archive

Leçons de management

Les nègres en général n’aiment point le travail. Ils ne sont pas suceptibles d’émulation, ce qui joint à une conception dure et bornée les rend peu industrieux et maladroits. En leur ordonnant un genre de travail il faut leur répéter plusieurs fois comment il faut l’exécuter. Il faut leur apprendre les moyens les plus simples et les plus faciles et ne pas se rebuter. Quand ces précautions ont été prises, ils n’ont plus d’excuses et la prudence ordonne le châtiment suivant l’exigence des cas.

Gabriel Debien qui cite Papiers Grandhomme, « Observations au gérant » 1785 p 17-20

Les esclaves aux Antilles françaises (17-18ème siècles) p 154

Il faut choisir pour cet emploi un nègre fidèle, sage, qui entende bien le travail, qui soit affectionné, qui sache se faire obéir et bien exécuter les ordres qu’il reçoit. Ce dernier point est aisé à trouver car il n’y a point de gens au monde qui commandent avec plus d’empire et qui se fassent mieux obéir que les nègres (Labat, IV, p 193)

« Les esclaves aux Antilles françaises 17ème et 18ème siècles »

Gabriel Debien 1974 p 123

Le premier soin du maître ou de l’économe si le maître n’a pas voulu s’en donner la peine, doit être de former un premier commandeur, et l’économe n’est qu’un piqueur de rien si dans l’espace de trois mois il n’a pas su élever l’âme du commandeur jusqu’à lui persuader que c’est lui qui est l’économe.

Les esclaves aux Antilles françaises 17ème et 18ème siècles

Gabriel Debien 1974 p 123

On ne doit punir les commandeurs qu’après de mûres réflexions. Il faut auparavant épuiser la ressource des menaces en particulier. La crainte du châtiment, et plus encore celle de perdre leur état doit faire plus d’impression sur eux que sur les autres nègres.

(…)

Quelque talent  qu’ait un commandeur il ne faut pas hésiter à le destituer s’il est prouvé  qu’il a suborné  la femme d’un autre nègre (en réalité on n’appliquera jamais ces ordres. Le commandeur Jean-Baptiste n’a pas dû avoir ses 60 enfants de sa femme, ni de jeunes filles). Ce crime doit être impardonnable ou l’on s’expose aux plus grnads malheurs. Dans ce cas le châtiment doit être de la plus grande sévérité et en présence de l’atelier assemblé. Il faut le punir d’un abus d’autorité aussi dangeureux, et comme il serait à craindre qu’un nègre habituer à commander ne pût se plier à l’obéissance, et qu’il ne conçut le désir de se venger, il faut le condamner à la chaîne pour longtemps, qu’il soit mis à la barre de manière à ne pouvoir s’en évader sans réveiller le nègre qui serait auprès de lui et qui en répondrait. Après un châtiment long et exemplaire, si le nègre s’est bien conduit et qu’il soit un sujet utile, on peut le rétablir dans son poste. Si on ne le juge pas convenable il faut lui confier quelque poste de gardien de vivres ou autres.

Les esclaves aux Antilles françaises 17ème et 18ème siècles

Gabriel Debien 1974 p 129

Si certains planteurs font venir leurs cadres de France la plupart sont recrutés dans la foule de jeunes Européens qui arrivent sans cesse dans les îles « sans fonds, sans crédit, sans aucune espèce de talent, seulement avec la persuasion de faire fortune, pourvu qu’ils montrent blanche figure ». La profession n’exige en effet aucune qualification initiale, l’apprentissage se faisant sur le tas:  » un malheureux blanc qui se fait piqueur de nègres, est un économe », peut encore ironiser en 1846 le chef d’escadron de la gendarmerie coloniale France.

Travail, capitalisme et société esclavagiste

Guadeloupe, Martinique (VVIIe-XIXe siècles)

Caroline Oudin-bastide

Editions La découverte 2005 p 2 p63

Notons que si les esclaves accèdèrent assez rapidement aux emplois de commandeurs et de raffineurs, une barrière invisible semble bien leur avoir interdit l’entrée dans de plus hautes fonctions. Sur un échantillon de 9 133 esclaves de la Guadeloupe (soit 10% de la population servile), constitué par Frédéric Régent à partir d’actes notariés établis pendant la Révolution, deux seulement sont désignés comme économes, l’un et l’autre étant d’ailleurs mulâtres et destinés à l’affranchissement. Le subsitut du procureur du roi de Pointe-à-Pitre peut relater l’anecdote suivante en 1842, après l’inspection d’une habitation où le propriétaire ne se rend que passagèrement:  » L’économe est un homme noir qui naguère était esclave de l’habitation; il remplissait les fonctions de surveillant. Une discussion s’étant engagée entre les esclaves et lui, au sujet de sa qualité, et les esclaves lui manquant de respect, l’un des deux propriétaires intervint, et dit à l’atelier qu’à partir de ce moment, Philippe était libre ». Esclavage et économat s’excluraient donc aux yeux des esclaves eux-mêmes qui se révéleraient ainsi sensibles à l’origine et au statut de ceux qui les dirigent.

Travail, capitalisme et société esclavagiste

Guadeloupe, Martinique (VVIIe-XIXe siècles)

Caroline Oudin-bastide

Editions La découverte 2005 p 65

Télétravail, open space, horaires aménagés… En apparence, les grandes entreprises du secteur tertiaire mettent tout en oeuvre pour assurer le bien-être de leurs salariés. Les départements de ressources humaines, architectes et designers d’intérieur rivalisent d’ingéniosité pour développer des environnements et des conditions de travail propices à la créativité et à l’échange entre employés. Mais derrière cette vision idyllique de l’entreprise se cachent des formes de management toujours plus intrusives, qui rendent la frontière entre vie privée et professionnelle sans cesse plus ténue.

(Allemagne, 2011, 90mn)
ZDF

Date de première diffusion ARTE: Mer., 6 mars 2013, 22h23

Un documentaire à voir et mettre en lien avec un autre plus ancien, la mise à mort du travail:

%d blogueurs aiment cette page :