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Archives Mensuelles: avril 2011

Le gouverneur de la Guadeloupe adresse le 4 avril une circulaire aux « Cultivateurs esclaves » qu’il fait afficher sur les portes de la mairie …

« Le gouverneur de la Guadeloupe et de ses dépendances
Circulaire aux cultivateurs esclaves
Basse Terre le 4 avril 1848

Mes Amis, vous avez tous appris la bonne nouvelle qui vient d’arriver de France. Elle est bien vraie.
La liberté va venir! courage mes enfants, vous la méritez. Tous les maîtres se sont réunis à Paris et ont chargé ces Messieurs de demander votre liberté. Ce sont de bons maîtres qui l’on demandée pour vous au Gouvernement qui y a consenti. Louis Phillippe n’est plus Roi! C’était lui qui enrayait votre libération, parce qu’il voulait que chacun de vous se rachetât et la république au contraire, va vous racheter tous à la fois
Mais il faut que la République ait le temps de préparer les fonds du rachat et de faire la loi de la liberté; Ainsi rien n’est changé, jusqu’à présent. Vous demeurez esclaves jusqu’à la promulgation de la loi. Alors M Le Gouverneur Rostoland m’enverra vous dire : la liberté est arrivée, vive la République!
jusqu’alors il faut que vous travailliez d’après les prescriptions de la loi pour le bénéfice des maîtres.
Il faut prouver que vous comprenez que la liberté n’est pas le droit de vagabonder, mais bien le droit de travailler pour soi même. En France, tous les gens libres travaillent plus encore que vous qui êtes esclaves; et ils sont bien moins heureux que vous l’êtes car là-bas, la vie est plus difficile qu’ici.
Mes amis soyez dociles aux ordres de vos maîtres, pour montrer que vous savez qu’il n’appartient pas à tout le monde de commander. Si vous pensiez avoir à vous plaindre, confiez vous à vos maîtres en particulier, et si vous ne pouvez vous entendre et que cependant vous pensiez avoir raison adressez vous alors au maire et au juge de paix. La République a confié cette mission à ces deux magistrats.
S’il faut autrement que les autorités et les magistrats se dérangent à chaque instant pour entendre les plaintes, on n’aura pas le temps de préparer la loi et le moment de la liberté sera retardé.

Votre sort est donc entre vos mains.
souvenez vous de ce qui est déjà arrivé.
Du temps de vos pères, la République existait en France. Elle proclame la liberté sans indemniser les maîtres, sans organiser le travail. Elle pensait que les esclaves auraient compris qu’ils devaient travailler et s’abstenir de tout désordre. Mais ayant abandonné le travail ils devinrent plus malheureux de jour en jour et forcèrent la République à vous remettre en esclavage. Voilà pourquoi vous êtes encore esclaves.
je suis convaincu que vous montrerez, mes Amis, plus d’intelligence et que vous ne prêterez point l’oreille aux mauvais sujets; vous n’écouterez, vous , que les personnes honnêtes.
N’écoutez pas surtout les libres oisifs.
Vos ennemis, ce sont les paresseux. N’ayez pour eux qu’une parole : allez au travail, laissez nous mériter notre liberté. M le Curé est là pour vous dire qu’il faut travailler et se marier pour obtenir les récompenses de l’autre vie; Demandez-lui conseil lorsque vous aurez un sujet de défiance. Songez que c’est la religion qui la première prêcha la liberté au temps où les blancs eux mêmes n’étaient pas libres.
Le Christ est né dans une étable pour enseigner aux gens des campagnes qu’ils ne doivent pas se plaindre de l’humilité de leur naissances. Il a permis qu’on le mît à mort sur une croix (c’était le supplice de l’esclave en Judée), pour que les malheureux ne vissent dans ses prêtres que des amis destinés à les bien guider.
allons mes Amis, ayez patience et confiance.
quand vous voudrez manifester votre joie, criez : VIVE LE TRAVAIL!
VIVE LE MARIAGE!
jusqu’à ce que je vienne vous dire : la loi est arrivée. VIVE LA LIBERTE!
La présente circulaire sera adressée à MM les maires des communes et Mm les curés. Elle sera affichée aux portes des mairies et des presbytère.
il sera, par les soins de MM les maires, transmis des exemplaires à tous les propriétaires de la commune, avec invitation de les placer aux lieux les plus apparents de leur propriété, tels que l’hôpital, les bâtiments d’exploitation, la case du commandeur et leur propre demeure.

Basse-Terre Guadeloupe; le 4 avril 1848.

J’espère que l’auteur du Blog Sans a pawol adan mizik nou enmé  Titay Rézé, ne m’en voudra pas de reporter ici les paroles d’une de mes chansons préférées que j’ai piqué sur son blog. Rendez lui visite, on y fait de belles découvertes!

