La violence de l’abstraction

« Pourquoi une histoire humaine? L’une des raisons ayant présidé à ce choix est parfaitement rendue par le roman épique de Barry Unsworth, Le nègre du paradis. l’armateur de Liverpool William Kemp est en train de parler à son fils Erasmus de son navire négrier qui, comme il l’apprend tout juste par correspondance, vient d’embarquer sa cargaison humaine en Afrique de L’Ouest et fait voile vers le nouveau monde:
 
(…) Nous avons des graphiques, des tables, des bilans et des définitions de la philosophie de l’entreprise pour nous aider à rester occupés et sereins dans le domaine de l’abstraction et nous réconforter avec le sentiment que nos opérations sont légitimes et nos profits licites(…)
 
Unsworth décrit là « une violence de l’abstraction » qui a pesé sur l’étude du commerce des esclaves depuis ses tout débuts. c’est comme si l’usage des registres, des almanachs, des bilans comptables, des graphiques et des tables – les méthodes réconfortantes des marchands – avaient rendu abstraite et par là même déshumanisée une réalité qui, pour des raisons aussi bien morales que politiques, doit impérativement être saisie dans ce qu’elle avait de plus concret. » 
 
A bord du négrier Marcus Rediker
Seuil p26
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