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Archives du 11 février 2013

Ils appelèrent l’île, Guadeloupe, d’après le nom du mont Guadalupe, où l’on vénère une statue miraculeuse de la Vierge Immaculée. Les habitants lui donnent le nom de Carucueria. C’est le principal lieu de résidence des Caribes.

Le Nouveau Monde

Récit de Amérigo Vespucci,

Christophe Colomb, Pierre Martyr d’Anghiera

Préface de Tzvetan Todorov

Edition les Belles Lettres 1992 p36

Colon fait comme si entre les deux actions s’établissait un certain équilibre : les Espagnols donnent la religion et prennent l’or. Mais, outre que l’échange est assez asymétrique et n’arrange pas forcément l’autre partie, les implications de ces deux actes sont à l’opposé les unes des autres. Propager la religion présuppose qu’on considère les Indiens commes ses égaux ( devant Dieu). Mais s’ils ne veulent pas donner leurs richesses? Il faudra alors les soumettre, militairement et politiquement, pour pouvoir les leur prendre de force ; autrement dit les placer, du point de vue cette fois-ci humain, dans une position d’inégalité (d’infériorité). Or, c’est encore sans la moindre hésitation que Colon parle de la nécessité de les soumettre, ne s’apercevant pas de la contradiction entre ce qu’entraînent l’une et l’autre de ses actions, ou tout au moins de la discontinuité qu’il établit entre le divin et l’humain. Voici pourquoi il remarquait qu’ils étaient craintifs et ne connaissaient pas l’usage des armes. « Avec cinquante hommes Vos Altesses les tiendraient tous en sujétion et feraient d’eux tout ce qu’Elles pourraient vouloir » (« journal » 14.10.1492) : est-ce encore le chrétien qui parle? Est-ce d’égalité qu’il s’agit ? Partant pour la troisième fois pour l’Amérique, il demande la permission d’amener avec lui des criminels volontaires, qui seraient du coup graciés : est-ce encore le projet évangélisateur ?

La conquête de l’Amérique

La question de l’autre

Tzvetan Todorov p 61

« Mais cet homme illustre renonçant au nom établi par la coutume, voulut s’appeler Colon, restituant le vocable antique moins pour cette raison [ que c’était le nom ancien] que, il faut croire, mû par la volonté divine qui l’avait élu pour réaliser ce que son prénom et son nom signifiaient. La Providence divine veut habituellement que les personnes qu’Elle désigne pour servir reçoivent des prénoms et des  noms conformes à la tâche qui leur est confiée, ainsi qu’on le vit dans maint endroit de l’Ecriture Sainte ; et le Philosophe dit au chapitre IV de sa Métaphysique :  » les noms doivent convenir aux qualités et aux usages des choses. » C’est pourquoi il était appelé Cristobal, c’est-à-dire Christum Ferens, qui veut dire porteur du Christ, et c’est ainsi qu’il signa souvent; car en vérité il fut le premier à ouvrir les portes de la mer Océane, pour y faire passer notre Sauveur Jésus-Christ, jusqu’à ces terres lointaines et ces royaumes jusqu’alors inconnus. (…)Son nom fut Colon, qui veut dire repeupleur, nom qui convient à celui dont l’effort fit découvrir ces gens, ces âmes au nombre infini qui, grâce à la prédication de l’Evangile, (…) sont allées et iront tous les jours repeupler la cité glorieuse du Ciel. Il lui convient aussi pour autant qu’il fut le premier à faire venir des gens d’Espagne (quoique pas ceux qu’il aurait fallu), pour fonder des colonies, ou populations nouvelles, qui, s’établissant au milieu des habitants naturels (…), devaient constituer une nouvelle (…) Eglise chrétienne et un Etat heureux. »

La conquête de l’Amérique

La question de l’autre

Tzvetan Todorov

Seuil 1982 p.38

L’histoire du globe est, certes, faite de conquêtes et de défaites, de colonisations et de découvertes des autres ; mais, comme j’essaierai de le montrer, c’est bien la conquête de l’Amérique qui annonce et fonde notre identité présente; même si toute date permettant de séparer deux époques est arbitraire, aucune ne convient mieux pour marquer le début de l’ère moderne que l’année 1492, celle où Colon traverse l’océan Atlantique. Nous sommes tous les descendants directs de Colon, c’est en lui que commence notre généalogie – pour autant que le mot commencement ait un sens. Depuis 1492 nous sommes, comme l’a dit Las Casas, « en ce temps si neuf et à nul autre pareil ». Depuis cette date, le monde est clos (même si l’univers devient infini), « le monde est petit » comme le déclarera péremptoirement Colon lui-même (…)
 

La conquête de l’Amérique

La question de l’autre

Tzvetan Todorov

Seuil 1982 p.13

 

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