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Archives du 19 mai 2011

TRANSPARENCE. Dans le discours politique et journalistique, ce mot veut dire: dévoilement de la vie des individus au regard public. Ce qui nous renvoie à André Breton et à son désir de vivre dans une maison de verre sous les yeux de tous. La maison de verre: une vieille utopie et en même temps un des aspects les plus effroyables de la vie moderne. Règle: plus les affaires de l’Etat sont opaques, plus transparentes doivent être les affaires d’un individu; la bureaucratie bien qu’elle représente une chose publique est anonyme, secrète, codée, inintelligible, alors que l’homme privé est obligé de dévoiler sa santé, ses finances, sa situation de famille et, si le verdict mass-médiatique l’a décidé, il ne trouvera plus un seul instant d’intimité ni en amour, ni dans la maladie, ni dans la mort. Le désir de violer l’intimité d’autrui est une forme immémoriale de l’agressivité qui, aujourd’hui, est institutionnalisée (la bureaucratie avec ses fiches, la presse avec ses reporters), moralement justifiée (le droit à l’information devenu le premier des droits de l’homme) et poétisée (par le beau mot: transparence).

« L’art du roman » Milan Kundera
Editions Gallimard Folio 1986 p178

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