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La grâce

Dans la série des humoristes américains Trevor Noah est formidable dans son dernier netflix special « afraid of the dark ». La démonstration est imparable: don’t be a penis should be the phrase!

A regarder pour ça et pour les leçons sur la colonisation, et tous nos préjugés. J’aime je partage et c’est là.

“Don’t be a pussy.” Yes. Because it implies weakness. Do not be like the vagina. The vagina that is weak. Don’t be a pussy … and yet, in my personal experience, I have found the pussy to be one of the strongest things I have ever come across in my life. « Don’t be a pussy? » Have you ever come across a pussy? You realize vaginas can start revolutions and end wars. You realize, even on a physical level, the vagina is one of the strongest things that have ever existed. Virtually indestructible. Many men in this room have tales of how they once defeated the pussy. Let me tell you now, they have not. The owner of the pussy may have given you the impression that you defeated the pussy, but it is alive and well, my friends. Whenever people say that, I go, “Do you understand how impressive the vagina is? Do you understand how strong it is?” There’s a reason men have sought to oppress it for so long. The vagina is frighteningly powerful. You realize that human beings come out of a vagina. Human beings come out and still it continues to work as intended. Do you understand how impressive that is? A human being comes out of the vagina. And still, it continues to operate, it continues to work, after a human has just come out. You’re saying it’s weak? You just sit on a penis wrong and it breaks.

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Ce récit est une double odyssée. De la façon la plus visible, c’est l’odyssée de Mary Prince, esclave née aux Bermudes et revendiquant à Londres, une 1831, sa liberté. Mais de manière secrète et tout aussi essentielle, c’est l’aspiration d’une conscience singulière à s’inscrire dans le langage, et à affirmer une identité qu’aucun droit esclavagiste ne peut réellement annuler malgré ses prétentions séculaires. Cette autobiographie n’est pas un récit qui confierait les recoins de la vie intime, ces secrets que le jour cache et qui sont pourtant la vérité de chacun. Celle qui parle s’exprime pour dire qu’elle est, absolument, et elle exige dans le même temps que ce désir d’être soit reconnu. L’autobiographie est donc un genre essentiel dans le projet de libération. Elle proclame l’exigence de la vie singulière. Elle fait appel à la communauté, à la fois au nom de cette vie singulière mais en même temps au nom de cette communauté. On aurait pu croire que l’anonymat de la théorie, le collectif inscrit dans les démarches revendicatives, exprimeraient davantage la réalité de l’esclavage et son scandale à la fois politique et humain. Mais il faut accepter l’hypothèse que la discrétion politique, et apparemment mineure, de l’autobiographie anti-esclavagiste dépasse immanquablement les conduites privées. Si, en lisant le texte de Mary, on se demande : « Qui parle? » c’est qu’on aura été convoqué à ses ubiquités.

Dans ce récit personne ne parle. car il n’est pas de sujet pour une parole toujours niée, pour une parole sans droits. Dans ce récit, c’est l’esclave qui parle. L’esclave, c’est-à-dire tout esclave. Celui dont personne n’écoute les malheurs car on n’écoute les malheurs que de ceux qui sont des personnes.

Dans ce récit, c’est Mary qui parle. Mary, c’est-à-dire celle singulière, qui veut rejoindre à ce moment du XIXe siècle l’île d’Antigua, et acquérir la liberté.

Dans ce récit, enfin, c’est une femme qui parle. Et sur elle, le regard du maître se pose à l’évidence, autrement.

La parole de Mary est donc tissée de cette légitimité d’être une parole d’esclave et une parole de femme. L’autobiographie, je crois, dois être lue ainsi; dans ce creux de silence que le XIXe siècle impose comme une loi, et que ce texte force. Cette femme parle à partir du silence et son texte tout entier laisse entendre ce silence.

La  véritable histoire de Mary Prince Esclave antillaise Récit commenté par Daniel Maragnès ed Albin Michel 2000 p109

Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les moeurs, le plus beau et le meilleur est enlevé; l’on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d’entre les modernes.

Les Caractères (1696), 1, I, Des ouvrages de l’esprit de

Jean de La Bruyère

 

Ariane, la fille du roi Minos, s’éprit du beau Thésée dès l’instant qu’elle le vit débarquer du bateau qui amenait le groupe pitoyable des jeunes gens et des jeunes filles d’Athènes destinés au Minotaure. Elle réussit à lui parler et à lui dire qu’elle lui procurerait le moyen de ressortir du labyrinthe contre la promesse de l’emmener avec lui lorsqu’il quitterait la Crète et de l’épouser. Il en fit le serment. Ariane fit alors appel à l’habile Dédale, dont le talent était à l’origine non seulement de la construction du labyrinthe, mais aussi de l’artifice grâce auquel la propre mère d’Ariane avait conçu celui qui l’habitait. Dédale se contenta de lui donner un écheveau de fil de lin que le héros n’aurait qu’à attacher à l’entrée du labyrinthe et à dévider à mesure qu’il avancerait. C’est vraiment peu de chose, ce dont nous avons besoin; mais si ce peu nous fait défaut, l’aventure au sein du labyrinthe est sans espoir.

Le héros au mille et un visages Joseph Campbell p31

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