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Archives du 20 janvier 2014

Reporters sans frontières accueille à la fois avec satisfaction et prudence la nouvelle des inculpations, le 18 janvier 2014, de neuf personnes soupçonnées d’implication dans l’assassinat de Jean Léopold Dominique, le 3 avril 2000 à Port-au-Prince. L’attentat meurtrier contre le directeur de Radio Haïti Interavait également coûté la vie au gardien de la station Jean-Claude Louissaint.
“Nous saluons un pas judiciaire important, quasi inespéré après des années d’enlisement et d’impunité dans un dossier qui aura mobilisé sept magistrats instructeurs. L’enquête avait certes été relancée le 8 mai 2013 avec l’audition comme témoin de l’ancien président de la République Jean-Bertrand Aristide, dont les neuf inculpés sont réputés proches. Il s’agit maintenant d’établir les niveaux de responsabilité avec précision, à l’appui des dépositions des neuf concernés. Aucun ne doit manquer à l’appel pour la suite de la procédure. La vérité doit enfin surgir, quatorze ans après les faits”, déclare Reporters sans frontières.
“Tout comme l’association SOS Journaliste, Reporters sans frontières demande en particulier que toutes les dispositions soient prises pour que Myrlande Lubérisse vienne s’expliquer devant la justice de son pays. L’ancienne sénatrice du parti Fanmi Lavalas de Jean-Bertrand Aristide est désignée dans le rapport du juge Yvikel Dabrésil comme commanditaire de l’assassinat de Jean Dominique. Les autorités des États-Unis, où réside l’intéressée, doivent accéder à son extradition s’il y a lieu”, ajoute l’organisation.
Le rapport du juge Dabrésil transmis le 18 janvier dernier à la Cour d’appel de Port-au-Prince fait également état des inculpations de : l’ancien maire adjoint de Port-au-Prince Harold Sévère, l’ancienne militante Lavalas et prêtresse vaudou Anne Augustin alias “Sô Ann”, ainsi que des hommes de mains Frantz “Franco” Camille, Toussaint Mercidieu, Mérité Milien, Dimsley Milien alias “Ti Lou” – déclaré mort par certains témoins -, Jeudi Jean-Daniel alias “Guimy” et Markington Michel. Ces trois derniers s’étaient évadés de prison en février 2005, deux ans après leur arrestation.
Politiquement très sensible, l’affaire Jean Dominique porte en elle une polarisation toujours très forte autour de la personne de l’ancien président Aristide, longtemps exilé puis revenu au pays en mars 2011. Certains témoignages recueillis par les magistrats et consignés dans le rapport du 18 janvier – dont celui de l’ancien chef de la sécurité de Jean-Bertrand Aristide, Oriel Jean – soutiennent la thèse selon laquelle l’ancien président aurait lui-même ordonné l’assassinat du journaliste, considéré comme une entrave à ses visées de retour au pouvoir à l’époque du crime.
Information envoyée par Jacky Dahomay

Présentation du dernier numéro de la revue d’anthropologie L’Homme intitulé « Un miracle créole ? »

par le professeur Jean-Luc Bonniol (coordinateur et contributeur)

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En avril 1989, Édouard Glissant, alors en poste à l’Université de Bâton-Rouge en Louisiane, organisa un colloque sur le système de plantation aux Amériques, trouvant là l’occasion de contribuer à la poursuite de la réflexion collective sur ce mode agraire aux dimensions sociales si spécifiques, entamée depuis déjà trois décennies, à laquelle il avait largement participé dans ses travaux antérieurs (Glissant 1981). À ce colloque, intervint Michel-Rolph Trouillot, anthropologue et historien haïtien, professeur à l’Université de Chicago. Dans sa communication (publiée quelques années plus tard avec, en exergue, cet emprunt à Glissant : « Le lieu est incontournable »), celui-ci lança pour la première fois l’expression de « miracle de la créolisation » (Trouillot 1998).

2Pourquoi une telle référence à un éventuel miracle ? D’abord parce que le terme renvoie à un phénomène largement inexpliqué, en attente d’une analyse. Ensuite parce qu’il permet de qualifier un processus qui semble revêtir une portée éminemment positive : « contre toute attente », une « merveille » a été produite dans les « mâchoires d’une force brutale et absolue » (Ibid. : 8). Des parcelles familiales de l’arrière-pays jamaïcain aux religions afro-brésiliennes et afro-cubaines, de la musique de jazz de la Louisiane à la vitalité de la peinture haïtienne ou à la conscience historique des Marrons du Surinam (ce sont là les exemples énumérés par Michel-Rolph Trouillot), « les manifestations des cultures afro-américaines nous apparaissent comme le produit d’un perpétuel miracle ». 

(début de l’introduction au numéro)

Jean-Luc Bonniol

 

A propos de Jean-Luc Bonniol

Jean-Luc Bonniol est anthropologue et historien. Il est professeur émérite d’anthropologie à Aix-Marseille Université, membre du Centre Norbert Elias (UMR 8562 du CNRS). Il travaille à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (Aix-en-Provence), après avoir enseigné de 1973 à 1982 à l’Université Antilles-Guyane, résidant successivement en Guadeloupe et en Martinique. Il est membre du Comité International des Etudes Créoles et du Conseil de rédaction de la revue L’Homme.

Son terrain principal, en tant qu’anthropologue,  a concerné les sociétés créoles, et de manière privilégiée les Antilles de colonisation française. Partant du cas spécifique de petites populations insulaires (Terre-de-Haut des Saintes, la Désirade), il  a poursuivi une réflexion au long cours sur l’objet  « racial » et la persistance des modes coloniaux de catégorisation dans les sociétés post-esclavagistes. Il a, dans cette ligne, abordé le thème du « métissage », envisagé tant du côté de la  dynamique des populations (saisie au travers des faits d’alliance et de procréation) que de ses représentations, tout en étendant sa réflexion au domaine du mélange culturel, ce qui l’a conduit à aborder au niveau théorique le thème de la « créolisation ». L’empreinte « colorée » de l’esclavage l’a également orienté, concurremment à la montée actuelle de fortes préoccupations sociales et identitaires à la fin des années 1990, vers la thématique de la mémoire de l’esclavage et, plus généralement, des représentations du passé.

Parmi ses publications, on peut citer :

1980 Terre-de-Haut des Saintes. Contraintes insulaires et particularisme ethnique dans la Caraïbe, Paris, Editions Caribéennes

1992 La couleur comme maléfice. Une illustration créole de la généalogie des « Blancs»  et des « Noirs », Paris, Albin Michel

2001 (ed.) Paradoxes du métissage, Paris, Editions du CTHS

2004 (ed., avec Maryline Crivello) Façonner le passéReprésentations et cultures de l’histoire (XVIe-XXIe siècle), Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence.

2011 « Trois mois de lutte en Guadeloupe », Les Temps Modernes, 662-663, p. 82-113

Il est l’auteur de plusieurs entrées du récent Dictionnaire historique et critique du racisme (Pierre-André Taguieff, dir., Paris, PUF, 2013). Il vient de coordonner le dernier numéro de la revue L’Homme (207-208, 2013/3), principale revue française d’anthropologie, intitulé « Un miracle créole ? »

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