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Lire au pays

Frankito est un jeune homme sympathique. Je lui ai dit que son roman était important et nécessaire. Cette satire sociale remporte le Prix Carbet des lycéens 2013. L’histoire. Un jeune enseignant Albert Gouti cynique, épicurien (les deux sont possibles) et sans profondeur (à mon avis ou alors il a bien une faille mais je ne l’ai pas trouvée) se fait arrêté violemment un matin dans son lit avec l’épouse du proviseur de son lycée à ses côtés et avec l’odeur de caca chien que lui inflige sur le visage, la botte d’un policier qui a marché dedans. Il aurait tué selon la police pas moins de 3 personnes (si je compte bien). On pourrait se croire dans un polar. Il n’en est rien. Nous sommes dans une satire sociale. Frankito prend prétexte de ces meurtres pour brosser un portrait au vitriol de la Guadeloupe. Les guadeloupéens ne seront pas surpris d’y apprendre qu’ils sont des jaloux, des tricheurs et madragueurs, des racistes, des drogués, des fous, des assistés et des enseignants désabusés, j’en passe et des meilleurs ( des assassins ?). La seule figure qui trouve grâce aux yeux du narrateur Albert Gouti est sa maman, un peu casse pied il est vrai mais qui cuisine tellement bien. La maman et aussi Faustine, une jeune enseignante blanche, un temps petite amie du narrateur, la figure candide et innocente du roman parce qu’entre autre elle veut sauver tous les chiens qu’elle croise.l'homme pas dieu

Je pense que c’est un roman important et nécessaire parce qu’à la fin voir écrit noir sur blanc ce que nous n’arrêtons pas de nous dire à nous même et à tout le monde et bien voila un pas de franchi (peut-être l’a t-il été avant d’ailleurs). Frankito nous l’a dit dans la causerie, il a beaucoup écouté. Alors c’est fait et du coup je ne vois pas l’intérêt de le refaire. Je vois mal un auteur écrire de nouveau dans la bouche d’un personnage que les femmes sont des matérialistes qui ne veulent que les 3 V, voiture, virement j’ai oublié le 3ème. Vacances? Une bonne chose de faite. Merci Frankito. Maintenant je pense qu’on peut aller au delà des clichés, des idées toutes faites qu’on entend à n’importe quel coin de rue, dans n’importe quelle file d’attente, sur les répondeurs des radio et les plateaux télé. Je pense que là si nous avions encore des doutes nous n’en avons plus et nous n’en aurons plus jamais. La Guadeloupe est une société malade remplie de jeunes délinquants drogués, et de femmes profiteuses, voire criminelles. What else?

 Ah oui le troisième V n’est pas vacances mais villa. Moi j’aurais dit vacances si on m’avait écouté aussi. Mais vous savez quoi? L’homme (et là faut ajouter un haussement d’épaule et un soupir) pas dieu.
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Il ne manque rien au premier roman d’Alain Agat. Ce roman noir respecte tous les codes du genre: passage à tabac, cadavres en pagaille, portrait d’une société empoisonnée par la drogue et la violence, où tous les efforts pour en réchapper semble voués à l’échec.

Les motifs littéraire, vengeance, rivalités fraternelle (« parce qu’il n’avait rien dit il avait payé pour son frère » p 182), dette d’honneur, guerre des gangs… etc, sont connus mais revisités avec une maitrise certaine par l’auteur. Joris sort de prison et ne veut plus y retourner mais il se retrouve bien malgré lui alors qu’il rêve de fuir vers son Eldorado guyanais, empêtré à Paris dans une guerre des gangs suite à l’assassinat de son frère JC chef du réseau parisien du Dominicais Chacal. Alain Agat nous tient en haleine du début à la fin entre suspens et rebondissements. Il ne manque rien: couteau, révolver, silencieux, mallette pleine d’argent, photos compromettantes… La musique (entre rap, zouk, regae et bachata), la drogue, les filles, les discussions footbalistiques des bad boy, les voitures, la cité… Paris, la vengeance, le chantage, la manipulation, un énigmatique tueur à gages dénommé Personne… jusqu’à la mangrove et la neige que découvre la bande de Chacal venu récupérer en personne son fric à Paris.

Le motif le moins bien traité à mon avis est celui de la corruption politique. D’ailleurs le personnage de l’avocat véreux s’en sort à trop bon compte. Probablement que sa trajectoire est moins maîtrisée que celle des autres personnages. Il est au fond le vrai méchant, il ne change guère du début à la fin. Il finit par tuer un homme Dario je crois, mais cela ne semble pas lui faire plus d’effet que cela.

Gilda Gonfier: Alain Agat est-ce qu’avec ce personnage vous avez voulu dénoncer le vrai coupable à savoir une figure de la société bien sous tout rapport mais probablement plus corrompue que les autres qui font alors elles, figures de victimes du système? 

Alain Agat: Il est certain que la Société ne répond pas à tous les besoins, tous les manques de ses citoyens, et qu’à ce titre, certains s’en sortent mieux que d’autres. Alors ce politique, c’est la cible facile parce que remplie de beaux discours parfois trompeurs…

G.G: qu’elle est la genèse de ce roman. Une prédilection pour ce genre?

