de guerre qui s’en mêle. Des récoltes abondantes, éternellement. Même chose pour les esclaves. Les acheteurs, toujours plus demandeurs. Le produit, paradisiaque. En un mois, le temps d’un voyage de la fabrique à Boston, un homme peut transformer ses cinquantes livres en cinq fois plus. Penses-y. Chaque mois, cinq fois l’investissement. Certain.

Toni Morrison Un don

Christian Bourgeois éditeur 2008

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