DÉVENN AN FON FÉRAN

(Esnard Boisdur)

Dimanch jou dèrèpo/ Sété ladévenn pou lé Bouko/ Woy, /Kan lévwazinaj té tann kou-la /Yo konprann sété chasè. /On gran moman vini koulé /Apré yo ka tann anmwé-soukou. /Yo désann an fon Féran /Lèwvwè yo rivé anba pon-la /Yo touvé Cholo kouché atèla /Cholo potoko mò /Cholo di lévwazinaj: /« Si zò vlé sové-mwen, /Tiré dé bòt-la an pyé an-mwen ; /Mété-yo ban mwen anba tèt an-mwen. /Ban’an tibwen dlo pou mwen bwè. /Tout kò an-mwen ja ka angoudi. /Mwen désann an fon Féran. /Sé kann an-mwen, an té vin koupé. /Lèwvwè an fini koupé kann-la, /An té ka lavé dé men an-mwen, /An pa fè Chaben ayen. /Pa ni afè épi Chaben. /Chaben té kouché anba bwa-la, /Fouté-mwen on kout fizi, /Senten an ké mò. »

Dimanch jou dèrèpo /Sété ladévenn pou lé Bouko, Woy ! /« Woy !

An tann téléfòn té ka sonné, /An vwè lanbilans té ka désann, /Jandab-Sentàn ogalo, /Polis-Gozyé an lari-la /Anmwé-anmwé, osoukou, /Kondoléyans pou lé Bouko /Moun-Moro dézèspéré /Toutmoun-Bouliki ka kouwi /Moun-Granfon, yo ka désann /Prèmyé fwa, yo vwè biten konsa /Onsèl wélélé, plato Bawo /San ka koulé kon dlo an Fon Féran

 Dimanch jou dèrèpo /Alarèpriz /Sété ladévenn pou lé Bouko /« Woyoyoy ! woy !

Avan Cholo té désédé /Cholo di lévwazinaj: /« Pannanlévakans, Chaben té ni /On bèf pou pé kyouyé /An kyouyé bèf-la pou chaben /An vann vyann-la ba-li /Òktòb té ka rivé /Pou i pé voyé timoun lékòl. /An konpwann i té zanmi an-mwen /An pa té sav i té ka véyé-mwen /Monchè, Chanben ou sé on trèt /Fouté-mwen on kout fizi pou kyouyé-mwen

Dimanch jou dèrèpo /Sété ladévenn pou lé Bouko /« Woy-yoyoy !

Anben Chanben, sé on kriminèl /Gason a Chanben, sé on mizérab /Si ou té on pè-dè-bòn-famiy /Ou tini prèmyé gason a-vou /Ou té ké mété’y sizé /Pou ou té préché’y édikasyon /Olyé ou té lévé dimanch-maten /Pou zò té pé détwi tout fanmi-la

 Dimanch jou dèrèpo /Alarèpriz /Sété ladévenn pou lé Bouko

Devenn an Fon Feran

Le théâtre , c’est le collectif, c’est la forme esthétique de la fraternité. C’est pour ça que je soutiendrai qu’il y a quelque chose de communiste dans tout théâtre, en ce sens-là. J’entends ici par « communiste » tout devenir qui fait prévaloir l’en-commun sur l’égoïsme, l’oeuvre collective sur l’intérêt privé. Soit dit en passant, l’amour est communiste en ce sens, si l’on admet, comme moi, que le vrai sujet d’un amour est le devenir du couple et non la satisfaction des individus qui le composent. Encore une définition possible de l’amour: le communisme minimum! Pour revenir au théâtre, ce qui me frappe, c’est à quel point la communauté d’une tournée théâtrale est précaire. Je pense à ses moments tout à fait singuliers, déchirants, où la communauté se défait: on a fait une tournée, on a vécu ensemble pendant un mois et puis, à un moment donné, on se sépare. Le théâtre, c’est également cette épreuve de la séparation. Il y a une grande mélancolie de ces moments où la fraternité dans l’acte de jouer et ses entours se défait. « Voici mon numéro de portable. On s’appelle sans faute, hein? » : vous connaissez ce rite. Mais on ne s’appellera pas, ou pas vraiment. C’est la fin, on se sépare. or la question de la séparation est si importante dans l’amour qu’on peut presque définir l’amour comme une lutte réussie contre la séparation. La communauté amoureuse est elle aussi précaire, et pour la maintenir et la déployer, il faut aussi bien plus qu’un numéro de téléphone.

Alain Badiou avec Nicolas Truong « Eloge de l’amour » Café Voltaire Flammarion p 76-77

L’amour sécuritaire, comme tout ce dont la norme est la sécurité, c’est l’absence de risques pour celui qui a une bonne assurance, une bonne armée, une bonne police, une bonne psychologie de la jouissance personnelle, et tout le risque pour celui en face de qui il se trouve. Vous avez remarqué que partout on vous explique que les choses se font « pour votre confort et votre sécurité » depuis les trous dans le trottoir jusqu’aux contrôles de police dans les couloirs du métro. Nous avons là les deux ennemis de l’amour, au fond: la sécurité du contrat d’assurance et le confort des jouissances limitées.

Alain Badiou avec Nicolas Truong « Eloge de l’amour » Café Voltaire Flammarion p 16

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