Un bon nègre

C’est le titre que j’ai failli donner (suggestion faite par L Leclerc)  à l’adaptation radiophonique du Cachot. Sébastien un nègre esclave du Sieur Vallentin est ce bon nègre. Sa docilité ne le mettra pas à l’abri des soupçons de son maître. Il sera mis au cachot accusé d’empoisonner les bestiaux. Il y mourra.

Cecil Gaines le majordome de la maison blanche sous je ne sais combien de mandat d’Eisenhower à Reagan, dans le dernier film de Lee Daniels, est aussi un bon nègre.

Je suis bien heureuse qu’après le mythe du nègre marron (indispensable nous avons besoin de héros) on s’intéresse aussi et enfin à ces petites gens, anonymes, sans gloire qui obstinément ont survécu à l’esclavage.

 

Le film relève brillamment , de mon point de vue, le défi de raconter une histoire « entertaining », tout en nous donnant une belle leçon d’histoire. Et il ne s’agit pas seulement de l’histoire des noirs mais de l’histoire des États-Unis. Des champs de coton jusqu’à Barack Obama, l’épopée (n’ayons pas peur des mots) d’un homme qui aura voué sa vie à servir et aura trouvé dans cet asservissement sa liberté. Comme le dit un des personnages, la figure du domestique noir qui se doit d’être digne de confiance, sape le racisme au quotidien et sans bruit. Louis le fils de Cecil Gaines dans le film explore d’autres voies, celle de la non violence pour commencer, celle de Martin Luther King puis quand celui ci est assassiné des Black Panthers. En continuel conflit avec son père qui préférait le voir à la fac, plutôt que de jouer aux freedom riders,  il n’arrive pas à lui faire comprendre ses choix. Peut-être bien parce qu’il méprise le sien. Un choix que Cécil a fait pour protéger sa famille et leur donner une chance d’échapper aux champs de coton, d’échapper à l’asservissement.  Pour finir c’est déjà à la retraite que Cécil et son fils aîné vont se réconcilier derrière les barreaux d’une prison. Cecil prend enfin fait et cause pour les noirs, il dénonce la politique américaine qui soutient alors le régime de Pretoria et l’apartheid. D’un point de vue dramaturgique, la scène de fin répond à celle du début. Après l’humiliation et l’horreur totale (sa mère est violée et son père tué sous ses yeux), il s’avance digne, le pas assuré (il connaît le chemin) vers le bureau ovale maintenant occupé par le premier président noir des Etats-Unis. Barack Obama. Yes we can! Le prix à payer a été lourd cependant. C’est à ce titre qu’il me parait indispensable de raconter les histoires des bons nègres et pas seulement ceux qui ont fait carrière à la maison blanche à une place ou une autre. Petite confidence, je travaille à l’histoire de Maximin Daga. Lui aussi était un bon nègre.

Daga:

« Si je suis infirme, estropié, c’est que j’ai été souvent lié de cordes pendant que j’étais jeune encore, que j’ai été enferré, que j’ai été chargé de trop lourds fardeaux, que j’ai reçu un coup de bâton sur le genou. »

Procès de Texier Lavalade 1847

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