Le miracle créole

Présentation du dernier numéro de la revue d’anthropologie L’Homme intitulé « Un miracle créole ? »

par le professeur Jean-Luc Bonniol (coordinateur et contributeur)

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En avril 1989, Édouard Glissant, alors en poste à l’Université de Bâton-Rouge en Louisiane, organisa un colloque sur le système de plantation aux Amériques, trouvant là l’occasion de contribuer à la poursuite de la réflexion collective sur ce mode agraire aux dimensions sociales si spécifiques, entamée depuis déjà trois décennies, à laquelle il avait largement participé dans ses travaux antérieurs (Glissant 1981). À ce colloque, intervint Michel-Rolph Trouillot, anthropologue et historien haïtien, professeur à l’Université de Chicago. Dans sa communication (publiée quelques années plus tard avec, en exergue, cet emprunt à Glissant : « Le lieu est incontournable »), celui-ci lança pour la première fois l’expression de « miracle de la créolisation » (Trouillot 1998).

2Pourquoi une telle référence à un éventuel miracle ? D’abord parce que le terme renvoie à un phénomène largement inexpliqué, en attente d’une analyse. Ensuite parce qu’il permet de qualifier un processus qui semble revêtir une portée éminemment positive : « contre toute attente », une « merveille » a été produite dans les « mâchoires d’une force brutale et absolue » (Ibid. : 8). Des parcelles familiales de l’arrière-pays jamaïcain aux religions afro-brésiliennes et afro-cubaines, de la musique de jazz de la Louisiane à la vitalité de la peinture haïtienne ou à la conscience historique des Marrons du Surinam (ce sont là les exemples énumérés par Michel-Rolph Trouillot), « les manifestations des cultures afro-américaines nous apparaissent comme le produit d’un perpétuel miracle ». 

(début de l’introduction au numéro)

Jean-Luc Bonniol

 

A propos de Jean-Luc Bonniol

Jean-Luc Bonniol est anthropologue et historien. Il est professeur émérite d’anthropologie à Aix-Marseille Université, membre du Centre Norbert Elias (UMR 8562 du CNRS). Il travaille à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (Aix-en-Provence), après avoir enseigné de 1973 à 1982 à l’Université Antilles-Guyane, résidant successivement en Guadeloupe et en Martinique. Il est membre du Comité International des Etudes Créoles et du Conseil de rédaction de la revue L’Homme.

Son terrain principal, en tant qu’anthropologue,  a concerné les sociétés créoles, et de manière privilégiée les Antilles de colonisation française. Partant du cas spécifique de petites populations insulaires (Terre-de-Haut des Saintes, la Désirade), il  a poursuivi une réflexion au long cours sur l’objet  « racial » et la persistance des modes coloniaux de catégorisation dans les sociétés post-esclavagistes. Il a, dans cette ligne, abordé le thème du « métissage », envisagé tant du côté de la  dynamique des populations (saisie au travers des faits d’alliance et de procréation) que de ses représentations, tout en étendant sa réflexion au domaine du mélange culturel, ce qui l’a conduit à aborder au niveau théorique le thème de la « créolisation ». L’empreinte « colorée » de l’esclavage l’a également orienté, concurremment à la montée actuelle de fortes préoccupations sociales et identitaires à la fin des années 1990, vers la thématique de la mémoire de l’esclavage et, plus généralement, des représentations du passé.

Parmi ses publications, on peut citer :

1980 Terre-de-Haut des Saintes. Contraintes insulaires et particularisme ethnique dans la Caraïbe, Paris, Editions Caribéennes

1992 La couleur comme maléfice. Une illustration créole de la généalogie des « Blancs»  et des « Noirs », Paris, Albin Michel

2001 (ed.) Paradoxes du métissage, Paris, Editions du CTHS

2004 (ed., avec Maryline Crivello) Façonner le passéReprésentations et cultures de l’histoire (XVIe-XXIe siècle), Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence.

2011 « Trois mois de lutte en Guadeloupe », Les Temps Modernes, 662-663, p. 82-113

Il est l’auteur de plusieurs entrées du récent Dictionnaire historique et critique du racisme (Pierre-André Taguieff, dir., Paris, PUF, 2013). Il vient de coordonner le dernier numéro de la revue L’Homme (207-208, 2013/3), principale revue française d’anthropologie, intitulé « Un miracle créole ? »

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