Promeneurs de la nuit

Ces récitants portaient le nom poétique de « promeneurs de la nuit » (haerepo), parce qu’ils avaient coutume de marcher autour des temples au clair de lune. C’est là qu’ils s’entraînaient à retenir par coeur toute la connaissance et le savoir de leur peuple et de leur époque, enchaînant sans fin des mots, des phrases ou des noms. A la fois chantres, bibliothèques et dictionnaires vivants, ils avaient la difficile tâche de dire les prières ou les légendes, les généalogies des dieux et des hommes au cours de réunions.

L’erreur d’une seule syllabe, la plus minime inversion dans l’ordre des termes, ou même toute hésitation publique de leur part faisait suspendre immédiatement la cérémonie. Toute cette technique de mémorisation était si poussée, si minutieuse qu’elle requérait une application exclusive et les efforts additionnés de bien des générations pour en acquérir la maîtrise. C’est ainsi que, lorsqu’un haerepo à la fin de sa vie voulait transmettre à son successeur son Mana de mémoire, il lui recommandait:

« Mon fils, reste près de moi et reçois mon souffle dans ta bouche pour que ma connaissance passe en toi »

Et le savoir du père revivait en son fils qui l’avait aspiré avec son dernier soupir.

Le Mana p 37 Bob Putigny Editions Avant et Après (chapitre le pouvoir du nom)

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