Le Petit Lexique Colonial

L'esclavage et la colonisation en lecture

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L’annonce de l’abolition

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Le gouverneur de la Guadeloupe adresse le 4 avril une circulaire aux "Cultivateurs esclaves" qu’il fait afficher sur les portes de la mairie …

"Le gouverneur de la Guadeloupe et de ses dépendances
Circulaire aux cultivateurs esclaves
Basse Terre le 4 avril 1848

Mes Amis, vous avez tous appris la bonne nouvelle qui vient d’arriver de France. Elle est bien vraie.
La liberté va venir! courage mes enfants, vous la méritez. Tous les maîtres se sont réunis à Paris et ont chargé ces Messieurs de demander votre liberté. Ce sont de bons maîtres qui l’on demandée pour vous au Gouvernement qui y a consenti. Louis Phillippe n’est plus Roi! C’était lui qui enrayait votre libération, parce qu’il voulait que chacun de vous se rachetât et la république au contraire, va vous racheter tous à la fois
Mais il faut que la République ait le temps de préparer les fonds du rachat et de faire la loi de la liberté; Ainsi rien n’est changé, jusqu’à présent. Vous demeurez esclaves jusqu’à la promulgation de la loi. Alors M Le Gouverneur Rostoland m’enverra vous dire : la liberté est arrivée, vive la République!
jusqu’alors il faut que vous travailliez d’après les prescriptions de la loi pour le bénéfice des maîtres.
Il faut prouver que vous comprenez que la liberté n’est pas le droit de vagabonder, mais bien le droit de travailler pour soi même. En France, tous les gens libres travaillent plus encore que vous qui êtes esclaves; et ils sont bien moins heureux que vous l’êtes car là-bas, la vie est plus difficile qu’ici.
Mes amis soyez dociles aux ordres de vos maîtres, pour montrer que vous savez qu’il n’appartient pas à tout le monde de commander. Si vous pensiez avoir à vous plaindre, confiez vous à vos maîtres en particulier, et si vous ne pouvez vous entendre et que cependant vous pensiez avoir raison adressez vous alors au maire et au juge de paix. La République a confié cette mission à ces deux magistrats.
S’il faut autrement que les autorités et les magistrats se dérangent à chaque instant pour entendre les plaintes, on n’aura pas le temps de préparer la loi et le moment de la liberté sera retardé.

Votre sort est donc entre vos mains.
souvenez vous de ce qui est déjà arrivé.
Du temps de vos pères, la République existait en France. Elle proclame la liberté sans indemniser les maîtres, sans organiser le travail. Elle pensait que les esclaves auraient compris qu’ils devaient travailler et s’abstenir de tout désordre. Mais ayant abandonné le travail ils devinrent plus malheureux de jour en jour et forcèrent la République à vous remettre en esclavage. Voilà pourquoi vous êtes encore esclaves.
je suis convaincu que vous montrerez, mes Amis, plus d’intelligence et que vous ne prêterez point l’oreille aux mauvais sujets; vous n’écouterez, vous , que les personnes honnêtes.
N’écoutez pas surtout les libres oisifs.
Vos ennemis, ce sont les paresseux. N’ayez pour eux qu’une parole : allez au travail, laissez nous mériter notre liberté. M le Curé est là pour vous dire qu’il faut travailler et se marier pour obtenir les récompenses de l’autre vie; Demandez-lui conseil lorsque vous aurez un sujet de défiance. Songez que c’est la religion qui la première prêcha la liberté au temps où les blancs eux mêmes n’étaient pas libres.
Le Christ est né dans une étable pour enseigner aux gens des campagnes qu’ils ne doivent pas se plaindre de l’humilité de leur naissances. Il a permis qu’on le mît à mort sur une croix (c’était le supplice de l’esclave en Judée), pour que les malheureux ne vissent dans ses prêtres que des amis destinés à les bien guider.
allons mes Amis, ayez patience et confiance.
quand vous voudrez manifester votre joie, criez : VIVE LE TRAVAIL!
VIVE LE MARIAGE!
jusqu’à ce que je vienne vous dire : la loi est arrivée. VIVE LA LIBERTE!
La présente circulaire sera adressée à MM les maires des communes et Mm les curés. Elle sera affichée aux portes des mairies et des presbytère.
il sera, par les soins de MM les maires, transmis des exemplaires à tous les propriétaires de la commune, avec invitation de les placer aux lieux les plus apparents de leur propriété, tels que l’hôpital, les bâtiments d’exploitation, la case du commandeur et leur propre demeure.

Basse-Terre Guadeloupe; le 4 avril 1848.

