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Archives du 4 mars 2012

La cité n’avait pas changé. Les familles d’immigrés des anciens pays colonisés avaient été entassées là, et leur descendance y restait entassée selon la même formule de silence seulement violé par la délinquance de ceux que l’on appelait désormais les enfants d’immigrés. « A croire, se dit Joris, que c’était là, la seule réponse adéquate aux violences visibles et invisibles subies par eux et leurs descendants entre ces blocs de béton.

Négropolis p 86
Alain Agat édition: la Manufacture de livres 2012

Le béton emprisonnait les esprits de la même manière en Guadeloupe qu’à Paris. A cause de lui, une unique et seule culture urbaine commençait à naître des deux côtés de la mer. Avec elle, les mêmes principes de présence sans âme, de mort avant l’heure ou de suicide inconscient. On avait beau lui dire que c’était la modernité qui entraînait ainsi dans son sillage toutes les Antilles, Joris répliquait que cela relevait en fait de la seule responsabilité du béton et de sa couleur terne, de sa matière brute et de son manque d’horizon. Le béton offrait la même voie sans issue à tous. Il entraînait les mêmes réactions violentes, les mêmes comportements suicidaires. Trop de jeunes, trop d’amis de son

Les tours de Lauricisque

âge se traînaient tels des zombis égarés, après avoir sombré dans le crack. On eut pu croire à une machination sordide qui n’avait jamais cessé. des démons provenant d’un sombre passé qui s’étaient donnés le mot pour décimer sans bruit la jeunesse du pays. Leur mendicité hantait la sortie des boulangeries et des églises, des cinémas et des restaurants pour touristes. Sur le bord des routes, on les voyait errer, le corps droit, le regard suspendu.

Négropolis
Alain Agat édition: la Manufacture de livres 2012

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