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On appelle « roulaisons » l’époque des récoltes, comme nous appelons  les nôtres moisons ou vendanges. Ce sont de rudes moments pour les  esclaves : sur pied la nuit et le jour, ils n’ont pas un moment de  repos. Dans les sucreries, les tourbillons de fumée s’échappent de  cinq chaudières en ébullition, remplissent une vaste pièce sans  fenêtres, et les nègres apparaissent à peine à la pâle clarté que  projettent des gommes, se tiennent debout devant les chaudières, plus  près du foyer, occupés incessamment à faire passer, avec d’énormes  cuillers, le vesou d’une chaudière dans une autre.

Près de là, le cri aigu et monotone du moulin, dont de gros cylindres  en fer servent à broyer les cannes, rappelle aux négresses qui le  fournissent que, si le sommeil les surprend, une seconde suffit pour  leur faire perdre un bras et même la vie. Hélas! ces funestes  exemples ne se répètent que trop dans ces travaux meurtriers qui  alimentent notre luxe européen. On se plaint de la cherté du sucre  des colonies :  que serait-ce s’il fallait payer le prix du sang  qu’il fait répandre?

Ce temps de roulaisons donne à la sévérité des maîtres un nouveau  degré d’extension. Ils sont continuellement sur pied, et marquent leurs rondes nocturnes par des châtiments multipliés. (…)Je me  rappelle avec horreur une de mes premières nuits des colonies : je  fus réveillé à trois reprises différentes par les gémissements des  esclaves qu’on lacérait à coups redoublés. J’appris le lendemain que  le maître s’était mis en fureur contre son atelier, parce qu’une dent  du moulin s’étant cassée, les nègres n’avaient pas pu faire autant de  sucre qu’à l’ordinaire.

De l’esclavage aux colonies françaises et spécialement à la  Guadeloupe par M Xavier Tanc. Paris 1832. réédité dans Les  kalmankious » éditions Caret, page 20.

 

Contribution de Sylvaine

 La fourrure, il faut la chasser, il faut tuer, dépecer, il faut la porter et sans doute se battre contre des indigènes pour les droits. Le tabac, il faut le faire pousser, le récolter, le faire sécher, l’empaqueter, le transporter, mais il faut surtout du temps et un sol toujours frais. Le sucre? Le rhum? La canne, ça pousse. Tu ne peux pas l’arrêter, le sol ne s’épuise jamais. Tu n’as qu’à la couper, la faire cuire, et l’envoyer par bateau. Downes frappa dans ses mains.

« Aussi simple que cela?

– Plus ou moins. Mais la question n’est même paslà. Pas de perte d’investissement. Aucune. Jamais. Pas de récolte perdue. Pas de disparition de castors ou de renards. Pas de guerre qui s’en mêle. Des récoltes abondantes, éternellement. Même chose pour les esclaves. Les acheteurs, toujours plus demandeurs. Le produit, paradisiaque. En un mois, le temps d’un voyage de la fabrique à Boston, un homme peut transformer ses cinquantes livres en cinq fois plus. Penses-y. Chaque mois, cinq fois l’investissement. Certain.

Toni Morrison Un don

Christian Bourgeois éditeur 2008

C’était un grand bâtiment de maçonnerie de  cent trente pieds de long sur vingt-quatre pieds de largeur, avec un étage en galetas. Ce lieu sert pour y porter les formes de sucre, quand il est refroidi où il a été fabriqué. C’est là qu’on le travaille, qu’il se purge et qu’il devient blanc: on appelle cet endroit une purgerie. A une des extrémités était l’étuve; on y fait sécher les formes de sucre quand elles ont acquis toute la blancheur qu’elles peuvent avoir; entre l’étuve et la sucrerie il y avait un endroit où l’on pile les formes de sucre quand elles sont sèches, afin que les fabriques où l’on met le sucre pour le transporter en Europe en contiennent une plus grande quantité.
 
Sources : « Voyages aux Isles chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705 » Phébus Libretto. Edition établie et présentée par Michel Le Bris Edition Phébus, Paris 1993 p.60

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