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Archives du 30 décembre 2018

« Ces plantocraties sont des univers segmentaires où la loi de la race repose aussi bien sur l’affrontement entre planteurs blancs et esclaves nègres que sur l’opposition entre les Nègres et les « libres de couleur » (très souvent des mulâtres affranchis) dont certains possèdent au demeurant des esclaves. Le Nègre de la plantation est par ailleurs une figure multiple. Il est chasseur de marrons et de fugitifs, bourreau et aide-bourreau, esclave à talent, indicateur, domestique, maître-coq, affranchi qui demeure soumis, concubine , travailleur des champs affecté à la coupe de la canne, préposé à l’usine, conducteur d’engins, accompagnateur de son maître, guerrier occasionnel. Ces positions sont loin d’être stables. Selon les circonstances, une position peut être « retournée » en une autre. La victime d’aujourd’hui peut, demain, se transformer en bourreau au service de son maître. Il n’est pas rare que l’affranchi d’hier aujourd’hui devienne lui-même un propriétaire et chasseur d’esclaves. »

« Critique de la raison nègre (POCHES ESSAIS t. 436) » par Achille MBEMBE.

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