Le Petit Lexique Colonial

L'esclavage et la colonisation en lecture

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Des nègres et des juges

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Mais ces esclaves sont venus voir un juge, ça aussi c’est banal ?
Non, à cette époque cette démarche n’est pas banale. Elle deviendra de plus en plus fréquente jusqu’en 1848, mais il s’agira le plus souvent de plaintes individuelles et non collectives comme celle portée par les esclaves de l’habitation Spoutourne. Le fait que cette démarche ait lieu en février 1831 à la veille de la révolte de Saint-Pierre montre au reste que les esclaves ont su utiliser diverses formes de lutte.

Extrait d’un entretien donné par Caroline Oudin Bastide sur ARTE à propos de son livre "Des nègres et des juges ou la scandaleuse affaire Spoutourne" 1831 – 1834  Edition Complexe 2008

L’intégralité de l’article ici


Rédigé par Gilda Gonfier

31 décembre 2011 à 7 h 35 mi

Publié dans Chroniques judiciaires

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La loi et la justice esclavagistes

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Le Code Noir avait été promulgué en 1685. Un siècle plus tard, en 1788, l’affaire Le Jeune mit à nu les réalités de la loi et de la justice esclavagiste à Saint Domingue. Le Jeune était un planteur de café de Plaisance. Suspectant les empoisonnements d’être la cause de la mortalité parmi les nègres, il assassina quatre d’entre eux et tenta d’arracher par la torture des aveux à deux femmes. Il leur brûla les pieds, les jambes et les sourcils, en alternant torture et promesses. Il n’obtint aucun aveu et menaça tous ses esclaves qui parlaient français de mort sans pitié s’ils tentaient de le dénoncer. Mais Plaisance situé, située dans la province très peuplée du Nord, était une des régions où les esclaves étaient les plus avancés, et quatorze d’entre eux se rendirent au Cap, où ils déposèrent une plainte contre Le Jeune. Les jugent furent obligés d’accepter la plainte. Ils désignèrent une commission qui fit une enquête à l aplantation Le Jeune et confirma le témoignage des esclaves.

Les Jacobins Noirs et la révolution de Saint Domingue
P. I.R. James
Gallimard 10ème édition 1949 p20

Rédigé par Gilda Gonfier

20 novembre 2011 à 15 h 22 mi

Le procès Vallentin

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Un massif de maçonnerie exactement fermé de tous les côtés et ayant trois pieds dix pouces de hauteur et six pieds de longueur. Au bout de quelque temps, l’ardeur du soleil occasionne des fissures par lesquelles l’eau du ciel s’infiltre dans l’intérieur. Le sol n’est ni planchéié, ni carrelé, l’eau qui découle d’en haut le réduit en boue. Quand on retire le cadavre de Sébastien, il offre aux yeux un hideux spectacle.  La face est mangée par les insectes, les membres sont desséchés, les os n’ont plus de chairs, le pus sort des yeux, la peau pend et tombe sous les mains de ceux qui s’occupent de l’inhumation.
 
Louis Joseph Vallentin, âgé de 43 ans, né et demeurant à Marie-Galante, est accusé d’avoir, dans le courant de l’année 1838 avec préméditation volontairement donné la mort à l’esclave Sébastien. Ce crime est prévu et puni par l’article 3, titre 6 de l’ordonnance royale du 25 décembre 1783, et les articles 295, 296 et 302 du code pénal. Vallentin est acquitté après un procès où vont témoigner, Louis le commandeur, Réville le fils de la victime, ainsi que sa veuve, Adeline, les nègres de l’atelier, dont Jacob le vieil esclave qui faisait office de vétérinaire, et avait diagnostiqué la mort des bestiaux par le poison. Vallentin est soutenu par les habitants qui iront même jusqu’à lui reprocher l’extrême douceur de sa conduite envers ses « nègres ».
 
Presque tous les revenus de l’habitation sont pour l’entretien de ses NEGRES
Il traite parfaitement ses NEGRES
Il gâte ses NEGRES.
Il agit avec trop de mollesse envers ses NEGRES.
VALLENTIN EST TROP BON POUR SES NEGRES !

Sébastien reconnu comme le meilleur élément de l’atelier (il avait le plus beau jardin. C’était le meilleur travailleur de tout l’atelier. Il travaillait autant pour lui que s’il avait travaillé pour un blanc) avait été accusé par Félicien, esclave, réputé voleur, aux mauvais antécédents, qui lui-même séquestré au cachot n’a semble –t-il pas eu d’autre choix que d’accusé Sébastien pour avoir la vie sauve.
 
L’auteur des empoisonnements dont vous vous plaignez c’est Sébastien. Sébastien est sorcier. Sa famille reste à l’habitation de la Grande Anse, où il y a des sorciers. Elle connaît les poisons et travaille pour Sébastien. Sa sœur Madeleine qu’il voit souvent pourrait bien lui procurer du poison.
 
Vallentin est convaincu de la culpabilité de Sébastien, sa famille étant connue pour pratiquer la sorcellerie. Il se persuade que sa sœur Madeleine esclave de l’Habitation Grande Anse lui fourni le poison.
 
Monsieur Vallentin n’avait contre Sébastien que la déclaration de Félicien, et l’idée qu’il avait été l’ami de l’esclave Pierre, qui avait été condamné par la Cour d’Assises en 1829, aux travaux forcés à perpétuité pour crime d’empoisonnement de bestiaux. Pendant tout le temps que Sébastien fut au cachot les pertes cessèrent.  Avant par une fatalité singulière, un bœuf tombait malade le samedi et mourrait le lundi. 
 
Pour sa défense Vallentin déclare :
 
Il faut se mettre à ma place. Quand on se voit ruiné, on est forcé, sans être cruel, d’être quelque fois injuste. Un maître est forcé d’exercer une surveillance active, il doit mettre de la sévérité dans la discipline de son atelier. Il ne doit pas se reposer sur ses nègres, ils sont trop indolents, ils ne se donneront pas la peine de chercher les malfaiteurs, ils se garderont bien de les dénoncer.
 
Sébastien pendant les trois mois de sa séquestration aura clamé son innocence :
 
Celui qui m’accuse a menti. Monsieur tirez moi un coup de fusil plutôt que de me faire mourir au cachot.
 
Sa veuve,
 
Il n’a pas eu de cercueil. Après l’avoir lavé, Jacob et moi lui mettons une chemise, une culotte et un mouchoir. Dès qu’il est enterré, je mets une croix sur la fosse.
 
Sources : La Gazette officielle de la Guadeloupe du 10 et 28 février, du 5, 10, et 13 mars 1842

Rédigé par Gilda Gonfier

9 mai 2007 à 15 h 23 mi

Publié dans Chroniques judiciaires

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