L’Européen sauveur, l’Africain victime, le Mal et le Bien…

Ce qui frappe quand on étudie l’abolitionnisme du XIXe siècle, c’est qu’on y retrouve l’écho de bien des figures actuelles : l’Européen sauveur, l’Africain victime, le Mal et le Bien, le devoir d’intervention, le rôle de l’éducation dans la disparition des idées mauvaises. Cette permanence d’une conception de l’Europe éclairant le monde, dans le rôle de sauveur, fait question. Elle nous encourage à repenser l’esclavage, l’abolitionnisme et le colonialisme sous des angles nouveaux, au-dela de la condamnation morale et vertueuse. Soldats d’un idéal d’amour et de tolérance, les abolitionnistes ont accompagné la fin de l’empire colonial prémoderne et la construction de l’empire colonial républicain. Ils étaient partisans d’une industrialisation à l’échelle humaine. Ils concevaient la colonisation comme une tutelle légitime exercée sur les peuples non européens. Ils voulaient faire le bien, éradiquer le mal, apporter à ceux qui en sont démunis les bienfaits du progrès et de la science. La colonie représentait le laboratoire de leur utopie. Mais ce désir du bien les portait à ne pas regarder les choses de trop près, à les voir d’assez loin pour que la réalité paraisse correspondre à leurs discours. C’est ainsi qu’ils trahirent les valeurs qu’ils défendaient et justifièrent a posteriori leur compromissions. Nous sont-ils si étrangers ?
 
Abolir l’esclavage : une utopie coloniale
Les ambiguïtés d’une politique humanitaire
Françoise Verges
Bibliothèque Albin Michel coll Idées 2001 p 210

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