Le cachot du passé

Suis-je victime de l’esclavage ? Assurément oui, mais de façon indirecte. Non que je porte les stigmates d’aucune manière, mais à cause du regard de l’autre qui ne veut ou ne peut sortir de cette sordide distribution qui revêtirait un caractère d’éternité. Les vrais descendants d’esclaves sont-ils encore victimes de l’esclavage ? Cela va sans dire, autant dans les stigmates que dans le trauma; à cause de la condescendance ou du mépris dont ils sont destinataires. Va-t-on accepter que son destin soit figé par le regard de l’autre ? Va-t-on accepter que le comportement de l’autre nous mure dans le cachot du passé ? Non, assurément non. Puisque l’esclavage n’est plus héréditaire, le vrai esclave aujourd’hui est celui-là, Blanc ou Noir, qui continue à croire que l’esclavage se transmet par le sang, est héréditaire; qui confond mémoire et hérédité; qui fige le passé dans une actualité éternelle; qui s’enferme dans le miroir du passé.
 

Gaston Kelman « Au-delà du Noir et du Blanc »

Max Millo, Paris 2005, p 128 (10/18 n°3996)

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