Articles Tagués ‘colonisation’
Pour quoi faire la révolution?
Pierre Serna, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française (Paris I-Sorbonne) était l’invité de la Fabrique de l’histoire du 30 mars 2012. Le thème: l’actualité de la révolution française.
Il publie avec 4 autres auteurs un essai "Pour quoi faire la révolution" aux éditions Agone
La révolution est-elle finie, un sujet clôt? L’histoire de la révolution mérite d’être réinterrogée aujourd’hui. Le bicentenaire l’avait présentée comme un objet fini et clôt (François Furet et la thème du centralisme achevé avec la révolution). Une des clés est la politisation des communautés. Les peuples ne font pas la révolution de manière inconsciente. L’histoire globale telle qu’elle est brossée ne prend pas en compte l’évènement politique (cf primitive globalisation). Ne pas perdre de vue le politique à force de s’interroger sur l’économique notamment. Les révolutions sont constitutives de la globalisation. On avait oublié une partie de l’histoire en fait on a passé à la trappe les marges (les colonies, l’asservissement et l’esclavage notamment). Il faut tout repenser en terme de colonisation. La thèse de Tocqueville Pierre Serna n’en est pas convaincu. Il propose de renverser le paradigme. La construction de l’État était l’objet même de cette histoire. Serna va a contrario: mettre au cœur la souffrance, les petits, ceux dont on ne parle jamais.
Fallait-il mettre aux fers le nouveau monde pour libérer l’ancien ?
C’est finalement sur ce problème qu’achoppe la réflexion qui veut penser l’invention de l’Etat de droit. Longtemps oubliée des théories du droit politique, la pratique coloniale est pourtant, dans les faits, constitutive de ce droit. Il y a un lien fondamental entre l’invention de l’ordre colonial et la naissance de l’Etat de droit. L’établissement des colonies, loin d’être une erreur dans la constitution de l’Etat moderne, serait alors son péché originel.
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Les chantiers de l’histoire du droit de l’esclavage
Malgré une croissance récente de la production scientifique sur ce thème, les chantiers de l’histoire du droit français de l’esclavage restent nombreux. Au-delà de son texte le plus célèbre, à savoir l’édit de mars 1685 dit « Code Noir », dont la signification juridique est plus complexe et nuancée que ce qu’a pu en dire l’opinion dominante, et le dont contenu normatif véritable demeure d’ailleurs incertain, c’est l’ensemble des textes juridiques, tant ceux d’origine métropolitaine que locale qui restaient et restent encore à exhumer des archives et à analyser de manière systématique, puis à confronter aux usages et pratiques de chaque territoire colonial.
Clio@Thémis, numéro 4 > Les chantiers de l’histoire du droit de l’esclavage
Qu’est ce en son principe que la colonisation?
Cela revient à dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point ; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes.
Discours sur le colonialisme Aimé Césaire
Présence africaine 1955 p 9
Colonisation réussie
"Nous n’en finissons pas de disparaître, victimes d’un frottement de mondes. Tassés sur la ligne d’émergence des volcans. Exemple banal de liquidation par l’absurde, dans l’horrible et sans horreurs d’une colonisation réussie. Qu’y peut l’écriture? Elle ne rattrape jamais.
Hormis pourtant l’action nécessaire (le bouleversement sans réserve de cette banalité de mort), il reste à crier le pays dans son histoire vraie: hommes et sables, ravines, cyclones et tremblements, végétations taries, bêtes arrachées, enfants béants".
Sources: Edouard Glissant "Le discours antillais" aux éditions du Seuil Paris 1981 p:15
