La fin du monde connu

En effet, depuis que l’avidité des Européens de l’Ouest a fondu sur tous les territoires qu’il lui fut possible d’envahir et de s’accaparer, des cultures différentes, des points de vue divers, logent bel et bien dans un seul et même monde. Rien ne permettra à l’humanité de faire retour vers un chacun chez soi. Que l’on se rassure, cependant: les écrivains du Sud, les Subsahariens principalement, s’ils écrivent bien la fin du monde connu, ne croient pas à la disparition, quand cette dernière est comprise comme une extinction. Ils créent sur des failles, sur des béances parfois, parce qu’ils sont vivants et entendent le rester. Bien sûr, leur rapport au passé, lorsqu’ils en entretiennent un, n’est pas identique à celui des Occidentaux, qui fréquentent, souvent à l’aide de traces écrites de leur histoire, les moments clés de leur parcours, n’hésitant pas, d’ailleurs , à enjoliver les choses. Les Lettres subsahariennes produisent peu de romans historiques, au sens conventionnel du terme. Elles s’attachent plutôt à dépeindre la catastrophe, la perte qui, sous ses formes multiples, réside au coeur de l’expérience des peuples dont leurs auteurs sont issus. Cet examen du drame fondateur est, par ailleurs, arrimé au besoin de mieux saisir le présent, à la recherche d’une voie permettant de se dessiner un avenir.

 

Léonora Miano L’impératif transgressif L’Arche p12

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