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Archives du 21 décembre 2016

Mot.

Parmi moi

de moi-même

à moi-même

hors de toute constellation

en mes mains serré seulement

le rare hoquet d’un ultime spasme délirant

vibre mot

j’aurai chance hors du labyrinthe

plus long plus large vibre

en ondes de plus en plus serrées

en lasso où me prendre

en corde où me pendre

et que me clouent toutes les flèches

et leur curare le plus amer

au beau poteau – mitan de très fraîches étoiles

vibre

vibre essence même de l’ombre

en ailes en gosier c’est à force de périr

le mot nègre

sorti tout armé du hurlement

d’une fleur vénéneuse

le mot nègre

tout pouacre de parasites

le mot nègre

tout plein de brigands qui rôdent

de mères qui crient

d’enfants qui pleurent

le mot nègre

un grésillement de chairs qui brûlent

âcre et de corne

le mot nègre

comme le soleil qui saigne de la griffe

sur le trottoir des nuages

le mot nègre

comme le dernier rire vêlé de l’innocence

entre les crocs du tigre

et comme le soleil est un claquement de balles

et comme le mot nuit un taffetas qu’on déchire

le mot nègre

dru

savez-vous

du tonnerre d’un été

que s’arrogent

des libertés incrédules.

Aimé Césaire.

Au milieu de la place, entre ces deux ruines dont il ne subsistait plus que les murs et la toiture, se dressait toujours le pelourinho, cette colonnette de pierre tarabiscotée où l’on fouettait jadis les esclaves récalcitrants.

« Là ou les tigres sont chez eux »

Jean-Marie Blas de Roblès

Edition Zulma 2008 p15

Créolisation: le limon remonté du gouffre a tout bouleversé, les métissages, les mélanges erratiques, les névroses de pureté, le fouet et son contraire le coutelas, dans un imprévisible que rien n’arrête. L’impensable comme principe générique. Rêver Tout-monde. La violence démente en son extrême a fait de ce limon une expérience précieuse. Hauteur toujours possible. Profondeur qui fait vertige. Ce dépassement.

L’intraitable beauté du monde

Adresse à Barack Obama p.4

Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau

Gallaade/ Institut du tout-monde

Au cours de ses voyages en Polynésie, le capitaine Cook, étonné du nombre de choses auxquelles il était défendu de toucher et qu’on disait Taboo, emprunta le mot au langage local et le lança, à son retour, dans l’Europe cultivée du XVIIIe siècle. Il fut remis à la mode avant la Deuxième Guerre mondiale par le film Tabou dont l’action principale se passe à Tahiti et qui demeure un des classiques du cinéma international. Son auteur, le cinéaste allemand Frederic Murnau trouva la mort en se rendant un soir de mars 1931 à la générale de son film. Peut-être qu’en s’obstinant, malgré les avertissements et la répugnance des acteurs indigènes, à en tourner quelques séquences sur un îlot notoirement tabou( » Motu Tapu » sur le lagon de Bora-Bora aux îles Sous-le-vent) et  en choisissant imprudemment ce titre, il avait tenté le sort.

Le Mana p 139 Bob Putigny Editions Avant et Après (chapitre Les Ariori)

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