Le Petit Lexique Colonial

L'esclavage et la colonisation en lecture

Articles Tagués ‘guadeloupe

Récits d’Ellis Island, histoires d’errance et d’espoir

avec 2 commentaires

De 1892 à 1924, près de seize millions d’émigrants en provenance d’Europe sont passés par Ellis Island, un îlot de quelques hectares où avait été aménagé un centre de transit, tout près de la statue de la Liberté, à New York. Parce qu’ils se sentaient directement concernés par ce que fut ce gigantesque exil, Georges Perec et Robert Bober ont dans un film, Récits d’Ellis Island, histoires d’errance et d’espoir INA, 1979, décrit ce qui restait alors de ce lieu unique, et recueilli les traces de plus en plus rares qui demeurent dans la mémoire de ceux qui, au début du siècle, ont accompli ce voyage sans retour. Notre livre se compose de trois grandes parties.
La première restitue, à travers une visite à Ellis Island et à l’aide de textes et de documents, ce que fut la vie quotidienne sur ce que certains appelèrent « l’île des larmes ».
Dans la deuxième, « Description d’un chemin », Georges Perec évoque sa relation personnelle avec les thèmes de la dispersion et de l’identité.
La troisième, « Mémoires », reprend les témoignages d’hommes et de femmes qui, enfants, sont passés par Ellis Island et racontent leur attente, leur espoir, leurs rêves, leur insertion dans la vie américaine.

Un film de 1979 produit par l’INA que je n’ai pas encore trouvé. Un petit cailloux sur un chemin qui s’est ouvert au détour d’une conversation anodine. Merci Sylvaine, Lydie et Sandrine. Sur ma liste j’ai cette photo, un livre, et peut-être un film si je le trouve.

Grâce au dieu google on trouve aussi des petits cailloux:

 On voit grâce à lui comment le projet s’appuie d’abord sur des histoires multiples pour de plus en plus les mettre à distance : le descriptif domine dès lors et le commentaire, qui énonce aussi un discours autobiographique à deux voix. Perec y explicite pour la première fois ce que représente pour lui la judéité : refusant de « ressasser » les légendes de l’immigration américaine, le trop-plein des anecdotes, il se confronte à son histoire brisée, marquée par l’absence.

Cette histoire m’intéresse de plus en plus.

Rédigé par Gilda Gonfier

6 mai 2013 à 5 h 47 mi

Publié dans Figures

Tag(s) associé(s) : , , ,

La Guadeloupe à la New York Public Library

avec 3 commentaires

Une belle surprise lors de mes pérégrinations numériques, une collection de cartes postales  de la Guadeloupe en ligne accessibles à l’impression et à l’enregistrement sur le site de la bibliothèque publique de New YorkImage

Rédigé par Gilda Gonfier

2 mai 2013 à 15 h 45 mi

Le plafond de verre

poster un commentaire »

Notons que si les esclaves accèdèrent assez rapidement aux emplois de commandeurs et de raffineurs, une barrière invisible semble bien leur avoir interdit l’entrée dans de plus hautes fonctions. Sur un échantillon de 9 133 esclaves de la Guadeloupe (soit 10% de la population servile), constitué par Frédéric Régent à partir d’actes notariés établis pendant la Révolution, deux seulement sont désignés comme économes, l’un et l’autre étant d’ailleurs mulâtres et destinés à l’affranchissement. Le subsitut du procureur du roi de Pointe-à-Pitre peut relater l’anecdote suivante en 1842, après l’inspection d’une habitation où le propriétaire ne se rend que passagèrement: " L’économe est un homme noir qui naguère était esclave de l’habitation; il remplissait les fonctions de surveillant. Une discussion s’étant engagée entre les esclaves et lui, au sujet de sa qualité, et les esclaves lui manquant de respect, l’un des deux propriétaires intervint, et dit à l’atelier qu’à partir de ce moment, Philippe était libre". Esclavage et économat s’excluraient donc aux yeux des esclaves eux-mêmes qui se révéleraient ainsi sensibles à l’origine et au statut de ceux qui les dirigent.

Travail, capitalisme et société esclavagiste

Guadeloupe, Martinique (VVIIe-XIXe siècles)

Caroline Oudin-bastide

Editions La découverte 2005 p 65

Rédigé par Gilda Gonfier

9 mars 2013 à 9 h 46 mi

Le béton arrosé d’argent public

poster un commentaire »

Henri kakinadassamy, arrière-petit-fils d’engagé indien, avait, voici une quarantaine d’années, bâti un empire sur une constatation simple: en Guadeloupe, plus aucune des cultures traditionnelles ne rapporterait. Ni la canne ni la banane. Rien! Les seules plantes qui dorénavant, prospéreraient sur les terres calcaires et volcaniques de l’île étaient les routes à deux, quatre et six voies, les immeubles de un à douze étages, les villas  avec ou sans piscine, en un mot: le béton, arrosé d’argent public.

 

L’homme pas dieu Frankito

Edition Ecriture 2012, p30

Rédigé par Gilda Gonfier

3 mars 2013 à 13 h 03 mi

Publié dans Vocabulaire

Tag(s) associé(s) : , , , ,

Un litre et demi de makak

poster un commentaire »

Quelques minutes plus tard, il a sorti une grande bouteille de son sac et s’est mis à boire goulûment. De toute évidence, le liquide qu’il engloutissait n’était pas de l’eau minérale, il s’en dégageait de fortes vapeurs d’essence. Sous mon nez, l’animal était en train de vider  un litre  et demi de makak, un cocktail en vogue composé de bière Kress et de Super sans plomb.

L’homme pas dieu Frankito

Edition Ecriture 2012, p18

Rédigé par Gilda Gonfier

2 mars 2013 à 15 h 30 mi

Guadalupe

poster un commentaire »

Ils appelèrent l’île, Guadeloupe, d’après le nom du mont Guadalupe, où l’on vénère une statue miraculeuse de la Vierge Immaculée. Les habitants lui donnent le nom de Carucueria. C’est le principal lieu de résidence des Caribes.

Le Nouveau Monde

Récit de Amérigo Vespucci,

Christophe Colomb, Pierre Martyr d’Anghiera

Préface de Tzvetan Todorov

Edition les Belles Lettres 1992 p36

Rédigé par Gilda Gonfier

11 février 2013 à 21 h 35 mi

Publié dans Vocabulaire

Tag(s) associé(s) : , , , ,

(In) dépendance créole

poster un commentaire »

(…) Un grand moment qui a d’ailleurs été un nouveau point de départ pour nombre de jeunes Guadeloupéens qui avaient vécu – ou pas – ces évènements mais qui, dès lors, ont éprouvé un profond ressentiment à l’encontre du pouvoir français et de ses symboles. Le massacre de mai 1967 (87 morts, selon le ministre des Colonies Lemoine) s’inscrivait dans une continuité historique tragique et succédait à celui de mai 1802, à Baimbridge, qui vit périr Ignace et cinq cents des siens harcelés par les soldats français. Matouba, sans être un massacre, a été un haut lieu de sacrifice où les Guadeloupéens sont morts par centaines, également en 1802,  sur l’autel de la liberté.

Nous disions que la période dite "de violence", qui va de 1980 à 1990, semble occultée par nombre de Guadeloupéens, et cela est vrai comme est vrai le fait que, pendant des décennies, ils ont totalement occulté leur passé d’esclave qu’ils redécouvrent aujourd’hui avec une certaine fierté.

Nous ne savons pas pourquoi ces Guadeloupéens éprouvent une gêne à parler en public des évènements qui ont marqué les "années de violence alors que tous s’accordent à dire qu’elles s’inscrivent dans notre histoire collective.

Préface de Luc Reinette

 

(…) La France n’est pas seulement aimée des Antillais, elle n’est pas "l’autre aimée". Elle est la mère, la mère patrie! Nulle sensiblerie, nulle naïveté dans cette affirmation, mais l’expression d’une réalité vécue, sentie, expérimentée par l’immense majorité de nos compatriotes. Les avatars de l’histoire du XXe siècle ont fait cependant surgir, chez certains d’entre nous, une contestation de cette réalité que je viens de rappeler. Les deux Guerres mondiales, qui ont affaibli l’Europe et durement affecté le socle spirituel de notre civilisation, le développement de cette espèce d "Islam politique" pour employer l’expression de notre compatriote Jules Monnerot, que fut le communisme, avec Moscou comme équivalent de La Mecque, ont créé le désordre dans certains esprits fragiles accessibles aux propagandes sommaires. Ainsi c’est créé un courant politique séparatiste antillais se réclamant de l’histoire, mais à rebours de toute notre histoire. Bénéficiant de ceux qui, en Europe, travaillaient pour la Révolution et non pour le bonheur des hommes, ce courant, qui connut son apogée dans les années 1970-1980, a perturbé la vie de nos îles, brouillé les rapports humains, suscité des antagonismes qui n’avaient pas lieu d’être. En cette régression, il perdure encore aujourd’hui, sous certaines formes, notamment un pseudo-syndicalisme de combat.

