La pénalité est un moyen, parmi d’autres, de lire et de comprendre une société. Une peine ne sanctionne pas seulement un crime ou un délit: ses modalités pratiques, comme les considérations morales ou politiques qu’elle véhicule, cristallisent à des degrés divers les peurs ou les refus de ceux qui subissent ou ordonnent la peine. La répression judiciaire est ainsi un reflet assez fidèle des structures sociales et économiques, même politiques d’une société qui distingue clairement  – et officiellement – ce qui est acceptable par la collectivité et l’Etat et ce qui ne l’est pas.

JUSTICE ET CRIMINALITÉ AU XVIIIe SIECLE: Le cas de la peine des galères

Marc VIGIÉ
Histoire, Économie et Société
Vol. 4, No. 3 (3e trimestre 1985), pp. 345-368
Published by: Armand Colin
Page Count: 24

Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les moeurs, le plus beau et le meilleur est enlevé; l’on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d’entre les modernes.

Les Caractères (1696), 1, I, Des ouvrages de l’esprit de

Jean de La Bruyère

 

Le colon doit planter pour la métropole, doit consommer les produits de celle-ci, en vue de l’enrichir, et peu importe à cette mère ingrate, que ses enfants, condamnés à l’exil, soient privés de ces douceurs qu’elle ne réserve que pour ses Benjamins. Le colon, à deux mille lieues, implanté sur son rocher, n’est plus qu’un être insolite, un polype, qui se renouvelle et dont la souche doit prendre racine, afin de pouvoir plus longtemps verser ses richesses dans la bourse de ses aînés.

Ainsi donc, toisé et daguerréotypé, le colon ne devient un homme utile à la métropole, qui daigne lui conserver sa nationalité, qu’à la condition qu’il sache aligner un sillon de cannes, niveler un chemin, orienter une pièce de café, creuser un canal et triturer son sucre. Jadis, comme nous pourrons nous en assurer, la qualité éminente du colon venait de l’obligation que la métropole lui imposait de consommer des nègres.

Adrien Dessalles

Histoire législative des Antilles ou annales du Conseil souverain T1 p3

Ariane, la fille du roi Minos, s’éprit du beau Thésée dès l’instant qu’elle le vit débarquer du bateau qui amenait le groupe pitoyable des jeunes gens et des jeunes filles d’Athènes destinés au Minotaure. Elle réussit à lui parler et à lui dire qu’elle lui procurerait le moyen de ressortir du labyrinthe contre la promesse de l’emmener avec lui lorsqu’il quitterait la Crète et de l’épouser. Il en fit le serment. Ariane fit alors appel à l’habile Dédale, dont le talent était à l’origine non seulement de la construction du labyrinthe, mais aussi de l’artifice grâce auquel la propre mère d’Ariane avait conçu celui qui l’habitait. Dédale se contenta de lui donner un écheveau de fil de lin que le héros n’aurait qu’à attacher à l’entrée du labyrinthe et à dévider à mesure qu’il avancerait. C’est vraiment peu de chose, ce dont nous avons besoin; mais si ce peu nous fait défaut, l’aventure au sein du labyrinthe est sans espoir.

Le héros au mille et un visages Joseph Campbell p31

Pour la plupart, les hommes et les femmes choisissent le chemin moins aventureux de la routine habituelle et relativement inconsciente que propose la société ou la tribu. Mais ces chercheurs, eux aussi, sont sauvés -par le pouvoir des guides symboliques et ancestraux de la communauté sociale, des rites de passage, des sacrements qui dispensent la grâce, pouvoir que l’humanité des temps passés a reçu des rédempteurs et dont l’héritage nous parvient à travers des millénaires. Seuls sont dans une situation vraiment sans espoir ceux qui ne connaissent ni appel intérieur ni doctrine extérieure, c’est-à-dire, de nos jours, la plupart d’entre nous, qui errons dans le labyrinthe qui est autour de nous comme au fond de nos cœurs. Hélas! où est le guide, où est Ariane, la douce vierge, pour nous tendre le fil secret qui nous donnera le courage d’affronter le Minotaure puis, une fois le monstre mis à mort, nous permettra de retrouver le chemin de la liberté?

Le héros au mille et un visages Joseph Campbell p31

Le héros, par conséquent, est l’homme ou la femme qui a réussi à dépasser ses propres limitations historiques et géographiques et à atteindre des formes d’une portée universelle, des formes qui correspondent à la véritable condition de l’homme. Les images, les idées et les aspirations du héros découlent directement des sources premières de la vie et de la pensée humaines. C’est pourquoi elles sont l’expression, non pas de la psyché et de la société d’aujourd’hui, qui sont en voie de désintégration, mais de la source intarissable qui préside à la naissance de la société. Le héros est mort en tant qu’homme de notre temps; mais en tant qu’homme éternel – achevé, non particularisé universel-, il est né à nouveau. Le second devoir, la seconde tâche sacrée qui lui incombe, est donc (comme le déclare Toynbee et comme le disent toutes les mythologies de l’humanité) de revenir alors parmi nous, transfiguré, et de nous enseigner ce qu’il sait de cette vie renouvelée.

Le héros au mille et un visages Joseph Campbell p28

C’est le royaume dans lequel nous pénétrons dans le sommeil. Nous le portons en nous à jamais. Tous les ogres, tous les guides secrets de notre enfance sont là, et toute la magie de cet âge. Et, ce qui est plus important encore, ce royaume recèle toutes les potentialités de vie, ces autres parties de nous-mêmes, que nous n’avons jamais réussi à mener à maturité. Ces germes précieux sont, en effet impérissables. Si ne serait-ce qu’une partie de cette totalité perdue pouvait être ramenée à la lumière du jour, nous connaîtrions un élargissement extraordinaire de nos facultés, un intense renouveau de vie, une impulsion à retrouver notre vraie stature. Si nous pouvions retrouver ce quelque chose que nous avons oublié – et pas seulement nous, mais toute notre génération, toute notre civilisation – nous deviendrions vraiment celui qui dispense un don inestimable, le héros de son temps, c’est-à-dire quelqu’un dont l’importance historique s’étend au monde entier. En somme, la première démarche du héros consiste à se retirer du monde des effets secondaires pour gagner ces zones causales de la psyché où résident les réels obstacles; et là, à faire sur eux toute la lumière et, pour son propre compte, à les extirper (c’est-à-dire livrer bataille aux démons infantiles de sa propre civilisation), afin de parvenir à l’expérience directe, sans détour, à l’assimilation de ce que C.G. Jung appelle les « images archétypes ».

Le héros au mille et un visages Joseph Cambell p25

 

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