AA: Il a été et écrit dans  une version plus longue dans le même temps que le scénario de Neg maron, présenté à quelques éditeurs puis oublié dans les tiroirs… et redécouvert fin 2010, écourté puis ré-envoyé…

GG: Joris est un personnage sur lequel le sort semble s’acharner, pris au piège et comme condamné à devoir répéter les mêmes erreurs qui l’ont conduit en prison? A savoir le déchaînement de la violence bien malgré lui.

A A: Les « Joris » sont nombreux,  par seulement pris au piège de leur propre violence, de celle qu’ils renouvellent, mais pris à d’autres pièges amenés par leur nature, leur environnement.

GG: Il n’y a pas de figure paternelle pour tout ces jeunes ni tellement maternelles d’ailleurs. Et une seule figure féminine, Nadia. C’est une des règles du genre?

AA: Non, pas du tout, il y a une figure paternelle pour Joris. Mais elle est dénuée d’amour. Quant à celle maternelle, elle n’est plus présente. Ce qui renforce sa solitude.

GG: il y a un certain humour et aussi un talent dans l’écriture à installer des moments de calme avant la tempête (par exemple l’assassinat de Chacal). L’écriture est très visuelle. A la lecture on voit le film. D’ailleurs l’adaptation cinématographique est en projet?

AA: Non, pour l’instant mais  l’idée a été de privilégier l’image dans l’écriture, d’approcher celle scénaristique.

GG: qui sont vos maîtres? Probablement Chester Himes? et qui d’autres?

AA: Des maîtres non mais des auteurs préférés, pas forcément du roman noir même si Chester Himes, Donald Goines  et Walter Mosley sont des romanciers que j’ai aimé lire. Non mes auteurs viennent d’une littérature plus grande, elle va de l’essai à la poésie en passant bien sûr par le roman. Je pense beaucoup à Ernest J Gaines en ce moment, à son sens du territoire, de la brièveté et de la dramaturgie…

GG: Personne c’est un clin d’oeil à Pessoa. Je crois savoir qu’il est l’une de vos références?

AA: Lui mais pas seulement à lui et sa poésie métaphysique, c’est aussi du western, mais c’est surtout l’abstraction du coupable dans une société où tout le monde l’est un peu…

GG: le portrait dressé de la société est à la fois « noir » conforme au genre, mais la fin laisse un espoir de happy end. Joris et Nadia ne meurent pas et retrouvent l’argent qu’a caché Thimotée et le couple s’enfuit en guyane (Joris rachète pour la 3ème fois un billet d’avion).

AA: Les lecteurs voient  la fin d’une manière différente. Certains n’y ont pas vu de happy end mais une porte qui se referme. Je crois que la fin est écrite par le lecteur.

GG: d’autres projets de roman? Vous comptez rester fidèle au genre « roman noir »?

AA: Non, même si j’entreprends un autre roman noir, je viens d’achever un roman qui reste sombre mais qui n’appartient pas à ce genre littéraire.

GG: qu’est devenue la mallette cachée par Thimotée dans le 4×4?

AA: Je suis allé y voir, je ne l’ai pas trouvée. Quelqu’un l’a sans doute prise…

 

Morceaux choisis:

 

La Guadeloupe:

« … ce pays était comme lui-même. Malade jusqu’au plus profond de ses entrailles. Et toutes les pluies de la terre, tous les cyclones ne suffiraient pas à effacer ses blessures séculaires. Une violence sourde avait été larguée ici des siècles auparavant. » p 21

 

Le béton

« Le béton emprisonnait les esprits de la même manière en Guadeloupe qu’à Paris. A cause de lui, une unique et seule culture urbaine commençait à naître des deux côtés de la mer. Avec elle, les mêmes principes de présence sans âme, de mort avant l’heure ou de suicide inconscient. »

p37

 

La cité

« Les familles d’immigrés des anciens pays colonisés avaient été entassées là, et leur descendance y restait entassée selon la même formule de silence seulement violé par la délinquance de ceux que l’on appelait désormais les enfants d’immigrés. »

p86

 

L’indépendance

Quant aux dissidents, les favorables à l’indépendance toute nouvelle prônée par Rasta, ils ne toléraient plus les ordres d’une île réputée trop lointaine, et sur laquelle beaucoup n’avaient jamais mis les pieds.

p98

 

Intifada

Un mini intifada avait été initiée en plein après-midi urbain d’un des pays les plus riche du monde.

p102

 

Le déterminisme social

« Ces gars-là remplissaient leur rôle comme n’importe quel autre pion de la société. S’ils avaient été cadres d’entreprise, ils auraient eu les dents longues et auraient marché sur les pieds de quiconque se trouvant sur leur chemin. »

p125

 

L’histoire

« C’est toi l’assimilé! Toi-même qui connais pas ton histoire! Alors réglez d’abord votre putain de problème dans la tête man, et après on parlera de ton plan couchal de pays! On est tous sortis du même bateau ».

p154

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