François-Xavier Guillerm s’est attaché à décrire l’action de ces enfants perdus de la Guadeloupe.  (…)

Décrivant l’idéologie séparatiste, il a montré qu’elle reposait, notamment, sur une conception d’une idée de l’identité antillaise, jugée incompatible avec l’appartenance à la Nation française. Intégrisme identitaire, à mes yeux, qui débouche sur l’exclusion de tout ce qui n’est pas "natif-natal", sur le racisme et la xénophobie. Il évoque, à l afin de son livre, la campagne raciste, notamment par voie d’affiches, qui fut menée en 1999-2000 par un gropuscules séparatistes: "Woué (sic) blan ka débaké" , "Fransé déwo!", etc.

C’est la même dérive criminelle qui se développe en Corse, chez des gens de même structure mentale, rabougrie et complexée, et qui aboutit à ces inscriptions murales en langue régionale corse: "Arabi fora" ou à la tentative d’assassinat de l’imam de Sartène.

Nous avons connu cela en Guadeloupe. Dieu veuille que tout cela relève définitivement du passé.

Préface d’Edouard Boulogne

 

Des bombes ont sauté en Guadeloupe, Martinique, Guyane et à Paris, dans les années 80. Il y a eu des morts, des blessés, des otages, des interpellations… Dans l’ombre, des négociations ont été menées… Pourtant, cette histoire politique et sociale récente n’a jamais été racontée. Une chape de plomb recouvre encore les mémoires sur cette période trouble.

4ème de couv de l’essai de François-Xavier Guillerm (In) dépendance créole aux éditions Jasor 2007.

 

 

 

Rédigé par Gilda Gonfier

27 octobre 2012 à 11 h 18 mi

Negropolis: un roman de genre

poster un commentaire »

Il ne manque rien au premier roman d’Alain Agat. Ce roman noir respecte tous les codes du genre: passage à tabac, cadavres en pagaille, portrait d’une société empoisonnée par la drogue et la violence, où tous les efforts pour en réchapper semble voués à l’échec.

Les motifs littéraire, vengeance, rivalités fraternelle (« parce qu’il n’avait rien dit il avait payé pour son frère » p 182), dette d’honneur, guerre des gangs… etc, sont connus mais revisités avec une maitrise certaine par l’auteur. Joris sort de prison et ne veut plus y retourner mais il se retrouve bien malgré lui alors qu’il rêve de fuir vers son Eldorado guyanais, empêtré à Paris dans une guerre des gangs suite à l’assassinat de son frère JC chef du réseau parisien du Dominicais Chacal. Alain Agat nous tient en haleine du début à la fin entre suspens et rebondissements. Il ne manque rien: couteau, révolver, silencieux, mallette pleine d’argent, photos compromettantes… La musique (entre rap, zouk, regae et bachata), la drogue, les filles, les discussions footbalistiques des bad boy, les voitures, la cité… Paris, la vengeance, le chantage, la manipulation, un énigmatique tueur à gages dénommé Personne… jusqu’à la mangrove et la neige que découvre la bande de Chacal venu récupérer en personne son fric à Paris.

Le motif le moins bien traité à mon avis est celui de la corruption politique. D’ailleurs le personnage de l’avocat véreux s’en sort à trop bon compte. Probablement que sa trajectoire est moins maîtrisée que celle des autres personnages. Il est au fond le vrai méchant, il ne change guère du début à la fin. Il finit par tuer un homme Dario je crois, mais cela ne semble pas lui faire plus d’effet que cela.

Gilda Gonfier: Alain Agat est-ce qu’avec ce personnage vous avez voulu dénoncer le vrai coupable à savoir une figure de la société bien sous tout rapport mais probablement plus corrompue que les autres qui font alors elles, figures de victimes du système? 

Alain Agat: Il est certain que la Société ne répond pas à tous les besoins, tous les manques de ses citoyens, et qu’à ce titre, certains s’en sortent mieux que d’autres. Alors ce politique, c’est la cible facile parce que remplie de beaux discours parfois trompeurs…

G.G: qu’elle est la genèse de ce roman. Une prédilection pour ce genre?

