archive

Archives de Tag: travail

« La liberté, c’est le premier besoin de l’humanité, oui; mais ce suprème bienfait impose d’importantes obligations: la liberté élève le travail à la hauteur du devoir. Etre libre, ce n’est pas avoir la faculté de ne rien faire, de déserter les champs, les industries. Etre libre…c’est l’obligation d’utiliser son temps, de cultiver son intelligence, de pratiquer sa religion. Le travail, en effet, est une mission imposée à l’homme par Dieu; il le relève à ses propres yeux, en fait un citoyen; il l’appelle à fonder la famille.
Ecoutez donc ma voix, mes conseils, moi qui ai reçu la noble mission de vous initier à la liberté…Si, devenus libres, vous restez au travail, je vous aimerai; la France vous protégera. Si vous le désertez, je vous retirerai mon affection; la France vous abandonnera comme de mauvais enfants. »

Proclamation du commissaire général de la République Sarda-Garriga à la Réunion, le 17 octobre 1848. Citée par Oruno D. Lara dans une contribution issue du cycle de conférence organisé par le Centre Pompidou en mars, avril 2006: l’esclavage, la France, les abolitions, les enjeux. Africultures n°67 (juin, août 2006) Esclavage: enjeux d’hier à aujourd’hui, p25 à 29 Titre de l’article d’Oruno D. Lara: Colonisation, liberté et second esclavage

Publicités

Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d’esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat d’un asservissement systématique des femmes. calibanLa transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement. Discipline des corps d’esclaves, servis au mouvement d’accaparement des ressources du Nouveau Monde pour la fortune de l’ancien.

Silvia Federici Caliban et la Sorcière Femmes corps et accumulation primitive

Edition Entremonde 2004

Bande annonce du film où s’illustre Matt Damon en sauveur du monde. Rien de nouveau sous le soleil. L’arène: un monde coupé en deux. La Terre et le paradis Elysium, il y fait beau, jardins à la française et femmes sculpturales alanguies sur des chaises longues. Sur Terre une humanité grouillante et sale mange la poussière. Le début est intéressant. Belle peinture sociale du monde tel qu’il est où les hommes réduits en esclavage « travaillent » comme Matt Damon à construire ce qui va encore plus les asservir. Rien de nouveau sous le soleil. La trahison. Le patron ne porte pas secours à son ouvrier et le condamne après lui avoir demandé de signer un document pour recevoir des médicaments.  Rien de nouveau sous le soleil. La vengeance. Matt Damon l’ouvrier trahi celui qui s’est efforcé d’être le bon citoyen de seconde zone va voler au patron les codes pour reprogrammer Elysium. Rien de nouveau sous le soleil. Un couple qui s’aime et un amour impossible.  3 ordres: les politiciens, le peuple, et les guerriers. Le film sans surprise se termine sur l’affrontement entre guerriers « augmentés ». Matt Damon luttant pour donner au monde les données uploadées dans son cerveau et qui pourraient faire de l’humanité entière des citoyens d’Elysium. La fin bien sur le sacrifice du héros pour sauver la petite fille de la femme qu’il aime. Le tout dans une musique sirupeuse à souhait.  Happy end: ils sont tous citoyens. La petite fille peut être guérie. Deux scènes m’ont amusée: L’humour face aux policiers robotisés qui bien sur n’ont aucun humour.  L’effort de « parole » de Matt Damon au commissariat face à un robot encore qui ne sait pas « parler ». « Voulez vous parler à un humain » et Matt Damon refuse. La deuxième scène quand Elysium est reprogrammé et que le politicien veut faire arrêter le rebelle et son robot lui répond je ne peux arrêter un citoyen d’Elysium. Tous citoyens donc . Happy ending.

Il faut choisir pour cet emploi un nègre fidèle, sage, qui entende bien le travail, qui soit affectionné, qui sache se faire obéir et bien exécuter les ordres qu’il reçoit. Ce dernier point est aisé à trouver car il n’y a point de gens au monde qui commandent avec plus d’empire et qui se fassent mieux obéir que les nègres (Labat, IV, p 193)

« Les esclaves aux Antilles françaises 17ème et 18ème siècles »

Gabriel Debien 1974 p 123

Le premier soin du maître ou de l’économe si le maître n’a pas voulu s’en donner la peine, doit être de former un premier commandeur, et l’économe n’est qu’un piqueur de rien si dans l’espace de trois mois il n’a pas su élever l’âme du commandeur jusqu’à lui persuader que c’est lui qui est l’économe.

Les esclaves aux Antilles françaises 17ème et 18ème siècles

Gabriel Debien 1974 p 123

On ne doit punir les commandeurs qu’après de mûres réflexions. Il faut auparavant épuiser la ressource des menaces en particulier. La crainte du châtiment, et plus encore celle de perdre leur état doit faire plus d’impression sur eux que sur les autres nègres.

(…)

Quelque talent  qu’ait un commandeur il ne faut pas hésiter à le destituer s’il est prouvé  qu’il a suborné  la femme d’un autre nègre (en réalité on n’appliquera jamais ces ordres. Le commandeur Jean-Baptiste n’a pas dû avoir ses 60 enfants de sa femme, ni de jeunes filles). Ce crime doit être impardonnable ou l’on s’expose aux plus grnads malheurs. Dans ce cas le châtiment doit être de la plus grande sévérité et en présence de l’atelier assemblé. Il faut le punir d’un abus d’autorité aussi dangeureux, et comme il serait à craindre qu’un nègre habituer à commander ne pût se plier à l’obéissance, et qu’il ne conçut le désir de se venger, il faut le condamner à la chaîne pour longtemps, qu’il soit mis à la barre de manière à ne pouvoir s’en évader sans réveiller le nègre qui serait auprès de lui et qui en répondrait. Après un châtiment long et exemplaire, si le nègre s’est bien conduit et qu’il soit un sujet utile, on peut le rétablir dans son poste. Si on ne le juge pas convenable il faut lui confier quelque poste de gardien de vivres ou autres.

Les esclaves aux Antilles françaises 17ème et 18ème siècles

Gabriel Debien 1974 p 129

Si certains planteurs font venir leurs cadres de France la plupart sont recrutés dans la foule de jeunes Européens qui arrivent sans cesse dans les îles « sans fonds, sans crédit, sans aucune espèce de talent, seulement avec la persuasion de faire fortune, pourvu qu’ils montrent blanche figure ». La profession n’exige en effet aucune qualification initiale, l’apprentissage se faisant sur le tas:  » un malheureux blanc qui se fait piqueur de nègres, est un économe », peut encore ironiser en 1846 le chef d’escadron de la gendarmerie coloniale France.

Travail, capitalisme et société esclavagiste

Guadeloupe, Martinique (VVIIe-XIXe siècles)

Caroline Oudin-bastide

Editions La découverte 2005 p 2 p63

%d blogueurs aiment cette page :