Archives de juin 2012
Des Seigneurs de la compagnie
Il y avait longtemps que les peuples de quelques isles de l’Amérique avoient demeuré ensevelis dans les tenebres de l’ignorance, quand Dieu prenant pitié de leur aveuglement, voulut les mettre au jour de l’Evangile, & leur enseigner la doctrine qu’il avoit semé dans le monde par la longueur de ses peines, & l’épanchement de son sang. La France qui a toujours esté les délices du Ciel aussi bien que le miracle du monde, fut comme l’arsenal d’où Dieu tira ses Prédicateurs pour aller abbatre la tyrannie du Diable, qui sembloit vouloir encore retenir impérieusement parmi cette nation aveuglée, la même autorité qu’il avoit malicieusement usurpée auparavant l’Incarnation du Fils de Dieu; Mais parce que notre Roy très Chretien estoit occupé à des affaires très importantes, il donna charge de continuer ce Religieux dessein à cet Illustre corps des Seigneurs de la compagnie, lequel estant composé de personnages qui n’ont pas moins d’esprit que de Finances, trouvent moyen de soustenir ceste charge qui leur est aussi & glorieuse & profitable.
Relation de l’establissement d’une colonie françoise dans la Gardeloupe Isle de l’Amérique et des moeurs des sauvages.
Reproduction de l’édition de 1652 p1
Basse-Terre
Société d’Histoire de la Guadeloupe 1972
Mobilisation sociales aux Antilles (2009) de l’avis des intellectuels…
La vraie bamboula
Cette danse, dit Moreau de Saint-Méry, a un air qui lui est spécialement consacré et où la mesure est fortement marquée. Le talent pour la danseuse est dans la perfection avec laquelle elle peut faire mouvoir ses hanches et la partie inférieure de ses reins, en conservant tout le reste de son corps dans une espèce d’immobilité, que ne lui font pas perdre les faibles agitations de ses bras, qui balancent les deux extrémités d’un mouchoir ou du jupon. Un danseur s’approche d’elle, s’élance tout à coup et tombe en mesure presque de la toucher. Il recule, il s’élance encore, et la provoque à la lutte la plus séduisante. La danse s’anime et bientôt elle offre un tableau dont tous les traits, d’abord voluptueux, deviennent ensuite lascifs.
A. Corre. Nos Créoles 1890 (Gallica) p194
Chanson du consignataire
Je ne puis résister à reproduire dès à présent ce petit morceau de langage créole, que tout le monde connaît, aux Antilles, sous le titre de Chanson du consignataire (les couplets en créole se chantent sur un rythme langoureux et triste; le couplet en français non rimé est parlé ou chanté sur un rythme vif, pour exprimer le regret poli, mélangé d’impatience d’un homme qui a bien autre chose à écouter que les propos désolés d’une amoureuse.
Bonjour, missié le consignatai,
Moin ka vini fai ou gnon petition
Dou dou à moin ka lé pati,
Hélas! hélas! çé pou toujou!
Mademoiselle, il est trop tard,
Les connaissements sont déjà signés
Le navire est sur la bouée,
Dans un moment il doit appareiller.
Addié foula, adié madras,
Adié graines do’r, adié colliers-sous
Dou dou a moin ka lé pati
Hélas! hélas! çé pou toujou!
Bâtiment là qué dans rade là
Ka lè mené doudou aller
Doudou à moin li ka pati
Hélas! hélas! çé pou toujou!
A. Corre. Nos Créoles 1890 (Gallica) p 195