Mais de quoi préserve donc la pudeur?

Mais de quoi préserve donc la pudeur? D’un certain ordre social. Au Moyen Age et depuis l’Antiquité, on spécule sur la physiologie et le système reproducteur féminins.  Dans les société d’alors, l’on juge bon de mettre les femmes en garde: elles doivent afficher une pudeur exemplaire, et « ne pas trop se divertir, se faire distantes, manger peu, danser avec maintien, se mouvoir avec mesure ». Pourquoi tous ces avertissements? Pour ne pas mettre en péril l’ordre social, qui veut que les femmes gardent de la mesure en toute chose.

Nourrie par les textes médicaux de l’Antiquité et attestée par les écrits d’Aristote sur les femmes, la morale des prédicateurs médiévaux est empreinte de ces préjugés selon lesquels les femmes sont des êtres imparfaits, des « ratages » de la nature, qui ne gouvernent ni leur âme ni leur corps. C’est pourquoi elles doivent apprendre à se contrôler. Un ensemble de prescriptions est alors administré par les époux, les pères et les éducateurs pour contrôler ces faiblesses des femmes, qu’il faut surveiller, pour le bien de tous. Toutefois, il faut mettre les choses en contexte: les femmes se mariaient si jeunes que l’on considérait comme normal que les époux continuent le travail pédagogique des parents. Comme dans certaines sociétés musulmanes contemporaines (ainsi que l’illustrent les meurtres d’honneur encore commis aujourd’hui), le maintien ou la perte de l’honneur des femmes ont des répercussions sur le couple, la famille et le groupe social. En fait, mieux se tiennent les femmes, plus les époux, les pères et les frères bénéficient du pouvoir et d’une image publique favorable; c’est ce qu’illustre le motif de la femme vertueuse médiévale par exemple.

Mais, rien à craindre, la nature a bien fait les choses: les femmes peuvent aussi se surveiller elles-mêmes. les textes religieux décrètent que la pudeur est naturelle chez les femmes. Elles n’ont qu’à raffermir ce contrôle par de bonnes habitudes: « Prédicateurs et moralistes pressent les femmes de renforcer cette réserve qui souvent les paralyse; ils les incitent à être timides et mal à l’aise dans les rapports sociaux, à se retirer, apeurées, face à toutes espèce d’hommes, à rougir, à se comporter comme des animaux sauvages. » Les femmes doivent, pour se protéger de l’extérieur, se replier vers leurs maisons, leurs monastères, ainsi que l’explique Casagrande. Tout un code social s’échafaude pour les surveiller: recommandations de l’Eglise, textes de lois, système de valeurs. C’est cette obéissance aux prescriptions sociales pour préserver leur pudeur qui constitue la modestie des femmes.

Pour en finir avec la modestie féminine

Pascale Navarro p 28 Edition Boréal

 

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