Rédigé par Gilda Gonfier

26 avril 2011 à 12 h 21 mi

Publié dans Annonces légales

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Le rachat au berceau

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Victor Schoelcher, passe en revue dans son ouvrage les autres modes de rupture avec le système esclavagiste, dont le rachat des enfants:
"On affranchit d’avance les enfants à naître, moyennant une indemnité modique; on les laisse aux soins de leurs parents dans la condition d’apprentis, leur travail étant acquis au maître jusqu’à un âge déterminé. On attribue en même temps à chaque esclave déjà né, le pécule dont les usages coloniaux lui assurent la jouissance, on l’autorise enfin à racheter à prix débattu sa liberté au moyen de ses économies. Chaque esclave arrive ainsi successivement à la liberté par le prix de son travail et de sa bonne conduite".
Il réfute:
"Nous avons toujours  beaucoup de répugnance à raisonner dans le sens de l’esclavage. Cette loi qui frappe de servitude le sein d’une femme, et lui dit: « le fruit de tes entrailles est maudit » (les enfants qui naissent des esclaves appartiennent aux maîtres des femmes esclaves, art 12 du Code Noir), nous paraît hideuse. A nos yeux tout enfant qui vient au monde est libre, son maître n’a pas plus de droits véritables sur lui que sur sa mère. Mais nous sommes condamné à prendre les choses telles qu’elles sont. Allons donc jusqu’au bout.
D’abord on ne peut affranchir les enfants à naître « moyennant une somme modique ».  Un enfant nouveau né coûte  assez cher à son maître, de même qu’un poulain à son éleveur. La négresse qui se déclare enceinte cesse de travailler comme les autres. Cinquante ou soixante jours avant et quarante jours après ses couches, elle ne fait absolument rien, elle reste à la case et reçoit l’ordinaire; durant toute l’année qu’elle est nourrice, elle va au travail une heure après et en revient une heure avant les autres.
Ces usages aussi humains que conservateurs de la propriété nègre, nous les avons trouvés établis sur toutes les habitations (C’est la règle, c’est l’usage commun, mais ici comme toujours nous devons signaler des exceptions qui tiennent essentiellement à l’état d’esclavage où l’individu possédé est contraint, d’abord et avant tout de se conformer aux ordres de l’individu possesseur, sous peine de fouet, de la prison et des chaînes).
Cela est si vrai que la fécondité des esclaves femelles est une véritable charge, on peut dire une calamité pour les  petits propriétaires nécessiteux. Ils ne veulent pas forcer la femme enceinte ou nourrice, de crainte de la perdre; ils doivent, bon gré mal gré se priver de son travail, et son fruit est trop long à mûrir pour être autre chose qu’un embarras.  Le nègre est un outil quelque peu pareil aux machines à vapeur où il faut de grands capitaux pour en tirer profit.- Quel a été un des vices les plus signalés de l’apprentissage anglais? Que reprochait-on le plus vivement aux maîtres? C’est que ce sachant qu’ils perdaient leurs droits sur les esclaves au bout de sept années, ils ne craignaient aucunement de les excéder et voulaient obliger les femmes enceintes ou nourrices à ne pas abandonner leur tâche, pendant que celles-ci, de leur côté abusant de même de l’état mixte où l’on se trouvait, prétendaient ne plus rien faire.
Le rachat au berceau ne donnera donc que fort peu d’économie d’abord, et deviendra fort onéreux ensuite. Effectivement, l’esclave ne pouvant nourrir ni vêtir son enfant, en laisse la charge au maître, et c’est pour cela sans doute qu’on abandonne à ce maître le travail de l’apprenti; mais alors où ce jeune apprenti, ce nouveau citoyen prendra-t-il la faculté d’aller à l’école? Ne sait-on pas que sur les habitations, les marmailles, selon le terme d’usage, sont utilisés vers l’âge de six ans à l’époque même où ils peuvent commencer leur éducation primaire.
Supposons une minute qu’il soit possible de tourner ces embarras et qu’on achète l’enfant, supposons qu’on puisse parer à la fraude qui présentera comme esclaves des enfants nés libres, afin de gagner l’indemnité. Que va-t-on en faire? Les laisser à la garde de leurs parents! c’est-à-dire que l’on abandonne à des esclaves le soin d’élever des citoyens, et que le fils soustrait par ses prérogatives de libre à l’infamie des châtiments corporels, y verra son père et sa mère soumis tous les jours! Ne serait-ce pas monstrueux?
 
Sources : « Des colonies françaises Abolition immédiate de l’esclavage ». Victor Schoelcher Reproduction de l’édition de 1842. Société d’Histoire de la Guadeloupe, Société d’Histoire de la Martinique (1976). p :334 à 337

Rédigé par Gilda Gonfier

9 mai 2007 à 2 h 49 mi

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