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Archives du 8 novembre 2013

Les animaux sont encore définis par le Code civil comme des choses, sur lesquelles l’homme peut par conséquent exercer un droit absolu.

Nous n’ignorons pas que toute tentative de faire évoluer cette classification se heurte à la force des habitudes et soulève invariablement des objections d’ordre économique. Nous l’ignorons d’autant moins que c’est le cas chaque fois qu’est réclamée la légitime considération due à un groupe exploité ou opprimé.

Certes, les animaux ne sont pas des êtres humains. Ce n’est pourtant pas la proclamation d’une dignité métaphysique, mais certains attributs – capacité à ressentir le plaisir et la douleur notamment – que les humains partagent avec au moins tous les vertébrés, qui enracinent les droits les plus fondamentaux. Et bien que dans diverses réglementations françaises et européennes les animaux soient reconnus pour leur qualité d’«êtres sensibles», encouragées en ce sens par les progrès de la connaissance scientifique, ils demeurent de manière de plus en plus contradictoire des biens meubles dans notre Code civil.

Pour que les animaux bénéficient d’un régime juridique conforme à leur nature d’êtres vivants et sensibles et que l’amélioration de leur condition puisse suivre son juste cours, une catégorie propre doit leur être ménagée dans le code civil entre les personnes et les biens

Article bibliobs du 24 octobre 2013

Ils étaient coupeurs de cannes, éboueurs, muletiers. On leur avait dit qu’il fallait défendre, à 7000 kilomètres de chez eux, cette «mère patrie» dont ils ne savaient rien et qu’ils appelaient «Là-bas», «En l’Autre Bord», «De l’Autre Côté», «Chez les Vieux-Blancs» ou, en riant, «Dans le Pays de la Personne». Ils avaient embarqué sur des cuirassiers, chanté l’hymne créole («Les Guyanais, les Antillais sont fiers d’être soldats français»), été enrégimentés sur le continent et engagés sur tous les fronts.

Aux côtés des «Blancs-France», ceux que leurs sous-officiers surnommaient «Bamboula» et «Chocolat» avaient combattu les Allemands à Douaumont et les Ottomans aux Dardanelles. Raphaël Confiant donne à lire, ici, les lettres poignantes de ces enfants des Caraïbes exposés sans trembler aux orages d’acier. Mais aussi des témoignages exacerbés, comme celui, imaginaire, de ce poilu martiniquais qui met son plaisir et sa rage à enfoncer la baïonnette dans le corps de l’ennemi sur le compte de la revanche: 

Le Teuton qui vous fait face, à l’instant où vous jaillissez de votre tranchée, devient le Béké, le Blanc créole, devant lequel les vôtres et vous n’ont jamais pu que courber l’échiné et balbutier « oui, missié ».»

Mais c’est en Martinique que se déroule l’essentiel du roman, auprès de femmes brisées et comme sidérées par la férocité d’une guerre qui échappe à l’entendement: Man Hortense a perdu son fils Théodore à la bataille de la Marne, la spirite Lucianise, rescapée de l’éruption de la montagne Pelée, attend des nouvelles de son frère jumeau plongé dans l’enfer de Verdun, et la couturière Euphrasie, de son mari, prisonnier en Allemagne.

Publié sur bibliobs le 27-10-2013

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