sans haut ni bas, sans centre ni noyau

« « Les paroles du nègre n’entament pas sa langue, elles n’usent, elles ne font saigner que son cœur. Il parle et se retrouve vide avec sa langue intacte dans sa bouche et ses paroles sont allées rejoindre le vent. De bouche en bouche, les ravines et les cours d’eau et l’air lui-même ont tourné et soudain ils en sont empoisonnés. Pourtant nous ne pouvons vivre sans ce travail incessant de la langue, sans toute cette germination de contes qui sont notre Ombre et notre mystère. Et comme le léopard meurt avec ses couleurs, nous tombons mortellement avec notre Ombre, celle que tissent nos histoires et qui nous fait renaître chaque fois, avec un éclat différent… » Ainsi parlaient les Anciens, voici encore quelques années, avant cette fournée d’êtres « sans haut ni bas, sans centre ni noyau » comme ils nous désignaient, nous, la nouvelle génération… et ils ajoutaient toujours, à demi tristes à demi narquois : « Mais vous autres, sur cette île à la dérive, ce que vous recherchez passionnément c’est l’ombre des nuages, tandis que vous abandonnez la vôtre à l’oubli… » Mais je ne prétends pas, ô je ne prétends pas qu’ils ont dit vrai… »

 « Ti Jean L’horizon »  Simone Schwarz-Bart

 

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