Le gérant

Le gérant est le délégué du procureur à la direction de l’habitation. Sa place est donc liée elle aussi à l’absentéisme du propriétaire resté ou passé en France. Il est choisi tantôt par le procureur, tantôt par le propriétaire. (…)

Les gérants à leur début au moins, n’ont aucun fonds dans la plantation et ils sont démunis de capitaux. C’est même pour commencer leur fortune qu’ils ont pris une gérance. Ils viennent de toutes les provinces de France, parfois directement, de métiers ou d’emploi très divers, trop souvent sans expérience coloniale. Les gérants créoles sont rares. (…)

Qu’il ait été choisi par le procureur ou par le propriétaire lointain, il est lié à la plantation par un contrat. Il reçoit une somme fixe par an qui va de 6 000 à 10 000 livres sur les grandes plantations; mais qui est de 3 à 4 000 livres sur les indigoteries ou caféières moyennes. S’y ajoute souvent une commission de 2% sur les recettes brutes.

En principe il est l’agent exécutif des volontés du maître et du procureur, mais pratiquement il sait être très indépendant de l’un ou de l’autre. Sa grande qualité est de savoir commander. Il vit sur l’habitation, soit  dans la grand’ case ou dans une case à part, avec sa famille quand elle est à la colonie. Il reste quelque fois très longtemps à la direction. Il correspond régulièrement avec le propriétaire, comme avec le procureur.

L’exploitation agricole, la fabrication des sucres, ou la bonne qualité, la belle présentation des cafés, lui sont confiées. Il fait des propositions d’amélioration, prend livraison des vivres, des toiles, des ferrements, fait les expéditions, tient le journal des travaux et le grand livre des dépenses.

Mis là pour le plus de revenu possible, sachant que sa place est  » le seuil de la prospérité », on comprend que ce soit lui qui fasse la loi aux esclaves, qui règle l’allure de leur vie et de leur travail. Sa tâche est de presser la machine agricole et industrielle par tous les moyens pour en augmenter le rendement. Son activité se traduit au loin par des nombres. Il peut donc être sans pitié s’il tient que le but principal de sa place est d’expédier le plus de barriques de sucre ou de boucauds de café possible. Les tâches des esclaves et des bêtes, la discipline générale sont réglées par lui. Comme disent les Anglais, il est une scie qui mord à l’aller et au retour.

« Les esclaves aux Antilles françaises 17ème et 18ème siècles »

Gabriel Debien 1974 p 107 et 108

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :