Articles Tagués ‘affranchis’
La liberté à son fils qu’elle préfère à la sienne
Demande d’affranchissement par le chevalier de Sourdeval, demeurant à Basseterre, du fils d’une de ses esclaves. "Fait à la Martinique le 5 9bre 1771". Signé "le Chr de Sourdeval".
Un feuillet in-folio (380 x 250 mm). Encre sépia sur papier. (Mouillure dans l’angle supérieur droit, quelques rousseurs. Traces de pliures).
"[...] A nos seigneurs les Général et Intendant des isles françoises du vent de l’Amérique supplie humblement le Cher de Sourdeval capitaine au corps Royal vous represente, nos Seigneurs, que la negresse nommée Charlotte son esclave lui a rendu des services essentiels dans plusieurs maladies qu’il a fait; et qu’il désireroit lui en témoigner reconnoissance en procurant la liberté à son fils qu’elle préfère à la sienne. Ce considéré nos Seigneurs il vous plaise permettre au suppliant d’affranchir de l’esclavage et de toute servitude le nommé Etienne mulatre, fils de ladite négresse Charlotte age d’environ 18 mois [...]". La requête du suppliant est permise par le général et l’intendant qui demandent au chevalier de Sourdeval d’en passer acte devant notaire.
[On joint:] –L’acte d’affranchissement passé devant maîtres Fontaine et Delongchamp, "notaires royaux en l’isle Guadeloupe", daté du 17 novembre 1771. Signé par le chevalier de Sourdeval, Fontaine et Delongchamp. 3 pages in-folio sur un double feuillet. (Rousseurs, pliures, cachets de cire rouge, dont un légèrement brisé. Petites déchirures aux pliures.)
L’acte est confirmé et signé par le général et l’intendant le 25 novembre de la même année. "[...] le dit mulatre Etienne jouira de la liberté dès ce jour à l’avenir, comme les autres affranchis de cette isle en se conformant aux Réglement et ordonnances du Roy concernant les affranchis [...]". L’acte a été enregistré au greffe de l’intendance de l’île Guadeloupe le 25 novembre 1771. BEL ET INTÉRESSANT ENSEMBLE. (2)
sources liste de diffusion ghcaraibe
Ordonnance royale du 29 avril 1836
Le procureur général rappelle à qui de droit, qu’aux termes de l’ordonnance royale du 29 avril 1836, tout habitant qui veut emmener son esclave en France est tenu préalablement de le faire affranchir et de déposer un cautionnement pour garantir les droits des tiers, si le départ s’effectue avant l’expiration des délais accordés pour les oppositions à l’affranchissement.
Le département de la marine ayant été à même de reconnaître que ces dispositions ont été fréquemment éludées, l’Administration doit veiller à l’avenir à leur stricte observation. En conséquence, MM. les habitants qui se trouveront dans le cas prévu par l’ordonnance ci-dessus rappelée, doivent se tenir pour avertis que l’article 2 de cette ordonnance, exclusivement destiné à garantir, en cas de fraude, l’affranchissements subséquent de l’esclave, n’a nullement pour but de rendre facultatif pour le maître l’affranchissement préalable de son esclave.
Les capitaines de navire sont également prévenus, que sous peine d’être poursuivis conformément aux ordonnances en vigueur dans la colonie, ils ne pourront recevoir à leur bord des noirs de l’un ou l’autre sexe, à titre de passagers, avant d’avoir exigé l’exhibition de leur passe-port.
extrait de la Gazette Officielle de Guadeloupe
On dit un vieux chien, un vieux nègre
On est considéré comme vieux à partir de soixante ans par l’administration. Sur les habitations, bien peu arrivent à cet âge et on retrouve la disproportion entre les sexes, les femmes étant plus nombreuses que les hommes. Sur certaines habitations, les plus de 60 ans continuent à travailler; les hommes sont gardiens de troupeau, les femmes s’occupent des enfants laissés à leur garde. Souvent on considère un homme de 50 ans comme un homme usé. Vieux est souvent synonyme de laid, on dit un vieux chien, un vieux nègre. Le vieux est souvent considéré comme une gêne dans l’habitation. On cite le géreur Nau qui rencontrant Jean-Louis et Jean-Philippe, deux vieux, leur aurait dit " vous autres vieux, vous m’embarrassez". et s’adressant plus tard à Jean-Philippe: "Comment, vieux scélérat, tu n’es pas encore mort?".
Certains ne sont plus bons à rien, on les traite de cravates. Ils sont indifférents à tout. Si on ne s’occupe pas d’eux, quelques-uns se laissent mourir. Dans les villes, ils continuent à travailler pour subvenir à leurs besoins. les gens âgés de soixante-dix ans et plus qui meurent sont censées mourir de vieillesse. Les vieilles das sont les plus entourées. Souvent elles sont affranchies. Certains vieux sont abandonnés par leurs maîtres qui refusent d’en prendre soin.
Santé et société esclavagiste à la Martinique (1802-1848)
Geneviève Leti
L’harmattan 1998 p37