Livrée coloniale

(…) « Lorsque l’Européen qui débarque a un asile, d’où il peut considérer le lendemain sans inquiétude, il doit s’occuper de ce qu’exige de lui le luxe de la mode. Il ne lui demande pas des étoffes riches, mais légères; des toiles que la finesse de leur tissu ait rendu très-chères, et dont il relèvera la simplicité par des bijoux, dont l’oeil puisse être frappé. C’est le premier emploi qu’il doit faire de ses gains ou de son crédit: c’est la livrée coloniale. Ne la point porter, c’est se déprécier soi-même, ou prendre l’air d’un censeur dans un pays où l’on s’est promis de n’en point écouter ». Ainsi, à en croire Moreau de Saint-Méry, la « livrée coloniale » n’aurait-elle pas tant pour fonction d’exhiber la fortune de celui qui la porte – elle est acquise sur les premiers revenus réalisés ou même à crédit et ne trompe probablement personne – que de manifester son adhésion aux valeurs collectives des blancs : en l’adoptant le nouvel arrivant affiche d’emblée son refus de tout regard critique sur la société blanche, son mépris des valeurs d’économie, de frugalité; il manifeste clairement son refus de l’abstinence.

Travail, capitalisme et société esclavagiste

Guadeloupe, Martinique (VVIIe-XIXe siècles)

Caroline Oudin-bastide

Editions La découverte 2005 p 25

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