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Vocabulaire

« Il ne se passe guère de fêtes et de dimanches, que plusieurs Nègres d’une même terre, ou de celles qui leur sont voisines, ne s’assemblent pour se recréer et pour lors ils dansent à la mode de leur pays, tantôt à la cadence de leurs chansons, qui forment un chant très désagréable et tantôt au son d’un tambourin, qui n’est autre chose qu’un tronc d’arbre creusé, sur lequel l’on a a étendu une peau de loup marin. L’un d’eux tient cet instrument entre ses jambes et joue dessus avec ses doigts, comme sur un tambour de basque, puis quand il a joué un couplet de la chanson, ceux qui dansent en chantent un autre, continuant ainsi alternativement tant qu’elle dure.

J’en ay veu quelques uns qui faute de tambour se servaient de deux callebasses remplies de petites roches, qu’ils maniaient pourtant avec tant d’adresse, qu’ils formaient un son assez agréable.

Ils font des postures si contraintes et des contorsions de corps si violentes en dansant, que je me suis souvent étonné comme ils pouvaient se remuer, après avoir cessé ce pénible exercice cependant en sortant de là, ils sont si frais et paraissent si peu fatigués qu’on ne dirait pas à les voir, qu’ils ayent dansé »

Du Tertre, Jean-Baptiste (1610-1687) Histoire générale des Antilles habitées par les François divisées en deux tomes et enrichie de acrtes et de figures Tome II p.526-527

« La fondation d’une archive est, croit-on, nécessaire si l’on doit pouvoir restituer les Nègres à leur histoire. Mais elle est une tâche singulièrement compliquée. En effet, tout ce que les Nègres ont vécu comme histoire n’a pas forcément laissé de traces ; et, là où elles ont été produites, toutes les traces n’ont pas été préservées. Dès lors, comment, en l’absence de traces, sources des faits historiographiques, écrire l’histoire ? Très tôt, il apparaît donc que l’écriture de l’histoire des Nègres ne peut être faite que sur la base de fragments, lesquels sont mobilisés pour rendre compte d’une expérience elle-même fragmentée, celle d’un peuple en pointillé, en lutte pour se définir non comme un composite disparate, mais une communauté dont les taches de sang sont visibles sur toute la surface de la modernité. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

« Dans la création imaginaire des poètes noirs, il devient une « arme miraculeuse ». Les poètes cherchent à en faire une puissance active par le biais de laquelle les Noirs s’apparaîtront à eux-mêmes dans leur particularité et pourront pénétrer jusqu’aux sources les plus profondes de la vie et de la liberté. Substantif transformé en concept, le « Nègre » devient l’idiome par lequel les gens d’origine africaine s’annoncent eux-mêmes au monde, se montrent au monde et s’affirment eux-mêmes comme monde, à partir des ressources de leur puissance et de leur génie propre. Ce grand moment d’apparition à la vie universelle – « grand midi », dira Césaire – revêt, d’emblée, le triple trait d’une annonciation, d’une transfiguration et d’une dénonciation. « Je ne cherche plus : j’ai trouvé », proclamera le même Césaire ; « ma révolte, mon nom » ; « moi homme, rien qu’homme ! »

Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » écrit par Achille MBEMBE

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« Ces plantocraties sont des univers segmentaires où la loi de la race repose aussi bien sur l’affrontement entre planteurs blancs et esclaves nègres que sur l’opposition entre les Nègres et les « libres de couleur » (très souvent des mulâtres affranchis) dont certains possèdent au demeurant des esclaves. Le Nègre de la plantation est par ailleurs une figure multiple. Il est chasseur de marrons et de fugitifs, bourreau et aide-bourreau, esclave à talent, indicateur, domestique, maître-coq, affranchi qui demeure soumis, concubine , travailleur des champs affecté à la coupe de la canne, préposé à l’usine, conducteur d’engins, accompagnateur de son maître, guerrier occasionnel. Ces positions sont loin d’être stables. Selon les circonstances, une position peut être « retournée » en une autre. La victime d’aujourd’hui peut, demain, se transformer en bourreau au service de son maître. Il n’est pas rare que l’affranchi d’hier aujourd’hui devienne lui-même un propriétaire et chasseur d’esclaves. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

