archive

Chroniques judiciaires

La pénalité est un moyen, parmi d’autres, de lire et de comprendre une société. Une peine ne sanctionne pas seulement un crime ou un délit: ses modalités pratiques, comme les considérations morales ou politiques qu’elle véhicule, cristallisent à des degrés divers les peurs ou les refus de ceux qui subissent ou ordonnent la peine. La répression judiciaire est ainsi un reflet assez fidèle des structures sociales et économiques, même politiques d’une société qui distingue clairement  – et officiellement – ce qui est acceptable par la collectivité et l’Etat et ce qui ne l’est pas.

JUSTICE ET CRIMINALITÉ AU XVIIIe SIECLE: Le cas de la peine des galères

Marc VIGIÉ
Histoire, Économie et Société
Vol. 4, No. 3 (3e trimestre 1985), pp. 345-368
Published by: Armand Colin
Page Count: 24

N° 78. — ARRÊTÉ DE M. LE GOUVERNEUR concernant l’envoi au Sénégal de l’esclave Manine.

Basse-Terre , le 19 mars 1846.

Nous, GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE ET DÉPENDANCES, Vu la demande présentée par M. le Maire de la commune de la Capesterre (Marie—Galante), tendant à faire exporter de la colonie, l’esclave Manine, appartenant à M. L. BOULOGNE;

Vu l’ordonnance royale du 9 novembre 1831, et les instructions ministérielles relatives aux esclaves reconnus dangereux pour la tranquillité publique; Vu l‘arrêté local du 8 mars 1832; portant création d’une chaîne de correction à la Basse—Terre; Sur la proposition du Directeur de l’Administration intérieure , AVONS ARRÊTÉ et ARRÊTONS ce qui suit :

ART. 1″. L’esclave Manine, appartenant à M. L. BOULOGNE, demeurant à la Capesterre (Marie-Galante), sera reçue à la chaîne de correction, créée à la Basse—Terre par arrêté local du 8 mars 1832, pour y être employée jusqu’au moment de son départ pour le Sénégal.

2. L’Ordonnateur et le Directeur de l‘Administration intérieure sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté qui sera enregistré partout où besoin sera.

Fait à la Basse—Terre, le 19 mars 1846.

Signé LAYRLE.

Par le Gouverneur : Le Directeur de [Administration intérieure,

Signé JULES BILLECOCQ.

Enregistré au Contrôle, le 19 mars 1846, vol. n. 48 , f. 21.

Lucile, mulâtresse, est âgée d’environ 40 ans en 1840. Elle est couturière. Elle a deux
filles, Célina et Félicité (cette dernière affranchie encore enfant, car fille soit de Mr
Douillard Mahaudière, d’après la rumeur, soit d’un de ses amis, d’après lui), qui vivaient
chez « Mr LAPIERRE » et lui apportaient dans son cachot de la nourriture pour compléter ou remplacer celle donnée ; Célina emportait pour les vendre les travaux de couture faits par sa mère dans son cachot. Lucile a un frère, Alexandre, libre, qui avait vendu un terrain pour l’aider à acheter sa liberté, liberté que son maître refusait de lui accorder. C’est ce refus persistant qui, d’après M. Douillard Mahaudière, l’aurait poussée à se venger en empoisonnant sa femme (morte une dizaine d’années avant le procès), plusieurs de ses boeufs et deux nègres (lesquels en fait avaient mangé du boeuf malade ou empoisonné).
La mère de Lucile, aussi appelée à témoigner, s’appelle Ador ; elle est esclave de
M. Auril.
Nous ne savons pas si, après l’acquittement de son maître, Lucile lui avait été rendue
ou si elle avait été vendue à un autre propriétaire (les deux versions existent selon les
récits). Nous n’avons pas trouvé non plus son affranchissement après 1840, ni son
inscription sur les registres de l’Anse Bertrand ou du Port Louis. Mais nous allons la
retrouver à Basse Terre en 1848 (l’affranchissement n’y figure pas).

Le document complet: généalogie de lucile 2014-art39

source: Généalogie et Histoire de la Caraïbe ghcaraibe@listes.u-picardie.fr

%d blogueurs aiment cette page :