Les Invisibles de Bois-Caïman

Mais la forêt elle-même était pleine d’esprit. Je l’ai senti en marchant dans l’ombre jusqu’aux derniers arbres. J’étais plus loin, mais je continuais à tourner autour du poteau mitan. Ils étaient si nombreux à remonter de l’Ile Sous la Mer. Je savais qu’en ne comptant que les vivants, nous étions déjà dix fois plus que les Blancs. Les Blancs le savaient eux aussi, et ils avaient peur – c’était cette peur qui tenait le fouet. Mais ce que les Blancs ignoraient, c’était que tous ceux qu’ils tuaient restaient auprès de nous. Et ils nous avaient tués en si grand nombre, déjà, qu’il y avait parmi nous cent morts pour un vivant. Un Blanc meurt et disparaît, mais nos morts à nous ne nous quittent jamais, ils restent là parmi les Invisibles. Ils arrivaient maintenant, tous les Invisibles, à travers le miroir depuis le fond de l’eau, et chaque arbre de Bois-Caïman devenait un poteau mitan pour le recevoir.

Madison Smartt Bell

Le soulèvement des âmes (All souls rising)

Ediitions Actes Sud 1995 p148

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