« Les premiers Noirs victimes de razzias et ayant fait l’objet d’une vente publique arrivent au Portugal en 1444. Le nombre de « prises » augmente sensiblement entre 1450 et 1500. La présence africaine s’accroît en conséquence, et des milliers d’esclaves débarquent au Portugal chaque année, au point que leur afflux déstabilise les équilibres démographiques de certaines cités ibériques. C’est le cas de Lisbonne, Séville et Cadix dont près de 10 % de la population sont composés d’Africains au début du XVIe siècle. La plupart sont assignés à des tâches agricoles et domestiques. Dans tous les cas, lorsque s’amorce la conquête des terres d’Amérique, Afro-Ibériens et esclaves africains font partie des équipages de marins, des postes commerciaux, des plantations et des centres urbains de l’empire. Ils participent à différentes campagnes militaires (Puerto Rico, Cuba, Floride) et font partie, en 1519, des régiments d’Hernán Cortés qui font assaut sur le Mexique »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

« Ce n’est pas tout. Produit d’une machine sociale et technique indissociable du capitalisme, de son émergence et de sa planétarisation, ce nom fut inventé pour signifier exclusion, abrutissement et avilissement, voire une limite toujours conjurée et abhorrée. Honni et profondément déshonoré, le Nègre est, dans l’ordre de la modernité, le seul de tous les humains dont la chair fut faite chose et l’esprit marchandise –la crypte vivante du capital. Mais –et telle est sa dualité manifeste –dans un retournement spectaculaire il devint le symbole d’un désir conscient de vie, une force jaillissante, flottante et plastique, pleinement engagée dans l’acte de création et à même de vivre dans plusieurs temps et plusieurs histoires à la fois. Sa capacité d’ensorcellement, voire d’hallucination, n’en fut que décuplée. En le Nègre, certains n’hésitèrent point à reconnaître le limon de la terre, la veine de la vie à travers laquelle le rêve d’une humanité réconciliée avec la nature, voire la totalité de l’existant, trouverait de nouveau visage, voix et mouvement. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

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Pour Lionel Zinsou, co-président d’AfricaFrance et ancien Premier ministre du Bénin,   « Une diaspora est une façon de regarder une communauté à travers une contribution positive de la culture du pays d’accueil et du pays d’origine. Il y a une contribution remarquable des diasporas dans la société française. Dans l’invention et la pratique, les diasporas sont au cœur de ce développement. Elles ne sont pas simplement un auxiliaire pour les pays du nord. Il y a une réciprocité qui est en train de se mettre en place, c’est un vrai changement. Il reste quelque chose de la dimension tragique de l’étymologie du terme diaspora mais je crois que c’est en train de changer dans une vision positive ». Il poursuit sur cette tonalité pleine d’optimisme : « La diaspora est dans un combat pour faire valoir ses droits dans ses pays d’accueil. Face aux oppositions de la haine, du racisme, des privilèges, de la rente, des archaïsmes… face à tout cela les diasporas ont une vraie force, une vraie vitalité ».

Cette dimension tragique ancienne et moderne, explique sans doute la définition d’une diaspora que fait le poète Daniel Maximin : « C’est l’avant-garde de l’humanité. C’est une lutte. On ne choisit pas le plus souvent d’être dans une diaspora. Ce n’est jamais facile mais c’est une des réalités humaines les plus puissantes qui existent et qui font le destin de l’humanité depuis qu’elle est là. Il y a les guerres, les génocides, les violences… nous sommes tous capables de rejeter le frère dans une altérité étrangère. Cette pulsion inverse de fraternité est de temps en temps porté par des situations comme des communautés ou des diasporas. C’est dans ce sens qu’une diaspora est toujours une avant-garde pour moi. C’est une impossibilité de rejeter l’étranger dans une étrangeté absolue. J’appelle ça en tant qu’antillais, qui suis issu de quatre continents, l’imposition de la reconnaissance du cousinage ».

 

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