AA: Il a été et écrit dans  une version plus longue dans le même temps que le scénario de Neg maron, présenté à quelques éditeurs puis oublié dans les tiroirs… et redécouvert fin 2010, écourté puis ré-envoyé…

GG: Joris est un personnage sur lequel le sort semble s’acharner, pris au piège et comme condamné à devoir répéter les mêmes erreurs qui l’ont conduit en prison? A savoir le déchaînement de la violence bien malgré lui.

A A: Les « Joris » sont nombreux,  par seulement pris au piège de leur propre violence, de celle qu’ils renouvellent, mais pris à d’autres pièges amenés par leur nature, leur environnement.

GG: Il n’y a pas de figure paternelle pour tout ces jeunes ni tellement maternelles d’ailleurs. Et une seule figure féminine, Nadia. C’est une des règles du genre?

AA: Non, pas du tout, il y a une figure paternelle pour Joris. Mais elle est dénuée d’amour. Quant à celle maternelle, elle n’est plus présente. Ce qui renforce sa solitude.

GG: il y a un certain humour et aussi un talent dans l’écriture à installer des moments de calme avant la tempête (par exemple l’assassinat de Chacal). L’écriture est très visuelle. A la lecture on voit le film. D’ailleurs l’adaptation cinématographique est en projet?

AA: Non, pour l’instant mais  l’idée a été de privilégier l’image dans l’écriture, d’approcher celle scénaristique.

GG: qui sont vos maîtres? Probablement Chester Himes? et qui d’autres?

AA: Des maîtres non mais des auteurs préférés, pas forcément du roman noir même si Chester Himes, Donald Goines  et Walter Mosley sont des romanciers que j’ai aimé lire. Non mes auteurs viennent d’une littérature plus grande, elle va de l’essai à la poésie en passant bien sûr par le roman. Je pense beaucoup à Ernest J Gaines en ce moment, à son sens du territoire, de la brièveté et de la dramaturgie…

GG: Personne c’est un clin d’oeil à Pessoa. Je crois savoir qu’il est l’une de vos références?

AA: Lui mais pas seulement à lui et sa poésie métaphysique, c’est aussi du western, mais c’est surtout l’abstraction du coupable dans une société où tout le monde l’est un peu…

GG: le portrait dressé de la société est à la fois « noir » conforme au genre, mais la fin laisse un espoir de happy end. Joris et Nadia ne meurent pas et retrouvent l’argent qu’a caché Thimotée et le couple s’enfuit en guyane (Joris rachète pour la 3ème fois un billet d’avion).

AA: Les lecteurs voient  la fin d’une manière différente. Certains n’y ont pas vu de happy end mais une porte qui se referme. Je crois que la fin est écrite par le lecteur.

GG: d’autres projets de roman? Vous comptez rester fidèle au genre « roman noir »?

AA: Non, même si j’entreprends un autre roman noir, je viens d’achever un roman qui reste sombre mais qui n’appartient pas à ce genre littéraire.

GG: qu’est devenue la mallette cachée par Thimotée dans le 4×4?

AA: Je suis allé y voir, je ne l’ai pas trouvée. Quelqu’un l’a sans doute prise…

 

Morceaux choisis:

 

La Guadeloupe:

« … ce pays était comme lui-même. Malade jusqu’au plus profond de ses entrailles. Et toutes les pluies de la terre, tous les cyclones ne suffiraient pas à effacer ses blessures séculaires. Une violence sourde avait été larguée ici des siècles auparavant. » p 21

 

Le béton

« Le béton emprisonnait les esprits de la même manière en Guadeloupe qu’à Paris. A cause de lui, une unique et seule culture urbaine commençait à naître des deux côtés de la mer. Avec elle, les mêmes principes de présence sans âme, de mort avant l’heure ou de suicide inconscient. »

p37

 

La cité

« Les familles d’immigrés des anciens pays colonisés avaient été entassées là, et leur descendance y restait entassée selon la même formule de silence seulement violé par la délinquance de ceux que l’on appelait désormais les enfants d’immigrés. »

p86

 

L’indépendance

Quant aux dissidents, les favorables à l’indépendance toute nouvelle prônée par Rasta, ils ne toléraient plus les ordres d’une île réputée trop lointaine, et sur laquelle beaucoup n’avaient jamais mis les pieds.

p98

 

Intifada

Un mini intifada avait été initiée en plein après-midi urbain d’un des pays les plus riche du monde.

p102

 

Le déterminisme social

« Ces gars-là remplissaient leur rôle comme n’importe quel autre pion de la société. S’ils avaient été cadres d’entreprise, ils auraient eu les dents longues et auraient marché sur les pieds de quiconque se trouvant sur leur chemin. »

p125

 

L’histoire

« C’est toi l’assimilé! Toi-même qui connais pas ton histoire! Alors réglez d’abord votre putain de problème dans la tête man, et après on parlera de ton plan couchal de pays! On est tous sortis du même bateau ».

p154

Rédigé par Gilda Gonfier

5 mars 2012 à 18 h 08 mi

Publié dans Lire au pays

Tag(s) associé(s) : , , , , , , , , ,

Difficultés et obstacles à la citoyenneté guadeloupéenne

poster un commentaire »

Invitation

Café Débat à la Casa del Tango 651 rue Alfred Lumière à Jarry jeudi 2 février 2012 19h

Thème :Difficultés et obstacles à la citoyenneté guadeloupéenne :un essai  de mise en perspective à partir de l’histoire.Par Jean-Pierre Sainton

 

 pourrait s’articuler la citoyenneté guadeloupéenne que nous appelons de nos vœux ? La réflexion ne vise pas à produire une réponse, ni positive ni définitive, à cette question mais se situe dans la perspective de la déconstruction des concepts figés dont nous usons habituellement pour penser le politique en Guadeloupe (identité, conscience identitaire, citoyenneté, république, socialisme, etc.) et de la sortie des « solutions » politiques prêt-à-porter qui depuis une cinquantaine d’années tournent en rond autour du couple vicieux « intégration – séparation » que nous pouvons lire comme acceptation de la sujétion politique, adhésion à la nationalité et à la citoyenneté française, renoncement au soi ou bien révolte, négation, sortie du corps politique français. De toute évidence, ce vis-à-vis manichéen d’un demi-siècle n’a pas produit une citoyenneté guadeloupéenne, non plus qu’une pensée efficiente du politique guadeloupéen. Il ne s’agit pas non plus de postuler une « troisième voie » de synthèse (comme le sucre) qui ne satisferait que l’apriori sans non plus se fonder nulle part.

En fait, toute projection politique est illusoire si, ayant formulé l’objectif (que nous conviendrons d’appeler l’Emancipation) elle ne part pas de l’analyse des constructions sociales et politiques, ainsi que des systèmes de représentation tels qu’ils résultent de l’histoire. Les historiens des phénomènes politiques usent du concept de « cultures politiques », concept emprunté aux politologues, et réinterprétré à partir de l’anthropologie historique qui a puisé dans la démarche et les méthodes de l’histoire des cultures et des mentalités pour décrypter les idées, comportements et actions politiques inscrits dans la durée, la rémanence ou la synthèse.

Cependant l’histoire est une science non déterministe et non prédictive, plus objectivante que spéculative. Si elle ne produit pas en tant que tels des outils théoriques pour comprendre le présent, elle peut ouvrir toutefois à la compréhension des résultantes du présent en étudiant les expériences du passé et de ce fait permet d’approcher les notions essentielles que sont les notions de temps, de dynamiques, de flux, de conjonctures, de contexte etc. En un mot, le privilège de l’historien est de pouvoir connaitre ce qui s’est vraiment passé, comment les choses ont bougé et se sont transformées. Ainsi, peut-il percevoir les forces à l’œuvre dans les configurations présentes sans jamais cependant oublier que rien n’est écrit , qu’il n’ y a aucun déterminisme. L’histoire se fait au présent !

Comment donc ont été historiquement (et successivement) pensé la relation avec le territoire,  quelle a été la relation du corps social avec l’Etat ? qu’ont signifié les institutions ? les classes, couches et catégories sociales ont-elles jamais eu ici le sentiment d’appartenir à une communauté ? Quels en ont été les facteurs d’intégration et les facteurs de désintégration ? Qu’a signifié historiquement pour nous la République, réellement, idéalement ? Où se situent les ruptures et les continuités depuis l’instauration de la société coloniale et esclavagiste ? Quels héritages et quelles incidences de la relation séculaire du Maitre et de l’Esclave  dans la perception du politique? Quelles expériences politiques la mémoire guadeloupéenne a-t-elle capitalisé, a-t-elle réinterprété ? Quels sont les points de fusion et de ruptures de nos cultures politiques, c’est-à-dire de nos cultures historiques ? Etc.

L’intervention tentera de tracer les cadres de cette réflexion d’histoire politique sans cependant prétendre à l’exhaustivité sur tous les plans abordés.

Jean-Pierre SAINTON,

Historien, universitaire (UAG),

Auteur de différents travaux portant sur l’histoire sociale et politique de la Caraïbe, et plus particulièrement des Antilles françaises. A publié différents articles ainsi que les ouvrages suivants :

-          « Mé 67 » ; Mémoire d’un événement. Pointe-à-Pitre, Soged, 1985, 263 p, (nouvelle édition revue et enrichie, éditions Lespwisavann, 2011). [En collaboration avec R. Gama]

-           Rosan Girard; Chronique d’une vie politique en Guadeloupe. Paris, Editions Karthala/ Jasor, 1993, 455 p.

-           Les Nègres en politique. Couleur, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe au tournant du siècle. Thèse de Doctorat d’histoire (2 vol.), Université de Provence, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 1999, 717 p.

-            La question statutaire en Guadeloupe, en Guyane et en Martinique ; éléments de réflexion. Pointe-à-Pitre, Centre d’Analyse Géopolitique et Internationale & Editions Jasor, 2000, 94 p [avec C.Emeri, J. Mérion, F.Reno],

-           Construire l’histoire antillaise ; Mélanges offerts à Jacques Adélaide-Merlande, Paris, Editions du C.T.H.S, 2002, 550 p. [avec L.Abenon, D. Begot, et alii]

-          Histoire et Civilisation de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Petites Antilles) : Structures et dynamiques de la construction des sociétés. Tome 1: Le temps des Genèses ; des origines à 1685, Paris, Maisonneuve et Larose, 2004, 349 p. [direction d’ouvrage].

-          Couleur et société en contexte post-esclavagiste ; la Guadeloupe à la fin du XIXe siècle,Pointe-à-Pitre, Editions Jasor, 2009, 172 p.

Actuellement sous presses

-          La décolonisation improbable ; cultures politiques et conjonctures en Guadeloupe et en Martinique (1943-1967), Pointe-à-Pitre, Editions Jasor, 2012, 391 p.

( parution prévue février 2012).

-          Histoire et civilisation de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Petites Antilles) ; le temps des matrices : Economies et cadres sociaux du long XVIIIe siècle, Paris, Editions Karthala,

(parution prévue mars-avril 2012).

Retrouvez toutes les informations du café-débat sur : www.kazatango.com 

               

Rédigé par Gilda Gonfier

30 janvier 2012 à 17 h 09 mi

Publié dans Communiqués

Tag(s) associé(s) : , , ,

J’habite une île

poster un commentaire »

Rédigé par Gilda Gonfier

6 janvier 2012 à 16 h 45 mi

Publié dans La vie de la colonie

Tag(s) associé(s) : , , ,

Actions locales

pour un changement global...

Jazz Act

In the mood of Paris

I love Meiser

Rien ne s'y passe. On vous le raconte / Er gebeurt hier niets, tenzij wij het jullie vertellen.

le Thé à la Mode

Paris sous toutes les coutures...

Mots d'images

vagabondages d'une regardeuse

Les ateliers Anbalabay

Vous n’avez rien, si vous n’avez pas les histoires. »

LES ENQUÊTES DE PHIL MAZELOT

Un polar "papy-porn" à la Française

Végébon

La cuisine végé c'est trop bon !

Gideon's Screenwriting Tips: So Now You're a Screenwriter...

Tips to Improve your Writing and Boost your Career

Le blog de Tobie Nathan

Contre les trous de mémoire

agencetropiques

une production Médiatropiques, partenaire de WordPress

Philosophie de l'inexistence

Le blog de Jean-Paul Galibert

Cinquième de couverture

La page en plus, de Caro[line]

celinemalraux

Nouvelle adresse : www.celine-malraux.com

PROJETMETIS

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le métissage sans jamais oser le demander

Déborah Gros

Réalisatrice radio / Créatrice sonore / Preneuse de son et monteuse / Enseignante et formatrice

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 26 followers